Crise économique, …en sortir, mais par où ?
Fortes baisses et faibles hausses, le yo-yo boursier entraîne les moins intelligents comme les plus riches vers des discours socialisants contre-nature de la part des autorités financières et politiques du monde dit civilisé.
Les optimistes peuvent même gober de belles déclarations de principes annonçant des réformes d’un système qui s’est mis en place avec l’accord très tacite de tout un chacun, qui donc n’en participe pas avec ses petites actions, ses petites obligations et l’auréole de sainteté parce que tout de même c’est pour combattre le nucléaire et le céodeux.
Pour l’instant on s’en passe en Afrique centrale ou sous couvert d’anti-génocidaires on massacre des populations pour conserver main haute sur des mines d’or, de tungstène et autres métaux hautement profitables.
L’histoire nous démontre que nous ne cessons de courir après le bâton qui nous frappe, la carotte qui ne nous nourrit pas.
Après deux guerres dévastatrices et quelques conflits locaux qui ne durèrent que trente ou quarante ans en Asie, Afrique et Amérique du Sud, la dérégulation est venue perturber le jeu de dupes de la paix pour tous et de l’égalité sociale. A la marche de capitaux « investis » et « désinvestis » s’ajouta la concentration de l’épargne du prolétariat et des classes moyennes occidentales sous une forme financiarisée de « fonds de pensions » et autres sous-cavités.
Dans l’indifférence aveugle générale un équilibre bilatéral vient de se trouver bouleversé par l’arrivée d’un troisième larron :e « l’actionnariat », parfois hautement comique, la dernière assemblée d’actionnaires de la Fortis belge devant un tribunal des référés, ressemblant au mieux à une réunion d’SDF.
Toute puissance ne s’arrêtant que lorsqu’elle rencontre une puissance capable de la contrecarrer, il va falloir donc composer avec de nouveaux joueurs dans la cour des comptes.
Évidement, pour que tout ce système se mette en place, il a fallu des volontés politiques car c’est bien les gouvernements qui ont voté les lois offrant le monde à se partager. Il a fallu également des instruments efficaces pour donner l’occasion aux « traders » (traîtres ?) de démontrer toute l’étendue de leur talent à piller les ressources de ceux qui travaillent et gagnent rudement leur pain à la sueur de leur front. Qui sait qu’il est possible de changer plusieurs fois dans la même journée, la destination d’un investissement de plusieurs milliards d’euros ou de dollars.
Ce qui est paradoxal dans les mouvements qui se sont déroulés est d’avoir constaté que les institutions dont le rôle était plutôt de garantir les investissements, telles les banques de dépôts ou les fonds de « pensions » ont joué des jeux spéculatifs sans l’aval de leurs déposants. Tout le monde trompe tout le monde à la course au veau d’or. Sans compter le petit jeu rigolo des « fonds souverains ». Ces derniers, créés dans les années 1950, visaient à placer les excédants de la balance commerciale des pays à forte croissance, au rang desquels on trouve l’Arabie, la Chine, Singapour ou la Russie.
Les élections d’un nouveau président américain en cours n’ont pas arrangé les choses, il est plus que probable que Wall Street ne soit plus au cas où les « démocrates » passent, qu’une place de second plan, derrière les bourses asiatiques. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la finance mondiale est complètement interconnectée et que les effets boule-de-neige y sont omniprésents. D’autant plus que les banquiers n’ont pas fait que prêter de mauvaise manière (subprimes), il faudra compter d’ici peu avec le remboursement à valoir de millions de créances très douteuses, les crédits à la consommation avancés à tout un chacun qui se retrouve presque au chômage aujourd’hui !
Sortir de la crise, mais par quel chemin et pour qui ?
Aujourd’hui, les fonds d’investissements achètent dans les secteurs porteurs. La puissance actionnariale étant totale, elle impose au dirigeant de l’entreprise, un pourcentage de bénéfice chaque année supérieur à celui de l’année précédente. Les patrons ont essentiellement trois solutions pour s’exécuter : la réduction des coûts de production, la réduction de la masse salariale et la rétribution des actionnaires par les bénéfices. Ces trois actions sont directement destructrices pour l’entreprise qui va diminuer ses coûts, ses salariés et ses investissements (modernisation, recherche de nouveaux marchés etc …) jusqu’à néant, c’est-à-dire la délocalisation ou la fermeture pure et simple. Les investisseurs ont obtenu sur une courte durée tout ce qu’ils ont désiré, de la prime d’état pour la création d’emplois à l’accaparation totale des finances de l’entreprise. Les multinationales ne cachent même plus qu’elles ferment une usine non pas parce qu’elle ne rapporte pas, mais simplement parce qu’elle ne rapporte pas assez ! Le phénomène est bien connu en Belgique depuis les affaires Burroughs et autres des années 1970 … eh oui ! déjà !!!
La spirale dans laquelle jouent les salariés est totalement négative, bas salaires vers hard discounteurs qui obligent les usines locales à fermer … faut-il revenir au protectionnisme douanier, faut-il cesser l’aide au tiers monde qui n’esiste plus, étant devenu émergent.
Comme le dit l’économiste Frédéric Lordon : « Pris dans l’étau de la concurrence, qui ne fait diminuer les prix qu’à condition de réduire leurs salaires, dans la servitude de l’endettement, devenu aussi indispensable que le revenu pour vivre, les salariés ont, pour couronner le tout, la chance d’être tyrannisés à leurs frais, puisque l’épargne qu’instrumentalise la finance actionnariale, celle qui réclame du rendement à n’en plus finir, c’est bien la leur ! Et la perversité confine à l’esthétique quand, d’une part, tous les accidents de la finance sont voués à leur retomber dessus, car ce sont eux qui paieront les pertes de croissance, et que, suprême finale, il devient interdit de toucher quoi que ce soit aux structures financières au motif – bien fondé, c’est ça le pire ! – que ce serait attenter à leurs pensions. Dans ce piège parfait, s’en prendre à la rentabilité financière, n’est-ce pas s’attaquer à la retraite des vieux ? ». On croit rêver !
Face à la crise, les réactions émotives dominent dans les discours de nos dirigeants.
Les solutions proposées par les politiques sont comme toujours en fonction de leurs propres intérêts. Pas question de repenser une société dont ils sont les « élites » et les « travailleurs étatiques largement rémunérés ». Et pourtant, dans l’état actuel des choses, des solutions simples et efficaces pourraient facilement être mises en place grâce à une réelle volonté de nos dirigeants.
Parmi les bouc-émissaires, le principal incriminé semble être le fameux parachute doré des patrons. Mais n’est-ce pas simplement un moyen de ne pas s’attaquer aux problèmes de fonds ? Que représentent vraiment quelques millions d’euros face à une crise majeure ? Un os à ronger aux « petits » épargnants.
Pense-t-on à la taxe Tobin ?
Contrairement à ce que les autorités politiques et financières veulent implicitement nous faire croire, cette crise n’est pas due à quelques irresponsables. La suite, c’est une concentration de la haute finance dans quelques mains, comme celles de la banque JP Morgan Chase, qui a su profiter de la crise pour s’emparer à bas prix de deux beaux portefeuilles de Wall Street, dans une moindre mesure de belles opérations comme celle de la BNP … Et quand la concurrence se réduit comme une peau de chagrin, c’est le « petit qui sera spotchî ».
Ne nous leurrons pas, ce n’est pas auprès des belles et grandes institutions que sont le FMI, l’OCDE ou la CEE que se trouve l’espoir d’une véritable amélioration du système, bien qu’elles en aient les moyens.
Chaque citoyen dispose de bien plus de choix qu’il ne veut bien le croire. Continuer à jouer le jeu des grandes banques, c’est se jeter dans la gueule du loup. A chacun d’entre nous de nous éloigner le plus possible de ce modèle qui n’a pour but que d’asseoir la domination et l’exploitation de la majorité par une minorité.
D’une manière plus générale, c’est à chacun de repenser sa manière de consommer. La seule vraie responsabilité ne peut naître que d’acteurs et non de consommateurs volontairement aveuglés et tenus à l’écart..
Résister c’est créer, créer c’est résister.
Article basé sur des textes déjà publiés dans « Le Monde Diplomatique ».
21 novembre 2009
La Société Générale a adressé à ses clients une étude prospective développant trois scénarios d’évolution de la crise. L’un d’entre eux évalue les conséquences d’une crise de surendettement des Etats dans une économie anémiée, déclenchant un « effondrement global ». --- A l’automne 2008, tous les observateurs ont à un moment où à un autre été saisis par l’effroi. Le système financier international était sur le point de s’effondrer, et la perspective d’une situation semblable à celle de l’Argentine en 2001 se rapprochait chaque jour un peu plus. L’ampleur des interventions et garanties qui ont été nécessaires défie l’imagination : 14 000 milliards au total pour les USA, la Grande Bretagne et la zone euro, soit l’équivalent du quart du PIB mondial. La dette privée, devenue insoutenable, est désormais consolidée par les comptes publics. La monnaie de crédit privée émise par les banques était sur le point de perdre sa valeur. Les monnaies d’Etat ont été émises et mobilisées pour étayer un mauvais papier et sauver la mise des banques (et des banquiers, qui se sont au passage servis sans vergogne). Il faudra des années pour liquider les dettes privées et rebalancer les échanges internationaux. D’ici là, l’hémorragie des comptes publics va se poursuivre.