J’ai le
trouillomètre à zéro …
Normal, en 1956, alors que je me disais que j’allais acheter une bagnole, le journal « Le peuple » (de Bruxelles) titrait : la fin du pétrole ! Plus de pétrole en 1964 !
Je me suis dit qu’on avait voulu me faire peur … On a prédit ma disparition dans des raz de marée, des tremblements de terre des grippes aviaires et des vaches folles, on a demandé que je ne brûle plus les feuilles d’arbres au fond du jardin (à l’endroit où on a enlevé la cabane, celle du grand’père qui ne connaissait pas le tout à l’égout obligatoire des années 70 que l’on veut me supprimer en ce début de XXIème siècle). J’ai pensé qu’on ne voulait absolument pas que je touche ma retraite, cette pauvre peau de chagrin, maigre contribution dérobée par l’état en 1967 qui a transformé mon épargne cumulable à intérêts composés en cotisation mutuelliste à dépense immédiate pour les pov’s qui viennent d’arriver, pieds nus et sans lampe !
De prédiction en prédiction, tout est allé de plus en plus mal !
Tout était catastrophique, tout à coup on ne pouvait plus que rouler à 100km sur autoroute, il y eut même des dimanches sans voiture, c’est dire le marasme.
On a tout essayé, on m’a raconté la fin de l’or après la disparition du général de Gaulle, on a chanté l’épuisement du zinc, du platine de l’argent, du mercure et des coquilles de jaune d’œuf avant 1990 quant au bug cancéreux de 2000, pardon les aminches ! ça allait être du jamais vu ! Les journalistes les plus distingués avaient annoncé très sérieusement une nouvelle pénurie du pétrole, la fin de l’expansion de mac Donald, fallait-il se suicider ?
Tout à coup l’an 2000 éclate en fanfare pour conclure un faux XXème siècle déjà mort depuis 1989, l’air devenu plus pur mais Cassandre était de retour, bientôt plus d’eau potable, pire, la fonte des neiges, des glaces et la montée de l’eau de mer qui allait ramener Bruges et Bruage simples ports de pêche. Ouf, on retrouvait du pétrole ! C’était même ce qui manquait le moins mais cela polluait beaucoup, il allait falloir changer cela, on avait des idées, c’est même ce qu’on avait le plus, c’est plutôt les liquidités et le pastis qui commençaient à se faire tirer l’oreille.
Mais voilà,
depuis le déluge, les religieux et les politiciens de tous bords continuent à
prédire des désastres universels, bientôt le déluge, la famine, Sodome et les
Comores Gomorrhe. Alors, j’écoute la météo, il fait le plus souvent beau
à Seraing serein et la nébulosité est remplacée de place en place par
des éclaircies, la personne la moins stressée du moment est la speakerine
météorologique, c’est évident. Les bonnes nouvelles sont foultitudes, qu’est-ce
qu’une bonne nouvelle, c’est d’apprendre demain que tout ce qui avait été
prédit pour aujourd’hui était totalement faux. Rester optimiste est la clé
anti-stress de la société libérale socialiste du XXIème siècle en Europe
occidentale.
Aujourd’hui, en 2008, j’en ai marre d’avoir peur ! (déjà je m’en félicitais ici).
Alors, je dis que j’en ai assez, marre, ras le bol, par delà la cafetière, zut zut flûte ! La guerre du Vietnam s’achève à peine, Hong Kong ne s’est pas transformé en marée rouge et Mugabe n’assassine que dix ou quinze blancs par jour, voire moins dirait Colette Braquemart. L’humanité a toujours cultivé ses peurs et les imbéciles comme les ignares en ont fait leurs choux gras de tous temps. Ma cousine consulte madame Irma et l’autre est à Lourdes, ma belle-sœur écoute un Tournesol d’opérette et ma mère prie le dalaï-lama. A part Bronson et Van Damme, Chuck et Clint, ils veulent tous que j’aie les pépettes, les chocottes, les fesses étroitement serrées, ce qui n’est pas de mise politiquement à notre époque, comme chacun sait. Tout à commencé, comme chacun devrait savoir mais il y en a qui font semblant que non, par un troisième larron camouflé derrière des feuilles d’un pommier, le fameux pommier à pommes que chantait l’ami Bécaud. Pour un bécot donc, patatras, feu du ciel et le toutim, déménagement à la cloche de bois et à poil, Dieu s’écria : « Tu es le singe nu », ce qui fit plaisir à Ève à qui ce vieillard cacochyme donnait donc carte blanche pour mille et un achats chez Dior et consort avec ma carte Visa.
Ainsi donc,
tout semble avoir commencé par une frousse incontrôlable après avoir dégusté
une figue pomme que l’on dû abandonner au seuil de l’âge d’or.
S’encourir en très petite tenue d’un confortable chez soi fut le sort peu
enviable de notre ancêtre qui s’était imaginé le pire, ce qui ne manqua
d’arriver.
On s’en sortait à peine et on allait revivre l’âge d’or quand un pompier pyromane est arrivé mieux que l’ouragan de la petite de Monaco, l’eau monta si bien que l’on débarqua en haut de l’Ararat, on n’avait donc pas eu assez peur du serpent, on nous avait envoyé la flotte, on faisait encore la forte tête, hop tu seras changé en statue de sel. (Les femmes seulement, fort heureusement, mais cela les a marqué, les gènes ultérieurs se placèrent en cohortes froussardes). On raconta la disparition de l’Atlantide que l’eau du pôle nord qui fondait comme un glaçon dans le whisky, non, je dois me tromper d’histoire, ce n’est pas vrai, on ne m’annonce pas une nouvelle fois les dix plaies d’Égypte ( de quoi avoir encore peur après Cléopâtre, Dalida, Claude François, Naguy, l’invasion des chenilles processionnaires, la désertification des campagnes si fertiles avant que je ne respecte plus le saigneur monarque Prède Sessous (PS en abrégé), la mort avant terme par dix maladies honteuses. Encore un peu on m’annonce les Romains qui s’imposent pis qu’Hitler, les Huns qui déboulent de Mongolie (supérieure), la peste porcine, les guerres de religions, sans oublier la trouille aviaire qui comme chacun sait est fort efficace pour confiner.
Tous les malheurs sont donc arrivés, depuis la peste bubonique jusqu’aux Beatles, que pourrait-il bien encore arriver je vous le demande. Vous n’avez rien à répondre, il suffit d’ouvrir la radio ou la télé et sans relâches me sont dispensées les pires prévisions. Le XXème siècle écoulé, je me croyais à l’abri des prédicateurs, j’avais même connu le nazisme, la bombe atomique et l’empire soviétique, c’était sans compter sur les bons perroquets bavards : t’inquiète ! voici venir le réchauffement (aie, en 1960 on disait le refroidissement !) et la mise en place de la bouée de sauvetage pour laisser à nos enfants une planète verdoyante habitée de parfaits zombies rédigeant chaque année leur petite feuille de confession.
Si je n’y prends garde et tente tricher à propos de ces revenus sur la petite page d’informations obligatoires à restituer à l’administration, sûr que le malheur va s’abattre sur moi, ma famille, mon jardin de laitues et tomates.
Bon sang mais c’est bien sûr, c’est la faute au cheval vapeur et à son concurrent le nucléaire, je vais finir atomisé, je vais être transformé en chaleur et lumière si je ne range pas mes sacs en plastique au musée Spitzner.
Bon, assez ri, j’ai fortement craint cette année le printemps de Bourges, le pastis avarié, la date de péremption d’Elio, le bifidus pas assez actif pour que je puisse m’engager sans déformation dans un maillot coupe small, la solution du BHV et des perceuses (chez moi on dit foreuses) promises par Bellemare, je suis donc parfaitement blindé, j’attends de pied ferme les nouvelles agaçantes, la libération de quelques otages sans échange de rançon, cela ne se fait plus, la glaciation des Oscars, le réchauffement des relations avec Pékin (on dit Béïe djing que l’on peu poursuivre par vive le vent vive le vent d’hiver … ) … Yes dis-je d’un mouvement de l’avant-bras costaud et élégant, Yes, on va encore s’amuser de quelques petites peurs bien rigolotes, quelques frissons qui font de si jolies moues aux mannequins de chez Gucci, Riton et Léonardo.
J’en ai marre et je ne suis pas seul sur ma planète, ainsi s’exprime Vaclav Havel, économiste et premier ministre de la République Tchèque dans une conférence à l’occasion du 60ème anniversaire du putsch communiste en Tchécoslovaquie :
« Les
dangers futurs vont venir d’une autre source. L’idéologie sera différente. Son
essence, néanmoins, est identique. L’idée attrayante, séduisante et à première
vue noble qui transcende l’individu au nom du bien commun et l’énorme confiance
en soi du coté de ceux qui la défendent quant au droit de sacrifier l’homme et
sa liberté pour réaliser leur idée. »
Bon, je relis ce vieil Europe magazine et Lecerf de citer Nigel Calder qui disait en 1975 :
« La venue d'un nouvel âge glaciaire doit être
reconnue comme source de maladie et de misère dans les années à venir. Dans les
pays pauvres des milliers de personnes sont déjà mortes de froid ».
et je dis
Merci à Prof d’avoir écrit :
« Les
changements climatiques sont réels »
Ce slogan, qui se veut dans la bouche de certains une menace et une apocalypse est dans la pensée des autres une banalité confirmée par une évolution qui n’a pas fini de faire des siennes, même s’il y a à l’occasion des hésitations quant à la direction. Scientifiques, journalistes et le public qui demande ses peurs quotidiennes (« le sang à la une ») ne savent plus ou donner de la tête… Chaque génération depuis des siècles a trouvé moyen d’inventer sa propre peur scientifico–médiatique.

(à suivre)
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