Que penser du texte ci-après paru en juillet 1979 ...

L’OR NOIR

On pouvait lire dans la presse du début des années 50
“En 1960 l’Amérique n’aura plus de pétrole”
et régulièrement on nous a bassiné les oreilles avec cet adage, reportant successivement de date en date la fin de l’ère pétrolière.
Le pétrole est le sang et l’oxygène des industries et des armées modernes. Sans pétrole à quoi bon de centaines de milliers d’avions, de tanks, de sous—marins.
Cependant il est vrai que le pétrole comme source d’énergie disparaît à une allure exponentielle
. . et il est vrai aussi qu’il fut et reste une source de profits extraordinaires pour dans l’ordre : les compagnies pétrolières
les états occidentaux
les états producteurs.

Toutefois, les revenus du pétrole n’ont guère servi à l’amélioration des civilisations. Ils n’ont qu’aidé à faire de nouvelles guerres civiles. Les guerres du XXe siècle sont surtout des guerres du pétrole. La dernière en date, celle de l Ayachosola Kornneki n’est qu’un juste retour de flamme (de cheminée de derrick) de la fameuse nationalisation des raffineries décidée en 1951 par le Shah. La nationalisation des installations de raffinage constitua une source de profits pour le Shah...qui acheta dès lors de merveilleuses armes sophistiquées pour son armée. Armée qui s’empressa de retourner au bâton et aux pierres...les milliers de dollars ne civilisent guère...
L’Iran de ce matin n’a pas progressé (aurait—il reculé ?) depuis Cyrus et Alexandre. Partout où a jailli le pétrole, les Américains ont exporté leur technologie curieuse faite par des sous—hommes qui volent des bébés pour rançonner les parents — et depuis des vieillards, des ambassadeurs, tout le monde quoi ! — et par des êtres supercivilisés qui dirigent l’évolution politique, économique et scientifique de la 1/2 du monde, conformément, au nom de grands idéaux démocratiques lesquels n’excluent pas l’utilisation de bons moyens de persuasion comme les bombes A,H et toutes les lettres de l’alphabet

Des milliers d’années avant l’homme, englouties dans les fonds marins, les forêts allaient devenir hydrocarbures.

Cela se passa surtout
1. Amérique (Alaska, Texas, Mexique, Venezuela, Colombie)
2. Moyen—Orient (Irak, Iran, Arabie, Tunisie, Algérie, Lybie)
3. Europe (Roumanie, Hongrie,.URSS)
4. Asie Sud—Est (Insulinde, Australie)

En cas de guerre, les régions pétrolières deviennent des pôles d’attraction évidents. Les pétroles de Bakou (2è guerre mondiale) ont été visés par les Allemands. Les pétroles ont tué beaucoup de gens...individuellement aussi. Matteï par exemple...car depuis John D. Rockefeller (ce petit galopin en redingote et bible sous le bras j’ai dit bible, c’est pas du Jacques Brel ici !) les braves Américains ne peuvent supporter la concurrence en ce domaine . et tous les médias actuels nous ressassent “pénurie— hausse de prix” et le clergyman Carter en pleure...sans parler de l’Alaska...qui peut donner de l’énergie aux USA pendant... pendant très longtemps encore

John D. Rockefeller n’a eu qu’un grand ennemi : Deterding. Ce fils de marin hollandais, né à Sumatra je crois devint baronnet de sa gracieuse majesté. Colt à la main, carrure de lutteur, Deterding fit jaillir des forets de derricks sous la protection de la Home Fleet. Il y eut une longue guerre entre la Standard d’Oil et la Royal Dutch Shell... .effroyable dispersion d’énergie dont seule l’URSS profita mais depuis les deux géants et leurs sous—sociétés se sont arrangées et ont partagé le monde occidental et les profits possibles.

Mais hélas en pétrole comme en toutes autres choses, l’Amérique — qui ne veut pas le bien de l’Europe, mais seulement la ravaler au rang de “manœuvre d’industrie” — fait la place belle à l’URSS... et si nous ne sommes pas Chinois demain, au mieux nous serons les vassaux, agréablement convertis par la médication des goulags, du communisme international
Rockefeller et Deterding en usant et abusant des réserves pétrolières de ce côté de la barrière ont permis à l’URSS de garder intactes ses réserves de Sibérie mais hélas bien peu de choses de toute cette aventure du pétrole qui commença en 1866 à Oil Creek (Pennsylvanie) et finira dans une cinquantaine d’années, ne restera dans l’histoire de l’Homme et du Monde.

BLACKBELT
Un exposé intéressant concernant le bio-carburant :
Valbio
Retrouver tous les liens « politiques » : cliquez ci-dessous sur « LIEN »
1954 ... Hergé republierait l’or noir ... Sciences et Vie nous informe des enjeux du pétrole
1958 ... L’illusion d’un Sahara riche et occidental ...
Manger ou conduire : il va falloir choisir
[Ingrid Labuzan - MoneyWeek - 17/08/2009]

L’urbanisation continue de galoper. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes vivant en milieu urbain a dépassé celui vivant en zone rurale. Résultat, non seulement les agriculteurs fuient les campagnes, mais l’urbanisation ne cesse de grignoter les anciennes terres cultivées : zones industrielles ou résidentielles, réseaux de transport, autant de nouvelles constructions qui mordent sur les surfaces arables.
Je sais bien que trop de chiffres finissent par nuire à la clarté de l’information, mais en l’occurrence, je vous demande un peu d’attention sur ces statistiques qui prouvent à quel point l’équilibre précaire qui nous permet de nous nourrir pourrait bientôt se rompre. Il existe un rapport entre la surface de zones construites et celle des terres agricoles. Ce rapport était de 3,5% en 2000. En 2050, il devrait être de 7%. Concrètement, cela signifie que nous allons perdre 0,67 million de km2 de terres agricoles au détriment des zones urbaines. N’oubliez pas que parallèlement à ces pertes, la population (et donc ses besoins) continue d’augmenter.
Voilà pourquoi, dès 2030, 1,2 million de km2 supplémentaires (soit un tiers de l’Inde !) seront nécessaires pour répondre à la hausse de la demande en nourriture.
Nos cultures nourriront nos voitures
L’écologie a le vent en poupe, il suffit pour cela d’observer les résultats du parti de Daniel Cohn-Bendit en France aux dernières élections européennes, ou le programme de Barack Obama. Le président américain a en effet décidé de donner la priorité aux biocarburants. Puisque de plus en plus de voitures tolèrent une essence composée en partie de biocarburants, autant en profiter et accélérer la production d’un tel produit, voilà en substance son idée.
Aujourd’hui, la part de biocarburants qui peut être incorporée dans l’essence est de 10%. Dès l’année prochaine, elle devrait être portée à 12% aux Etats-Unis. Cela représente 20 millions de tonnes de maïs en plus de ce qui est déjà consacré aux agro-carburants. De plus, c’est une tendance de fond, puisque d’ici 2020, l’objectif est d’atteindre un taux d’incorporation de 20%.
Or, la production américaine de maïs est la plus importante au monde. Elle représente deux fois celle de la Chine. Imaginez les conséquences pour les pays qui importent le maïs américain : pas sûr que les exportations soient une priorité encore longtemps pour les États-Unis.
Cela pourrait aussi contribuer à faire exploser les cours du maïs. Aujourd’hui, le prix du maïs est à environ 3$ le boisseau, mais les experts s’attendent à ce qu’il grimpe à 4 ou 5$ lors de la reprise économique. Soit entre 33% et 66% de hausse.
L’autre grand producteur de biocarburants est le Brésil. A eux deux, le Brésil et les Etats-Unis fournissent 70% de la production mondiale de bioéthanol. Si l’Europe n’est pas encore la championne des biocarburants, un chiffre fait cependant froid dans le dos (enfin, tout est une question de point de vue, car il est vrai que c’est bon signe pour l’air que nous respirons) : leur utilisation y a plus que triplé depuis 2005 !
Pour suivre les biocarburants, regardez le pétrole
Vous l’aurez compris, utiliser moins de pétrole pourrait donc aussi signifier manger moins. Les biocarburants sont désormais une réelle composante dans la diminution des terres consacrées à la production de denrées alimentaires. D’ailleurs, l’OCDE prévoit que la part des surfaces agricoles destinées aux biocarburants passera de 0,5% en 2008 à 5% en 2050.
Des chiffres qui pourraient encore augmenter avec la reprise de la croissance économique ou une nouvelle hausse des prix du pétrole.
Merrill Lynch se montre d’ailleurs très inquiet sur ce sujet : “Une reprise globale de la demande de pétrole l’année prochaine pourrait faire glisser des millions de tonnes de maïs, de sucre et de blé des réserves de nourriture vers les moteurs. (…) Le deuxième round entre la nourriture et l’essence pourrait débuter dès l’année prochaine“.
NOUS MANGEONS DU PÉTROLE
L'or noir : en 1960 l'Amérique n'aura plus de pétrole -
Les Floralies Gantoises de 1859 offrirent aux visiteurs une attraction inédite, la première lampe à pétrole introduite en Belgique : c’était l’année où Drake venait de mettre en service le premier puits à pétrole creusé en Amérique. On sait combien rapidement se développa cette nouvelle industrie qui fournit aujourd’hui les trois quarts de la force motrice à tout ce qui tourne sur terre, sur mer et sous le ciel. Un Américain a pu dire que si le pétrole venait à manquer, la seule chose qui continuerait à tourner sur notre terre serait la terre elle-même. Malgré toutes les prophéties qui annoncent périodiquement l’épuisement des ressources pétrolifères du sous-sol, l’extraction continue, et la consommation augmente dans des proportions d’autant plus considérables que, par suite des progrès de la technique moderne, le pétrole est aujourd’hui une des matières premières dont les produits et sous-produits sont à la base de multiples industries. Tout ce que l’on tirait autrefois du charbon et du goudron de houille, on l’obtient des raffineries de pétrole; bien plus, les dérivés de cet or liquide, de cet or noir se transforment, dans les colossales usines des ingénieurs et des chimistes, non seulement en essences diverses assorties à chaque catégorie de moteurs, mais aussi en lubrifiants, en caoutchouc synthétique, en matières textiles comme le nylon, en matières plastiques; en alcools, glycérines, résines et corps gras; en explosifs, en produits pharmaceutiques, acétone, etc.; en insecticides, cosmétiques et parfums synthétiques; en éthers, solvants, couleurs et teintures; en encre, chewing-gum, en crème pour chaussures; etc.; en asphaltes, etc.
Avant la guerre, on cataloguait déjà plus de 106 dérivés du pétrole brut.
Alors que les procédés d’extraction du charbon restèrent à peu près stationnaires pendant des générations, l’industrie du pétrole a évolué à pas de géant : tous les cinq ans, en moyenne, des procédés nouveaux viennent révolutionner le matériel et la technique. Où sont les raffinerie du début, qui offraient aux consommateurs d’Europe et d’Amérique une vingtaine de produits à usage divers pétrole pour l’éclairage, éther, gazoline, benzine, ligroine, paraff ine, naphte, righolène, etc.  
Les gaz et sous-produits qu’une raffinerie brûle dans ses foyers deviennent, pour une autre usine plus moderne, la base de fabrications nouvelles et lucratives.
De même que la chimie du carbone, le pétrole brut et ses dérivés ouvrent des perspectives illimitées à cette science nouvelle, mais en perpétuel progrès, les Américains donnent le nom de pétrochimie, chimie du pétrole.
Depuis la mise en exploitation des bassins pétrolifères, on compte généralement trois phases ou périodes dans l’histoire du pétrole : de 1860 jusqu’à la guerre 14 on pratiqua surtout la distillation du brut avec des perfectionnements successifs, le cracking qui triompha après la première guerre mondiale et dont le règne n’est pas fini traite aussi les pétroles bruts par la chaleur, mais emploie de hautes températures qui transforment brutalement les huiles lourdes en essences légères. Enfin, depuis 1936, la catalyse est le procédé en honneur, décomposant le brut grâce à l’intervention des chimistes qui président aux opérations, jonglent avec les molécules et font sur commande des essences à 80 ou à 100 octanes, et métamorphosent gaz et liquides en combinaisons nouvelles : ce sont les miracles de la polymérisation. En 1949, c’est à Stanlow que vient d’être mise en activité en Angleterre l’usine la plus moderne pour le traitement du pétrole, dans le comté de Chester. Cette unité de distillation, avec installations afférentes, débute avec une capacité annuelle de 100,000 tonnes que lui fourniront surtout les bassins pétrolifères du Moyen-Orient, Irak et Iran; de cette matière première, l’usine compte extraire 25,000 tonnes d’essences diverses, et 25,000 autres tonnes de produits et dérivés, allant depuis le caoutchouc synthétique jusqu’au nylon et aux vernis à ongles, Le reste est utilisé comme combustible pour le fonctionnement de l’usine. Bien que construite par des Américains, la raffinerie de Stanlow, la première du genre en Angleterre, est surtout destinée dans l’intention de ses promoteurs anglais, à émanciper l’économie britannique de la suprématie du dollar. L’usine est l’aboutissement de près de deux ans de travaux. Douze mille tonnes d’aciers divers sont entrés dans la construction de ce gigantesque complexe de tubes, d’alambics, de cornues, de tanks, de fours tubulaires, que contrôlent douze mille vannes et soupapes, mais dont la main-d’œuvre dépasse à peine un effectif de deux cents hommes pour un fonctionnement ininterrompu de jour et de nuit.
Le pétrole brut entre sous la forme d’un liquide visqueux et épais, d’aspect noirâtre. Tour à tour, il est soumis à l’action de courants réfrigérants, chauffé, soumis à ébullition, condensé, mis en présence d’éléments catalyseurs — des acides — régénéré; dès son entrée dans la labyrinthe de tubes et de coupoles qui constitue 1 usine, il est peu de réactions chimiques auxquelles il ne soit soumis, La température à laquelle s’effectuent les opérations sélectives est l’objet d’une attention minutieuse par exemple, au cours des distillations fractionnées, le butadiène, un des constituants du caoutchouc synthétique, passe à l’état gazeux à trois degrés et demi plus bas que le butyglène, dont il doit être séparé.
La construction, comme la marche de l’usine, exigent une connaissance à fond de la science de l’ingénieur et de celle du chimiste. A l’ingénieur, la « pétro-chimie » demande des aciers résistant aux hautes températures, aux fortes pressions, aux acides; elle lui demande aussi de calculer et régler la vitesse du flot de pétrole lancé dans le dédale de tuyaux de l’usine.  
Le moindre organisme, dans cette usine sans cheminée, fonctionne avec une précision de laboratoire. Le thermocouple par exemple, qui sert à surveiller la température, se compose essentiellement de deux fils de métal différent, fer et cuivre; quand la moindre altération survient dans la température à deux points différents des fils accouplés, il se produit un faible courant électrique qui actionne un indicateur, le tube Bourdon, une spirale placée dans un fluide sous pression, renseigne sur les variations de celle-ci en se détendant ou en se contractant, les vannes et soupapes sont automatiques. Si la pression, la vitesse du débit ou la température subissent une modification, la rectification se fait instantanément, sans intervention d’un opérateur, à l’instar du thermostat qui maintient au degré voulu la température d’un chauffage central.
Le pétrole, vous expliquent les chimistes, est une mixture d’hydrocarbures, c’est-à-dire de combinaisons d’hydrogène avec des molécules de carbone. Une molécule d’hydrogène ne peut se combiner qu’avec une seule autre molécule, mais le carbone peut se combiner avec quatre autres molécules, ce qui ouvre la porte à des possibilités illimitées de combinaisons et de synthèses.
L’Afrique et ses matières premières
Que faire de la manne pétrolière ?
En février 2006, un pétrole léger et de haute qualité a commencé à couler des puits offshore de Chinguetti, au large de la Mauritanie. Ces puits produiront 75 000 barils/jour pendant neuf ans. Thiof, le second gisement, situé 25 km plus au nord, pourrait produire quelque 100 millions de barils, sans parler d’une importante quantité de gaz naturel. A 7 500 km plus à l’est, les sociétés pétrolières s’intéressent de près à Madagascar, où les réserves pourraient se révéler prometteuses. Plusieurs compagnies ont déjà signé des permis de recherche et d’exploitation. C’est le cas du géant américain Exxon, qui va prospecter 36 000 km2 en haute mer au large de Mahajanga, à l’ouest du pays. Trois autres compagnies feront de même : la chinoise Sunpec, l’américaine Vanco Energy et la norvégienne Norsk Hydro. D’ici à 2010, la Grande Ile pourrait à son tour devenir productrice d’or noir.
Madagascar, la Mauritanie, le Tchad... ont rejoint, ou sont en passe de rejoindre, la Guinée-Equatoriale, le Gabon, l’Angola, le Nigeria, la Libye... au club des producteurs africains de pétrole. Si le Nigeria, l’Algérie et la Libye sont les seuls Etats du continent membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l’Association des producteurs de pétrole africains (APPA) compte, elle, quatorze membres . Certains sont, certes, de petits – et anciens – producteurs (Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, etc.). La Mauritanie, à l’inverse, ignorait encore à la charnière des deux siècles qu’elle possédait du pétrole. Le Tchad, lui, ne produit que depuis 2003.
Et ce mouvement n’est pas fini : les recherches et les découvertes se poursuivent au large de la Côte d’Ivoire, du Liberia, de la Guinée, de la Sierra Leone, du Sénégal et de la Gambie. L’autre versant du continent est aussi concerné, au Kenya, au Mozambique et à Madagascar. Certes, au total, l’Afrique ne « pèse » que 10,2 % de la production et 7,3 % des réserves mondiales. Son premier producteur, le Nigeria, n’est qu’au 11e rang mondial , et la Libye, deuxième producteur africain, est au 16e rang mondial. Mais dans le classement des exportateurs, ils sont respectivement 7e et 10e. En effet, le continent noir raffine et consomme proportionnellement moins que sa part dans la production  : un schéma que l’on retrouve pour l’ensemble des matières premières du continent, peu transformées sur place.
La croissance du nombre de sites de production en Afrique est d’abord due à la hausse des cours, qui rentabilise les recherches et l’exploitation. En outre, l’accroissement de la demande mondiale et les incertitudes pesant sur l’offre rendent vital, pour les grands consommateurs, le contrôle de nouveaux gisements. Ce sont souvent les Etats-Unis que l’on accuse de telles visées. Leur mode de vie « énergétivore » les conduit en effet à accaparer 25 % de la consommation mondiale de pétrole, dont la moitié seulement est couverte par leur propre production. Mais ils ne sont pas les seuls.
La Chine se trouve désormais dans la même situation, ne produisant que la moitié de ce qu’elle consomme. Le Soudan, notamment, est un nouveau producteur largement sous l’emprise des Chinois. Dès 1997, un vaste projet a associé à Muglad, dans le sud du pays, Soudanais, Chinois, Malaisiens et Canadiens . C’est précisément parce que l’Afrique est arrivée plus tard dans le concert des producteurs que la situation y est moins cadenassée par les majors traditionnelles, et que de nouveaux intervenants peuvent y prendre pied. Les Européens (Elf-Total-Fina, Shell, Repsol...) sont aussi présents, mais en situation de repli ; ils s’accrochent dès lors à leurs positions, comme au Gabon.
L’influence des entreprises pétrolières transnationales n’est pas neuve . Mais la croissance de l’exploitation entraîne de nouvelles questions, dont la principale est celle de l’utilisation de la manne. C’est au Tchad que cet enjeu est apparu de la manière la plus explicite . Les investissements nécessaires à l’exploitation pétrolière dans la région de Doba et à l’exportation via le port camerounais de Kribi ont été soutenus notamment par la Banque mondiale, qui en a profité pour imposer au pays des règles dites de « bonne gouvernance ». Parmi celles-ci, la loi 001, édictée sous la pression des bailleurs de fonds, visait une gestion « transparente » et une redistribution équitable des revenus de l’or noir. Un Fonds pour les générations futures a été créé, alimenté à hauteur de 10 % des revenus pétroliers placés sur un compte séquestre à Londres. Il devait servir à financer des secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation, les infrastructures, l’approvisionnement en eau.
Mais deux ans plus tard, fin 2005, prétextant une crise de trésorerie et arguant de sa souveraineté, le pays dénonçait ses engagements. La Banque mondiale a alors fait bloquer les revenus de la vente du pétrole tchadien sur un compte à Londres. N’Djamena a réagi en menaçant de fermer les robinets. Début mai, juste avant l’élection présidentielle, la Banque a fléchi « pour des raisons humanitaires ». En contrepartie, N’Djamena a accepté de consacrer, dans le budget 2006 révisé, 70 % des revenus pétroliers à la lutte contre la pauvreté. Cependant, rien ne garantit qu’il respectera ses engagements, N’Djamena, avril 2006.]].
Ce débat est emblématique d’un dilemme fréquent : en l’absence de démocratie, faut-il imposer de l’extérieur des mesures destinées à assurer le bien-être d’une population et à éviter l’accaparement des ressources par une élite, ou donner priorité absolue à la souveraineté, même lorsque celle-ci aboutit à l’enrichissement d’une minorité ?
L’affaire est suivie avec attention dans d’autres pays africains producteurs de pétrole, où le monde associatif estime aussi que, sans l’adoption de règles claires, l’or noir continuera à alimenter les conflits et la corruption. C’est à partir de ce constat qu’a été adoptée l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). Lancée en juin 2003 par le gouvernement britannique, l’ITIE a notamment développé un modèle de publication pour s’assurer que les versements des compagnies extractives sont bien encaissés par le Trésor public. En Afrique, neuf pays, dont l’Angola, le Cameroun, le Tchad, le Gabon et le Niger, l’ont récemment approuvée. D’autres ont déjà commencé à la mettre en œuvre. C’est le cas du Congo-Brazzaville, de São-Tomé-et-Príncipe et du Ghana. L’ITIE engage chaque pays dans un processus tripartite : le gouvernement, la « société civile » et les entreprises extractives doivent œuvrer à ce que les revenus miniers ne finissent pas dans les poches de quelques nantis...
Il n’est pas exclu que les revenus du pétrole donnent de la marge de manœuvre à certains Etats, les libérant quelque peu d’autres pressions. Ainsi, la Mauritanie, qui doit négocier avant le 31 juillet un accord de pêche avec l’Union européenne, n’a plus le couteau aussi serré sur la gorge que lors des négociations précédentes, grâce aux revenus de l’or noir. De là à placer tous ses espoirs dans la manne pétrolière... Comme d’habitude, la population ne voit pas nécessairement la couleur de cet argent. Au Nigeria par exemple, premier producteur du continent, la population a, à plusieurs reprises durant l’année 2005, manifesté contre la hausse du prix sur le marché local, prix qui a plus que quadruplé entre 1994 et 2004. Paradoxalement, le Nigeria, qui tire de l’or noir plus de 95 % de ses recettes d’exportation, est exposé à des pénuries régulières de produits pétroliers, parce qu’il exporte vers l’Occident, surtout aux Etats-Unis, presque la totalité des 2,5 millions de barils de brut qu’il produit par jour, et se voit donc contraint, pour satisfaire ses propres besoins en produits raffinés, de s’approvisionner sur un marché international aux cours fluctuants. Ces augmentations résultent aussi au Nigeria d’une mauvaise gestion des capacités de raffinage. La Nigeria National Petroleum Corporation dispose certes de quatre raffineries qui, « avec une capacité de production de 45 millions de litres de produits finis par jour, pourraient satisfaire la demande locale quotidienne, estimée à 30 millions de litres, et même exporter le reste », analyse Aliyou Daouda, journaliste économique nigérian. Mais, mal entretenues et mal gérées, ces entreprises ne tournent qu’à 40 % de leurs capacités. Responsabilités internes et externes ne s’excluent pas, mais se complètent.
André Linard
Des amis à se faire ...
Le conseil d’administration de Total (2008)
Thierry Desmarest : P-DG depuis 2000. Polytechnicien et ingénieur des Mines. Ancien membre du conseil de surveillance de Paribas. Salaire de base : 1 100 000 euros*, plus une part variable, proportionnelle à la réussite des objectifs du groupe, atteints la même année : 871 852 euros. Total des revenus : 1 971 852 euros. Pas de jetons de présence.
Christophe de Margerie : directeur général. Descendant des Taittinger (champagne) par sa mère. En 2009, son salaire de base a été de 1 310 000 euros, la part variable atteignant 1 356 991 euros. À cela, il faudrait ajouter les 1 676 000 euros de la valorisation des options sur actions attribuées en 2009 et quelques avantages en nature pour 6 780 euros. Au total : 4 349 711 euros. Pas de jetons de présence.
Patricia Barbizet : directeur financier du Groupe Pinault depuis 1989, directeur général de la Financière Pinault, vice-président du conseil d’administration du Groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR). Elle est administrateur de Gucci, TF1, Yves Saint Laurent, Christie’s, Le Point, La Fnac, Bouygues, Air France. Pour sa participation aux six conseils d’administration chez Total en 2008, elle a touché, au titre des jetons de présence, 39 651 euros.
Daniel Bouton : ancien président de la Société générale. Administrateur de Total depuis 1997, ce qui lui a valu 40 000 euros de jetons de présence en 2009. Depuis 2003, il est également administrateur de Veolia Environnement.
Bertrand Collomb : ancien président du Groupe Lafarge, administrateur de Total depuis 1997 et également de Vivendi Universal, Unilever et ATCO (société canadienne). Il est membre du conseil de surveillance d’Allianz. Jetons de présence chez Total : 75 000 euros.
Paul Desmarais Junior : fils de Paul Desmarais, milliardaire québécois, un ami personnel de Nicolas Sarkozy. Jetons de présence : 48 000 euros.
Anne Lauvergeon : secrétaire générale adjointe de la présidence de la République sous François Mitterrand dont elle fut le « sherpa » (surnom donné aux représentants personnels des chefs d’État et de gouvernement des États membres du G8). Elle fut associé-gérant de Lazard Frères et Cie (1995-1997). Depuis 1999, elle est P-DG de la Compagnie générale des matières nucléaires (Cogema), devenue en 2001 Areva. Elle est administrateur de Suez et de Vodafone et membre du conseil exécutif du Medef (Mouvement des entreprises de France). Jetons de présence chez Total : 45 000 euros.

Michel Pébereau : président de BNP Paribas, il accumule les fonctions d’administrateur. Membre du conseil de surveillance d’Axa, il est aussi au conseil d’administration des Galeries Lafayette, de Lafarge et de Saint-Gobain. Depuis 1988, il est président du conseil de direction de l’IEP (Institut d’études politiques) de Paris. Jetons de présence pour le CA de Total : 70 000 euros.
Nous mangeons du pétrole