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25 juin 2003 : CHRONIQUE N° 1.

Alors donc, nombreux sont les lecteurs du « web » qui recherchent des informations les plus diverses à propos de cette discipline au nom imprécis : Ju Jitsu, Ju Jutsu, Jiu Jitsu ....

Des curieux se demandent s’il s’agit de karaté, d’autres recherchent à travers la pratique d’une gestuelle conventionnelle la voie mystérieuse de l’Orient. J’ai presque été tenté d’écrire la voix.

On se tait pour bien apprendre, pour bien comprendre et façonner au mieux ce que l’on fait, et par pudeur. Progresser et évoluer est une aventure personnelle, en art martial plus encore qu’en toute autre discipline. Mais la gestuelle n’est pas tout, l’esprit veut son compte, il veut connaître, savoir, découvrir.

Et le temps passe, et l’ancien se retourne et regarde ceux qui déjà le remplacent sur le tatami, le temps est passé. Et le regard du disciple, droit devant remercie le Maître. « Je n’ai jamais vu plus belles postures de ju-jitsuka que celle de mon Maître Iso », Jigoro Kano

Durant des siècles, les secrets furent jalousement gardés, se déroulant de rouleaux d’écritures en rouleaux d’écritures. Depuis Irving Hancok des centaines d’ouvrages ont été publiés parlant de ces « jutsu » et de leur efficacité légendaire, héritage d’un passé révolu, d'une tradition ancienne et d'un savoir-faire affiné par plusieurs générations de chercheurs, de champions, d'experts.

D'abord fortement teinté d'exotisme et d'étrangeté, l’enseignement des techniques s’est codifié peu à peu et fait l’objet d’une promotion constante.

L’engouement des choses de l’Orient, la recherche d’un certain mystère, le rêve de l’efficacité réelle et les idées les plus diverses à propos de la pédagogie des arts martiaux ont souvent conduit le néophyte sur des chemins de traverse. Des différences fondamentales demeurent entre les arts martiaux, que ce soit dans leur forme, dans leur but actuel ou dans leurs ambitions respectives. La confusion, souvent diffusée en toute bonne foi, favorise malheureusement un certain mercantilisme.

Chaque discipline a bien entendu sa place et sa valeur, il entre dans la perspective de cette chronique qui pourrait être hebdomadaire de proposer un discours jiu-jitsu qui convienne au pratiquant de qualité, au nouveau venu au dojo comme à l’assistant du professeur, un discours clair, débarrassé du mysticisme et des querelles de clochers, un propos qui souligne la beauté du geste, qui comprend le message du compétiteur moderne tout autant que celui du disciple traditionaliste nippon.

Il pourrait y avoir ici les mots que les enseignants ne trouvent jamais le temps de dire tant la correction des détails de la gestuelle mange les minutes.

A bientôt, Xian.

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12 juillet 2003 : CHRONIQUE N°2 : La gestuelle

Précisément ....

L’homme est formé par l’hérédité, l’éducation, l’auto-éducation. Seule cette dernière composante est volontaire et personnelle. Il n’y a donc que sur elle et par elle que l’on peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent.

Les arts martiaux originels (issus de la guerre) même dans leurs formes les plus violentes ou stupides semblent nous permettre de grimper dans la pyramide des hommes, de l’homme-moule à l’homme-victime passant d’une infinité d’états à une autre grandeur.

Une évolution se dessine qui n’est pas sans créer de l’angoisse. L’art guerrier devient une voie, parfois un rituel, ici machinal, parfois traditionnel.

Ce rituel devient gestuelle, ainsi, pratiquer ju-jutsu, c’est décider d’un concept, d’un mode de vie, d’un état d’âme.

Pratiquer régulièrement : une gestuelle contre l'aliénation sociale.

Tout commence par une porte que l’on pousse... Un premier déclenchement intempestif d’hormones, ...il n’y a que simulacre et aucun danger mortel, quelques uns rient à se faire peur. Et peut-être un jour à n’avoir pas peur.

Quelle merveilleuse aventure commence là !

Entrer ici, c’est décider de ne pas se contenter d’être cet homme normal qui nous guette du fond de sa moyenne ou du haut de sa norme.

Ici, au dojo ( le mot est magique ), je vais inviter un autre, un adversaire, à entrer dans mon jeu de vie et m’en échapper pour littéralement me défaire de lui en le trompant, en effectuant du détournement de pensée ou de geste. Le Ju-jitsu devient alors un art vital passionnant.

Ici, au dojo, je vais développer mon potentiel propre, mes dons, ma créativité, mon dynamisme, ma joie de vivre et ma santé.

Le dojo, voici donc un premier mot mystère, voilà le premier voile mystique.

Est-ce ennuyeux de dégonfler des baudruches, de faire éclater en pétards ce que d’autres ont appelé bombes... le dojo c’est un local. N’est-ce pas ?

A bientôt, Xian.

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21 août 2003 : CHRONIQUE N°3 : Le dojo

Le fait d’être inélégamment vêtu de cet étrange costume de coton blanc, de ceindre une vraie ceinture, et de monter sur les tatamis suffit à émouvoir n’importe qui. Montrer son incompétence totale en matière de saisie, de lutte, de chutes ou même du simple salut, et ce, devant quelques dizaines d’individus, c’est plutôt gênant.

Comment suis-je arrivé ici, où suis-je ?

Au dojo.

Voici le premier mot mystère, voilà le premier voile mystique.
Est-ce ennuyeux de dégonfler des baudruches, de faire éclater en pétards ce que d
’autres ont appelé bombes ... le dojo n’est qu’un local.

Un local ? Pourquoi faire ?

Un local n’est rien. C’est un endroit, c’est un lieu. C’est le lieu où les membres du groupe se rencontrent C’est l’église, c’est le temple, c’est la salle d’armes, c’est la salle de réunion.

N’est-ce pas simple ?

C’est le dojo, - qui n’est guère luxueux.
Ce n
’est pas le lieu qu’il faut embellir, consacrer - mais bien ceux qui y viennent. Le dojo n’est pas une salle de sport et, déjà commence l’absurde prétention de vouloir confondre d’une part, convaincre de l’autre.
Au dojo, les pratiquants sont silencieux, leur corps est bien droit, de l
’assemblage des lignes physiques se dégage une sensation d’équilibre.

La pensée séparée du corps n’a plus de place dans cet univers sans émotivité.

Les mudanshas en face, les yudanshas à droite du Maître, homme simple marchant en éclaireur sur la voie que tous ont librement choisie. Le maître est impassible, indifférent aux agitations extérieures et aux petites tempêtes intérieures qui perdurent.
Le mot pourrait être barbare, mais il sonne si joliment à l
’oreille, dojo, mystère, mystique, mythique, lorsque le pas de porte est franchi, lorsque les pieds, — chaussés encore ! sacrilège ! foulent plancher, carrelage ou paille de riz, appréhension et curiosité vous envahissent. Ici donc, vous l’avez lu, entendu, se passent des choses.

Le dojo n’est pas forcément rassurant de prime abord.

Une ombre, une crainte, un homme, naturel, on respire, un instructeur est là, où à tout le moins un ancien, un habitué, un de ceux qui viennent ici régulièrement. Le regard et les paroles seront d’accueil, l’hôte, face au visiteur, se sent investi d’un rôle pédagogique et éducatif, déjà je me sens invité, sécurisé, déjà, je suis l’apprenti budoka.
Au bout d
’une longue vie de pratique assidue et sincère, enfin, l’invité du premier jour comprendra le sens profond du mot, du local, du lieu, du dojo.

Le dojo est un diamant aux milles facettes où chacun se plaît à se retrouver, seul face à lui-même et seul face aux autres, et avec les autres face au monde intérieur, au monde extérieur, sous la houlette du Sensei, ce garant accepté et reconnu des élèves, des postulants, des disciples. Le dojo n’est donc pas lieu d’ébats, terrain de foot ou de tennis, là où chacun agit selon soit bon plaisir, ici, nous sommes dans le laboratoire de la vie, centre de recherche, de communion et de méditation, les murs du monde se sont effacés, cette salle de gymnastique d’école, ce hall omnisport communal, ce grenier aménagé, l’usine désaffectée sont devenus champ d’expérience où l’on se retrouve face à soi-même, à son devenir. Au fur et à mesure des années de pratique, l’invité a acquis des connaissances et passe régulièrement la porte, rejoint les vestiaires, noue sa ceinture, il est chez lui, il est dans cet endroit qu’il aime et respecte, il ressent quelque chose de vital.

Il a salué les uns et les autres, pensé à ce Sensei qui connaîtrait des secrets, les secrets de cette vie, de la vie et de la mort, cet homme qui lui a laissé entendre qu’il ne s’agit pas simplement d’apprendre ou de comprendre le pourquoi et le comment des choses, mais d’être en harmonie avec soi-même et la nature ambiante, à la recherche de cette vérité une et infinie, inaccessible étoile.

Le comportement d’un Budoka maîtrisant son art ne dépend ni du lieu, ni du moment. Le dojo est en soi, le monde alors devient mon dojo et je l’arpente avec aisance et sérénité.

Le monde est mon cœur, mon dojo, ce lieu magique où souffle l’esprit exaltant du Budo.

Note personnelle : le dojo d’Ernage m’a sauvé la vie, sans lui je me serais perdu dans le chaos universel, grâce à lui j’ai maintenu la puissance charnelle qui m’attache à Pomme et j’ai fait, nous avons fait Sophie, sans mes deux femmes et mon havre de paix, mes obsessions m’auraient éparpillé dans le tumulte du banal quotidien.

A bientôt, Xian.

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13 septembre 2003 : CHRONIQUE N°4 : C'est parce que le centre est immobile que la roue tourne

Incontestablement, notre société est aliénante et il n
’est d’exemples et leurs contraires qui ne foisonnent à notre esprit sans cesse perturbé, tiraillé yin et yang. L’aliénation sociale est totale, sans recours. Cette société qui aliène sans rien offrir en échange pousse irrémédiablement l’homme vers la reconquête de lui-même, le phénomène s’est maintes fois répété des porteurs d’évangiles chrétiens aux kamikazes palestiniens, des hordes mongoles aux biplans nippons s’écrasant sur Pearl Harbor.

Certains parlent des méfaits qu’engendrent notre façon de vivre et font le procès d’une civilisation à laquelle ils participent activement. Il est trop facile, et totalement inutile, de noircir l’avenir de l’humanité en refusant de reconnaître les bienfaits du progrès technique et d’admettre les améliorations qu’il ne cesse d’apporter à nos conditions de vie.

Notre société est ce que nous en avons fait, ce que nous en faisons chaque jour en dépit de la critique. La société est un ensemble d’individus et il est naturel que chacun s’interroge sur ses propres capacités. C’est dans notre société que nous perdons notre personnalité, ce n’est que dans cette société, en tant qu’élément actif et responsable, que nous allons la retrouver. C’est à partir de cette réalité qu’il faut se pencher sur notre façon d’appréhender le jiu-jitsu.

Plutôt que de subir ou d’engager le combat contre les dragons, de fuir ou de rompre, l’engagement dans la pratique de l’art martial est une réponse intelligente et active vers un autre mode de vie, vers un autre mode de penser, vers une nouvelle manière d’être et cela sans renoncer brutalement à tout ce qui existe. Au-delà des motivations externes et sentimentales propre à chaque individu, la raison d'étudier un art martial est d'entraîner le corps et l'esprit à survivre dans ce monde social donné, de se pencher avec lucidité et honnêteté sur une façon d’envisager la vie et d’y chercher le palliatif aux troubles de quelque nature qu’ils soient, que la vie actuelle ne manque pas de créer. La question de savoir si l’effort individuel dans la recherche d’un mieux-être social est suffisant n’a de réponse ferme et définitive que le jour inéluctable de notre mort.

Le « jiu-jitsu » a développé une philosophie indispensable à sa pratique et qui s'avère incontestablement utile dans la vie quotidienne.

L’art martial originel allie techniques et philosophies pour conférer l'assurance indispensable pour défaire l’adversaire, d’abord physique et individuel, au-delà, social. Il est assurément martial donc dirigé vers l’idée de briser l'esprit de l'adversaire, de détourner son pouvoir, et de le faire changer de voie pour qu'il puisse suivre la vôtre. La notion subjective du bien et du mal y est donc infiniment présente et conditionnera votre courant de pensées.

Le jiu-jitsu, ouvert sur le monde qui nous entoure depuis sa diffusion mondiale sous la dynamique de Jigoro Kano, peut donner espoir et force à ceux qui les ont perdu. Chaque technique a été conçue originellement et modifiée, peaufinée, travaillée, adaptée pour vous apprendre à façonner votre corps et vous expliquer comment fonctionnent vos muscles et vos nerfs. Le jiu-jitsu, c’est d’abord prendre conscience de son corps et ensuite d’en prendre et d’en garder le contrôle et l’intégrité.

Le mérite du jiu-jitsu est de ne pas privilégier une séquence par rapport à une autre, d’avantager tel ou tel mouvement et ainsi d’apprendre à affronter un adversaire et, avec une seule révolution, de le contrôler et le vaincre. Le mouvement physique devient petit à petit idée directrice et s’applique aux principes de la vie sociale.

C’est d’abord l’apprentissage d’une stratégie de base avec tout ce qu’elle comporte d’attitudes, de déplacements, de mouvements, de techniques proprement dites avec tous leurs enchaînements. C’est l’éducation commune du corps et de lesprit, dans la perspective d’une fusion, d’une union permanente génératrice de puissance enrichissante. Les imperfections nées de l’apprentissage des techniques ne sont dues qu’au regard que chacun porte sur lui-même et sur le monde qui l’entoure.

Bien comprendre le principe dont relève une technique permet d'appréhender aisément sa finalité, ainsi son acquisition s'en trouve facilitée.

Sans doute le plus difficile est-il d’acquérir l’idée chère aux Orientaux, de non résistance. Cette idée de non-résistance évoque souvent, pour nous Occidentaux, la non-combativité et peut-être aussi une attitude qui consiste à ne pas lutter, «le non-lutter» pour employer la terminologie des taoïstes ou des bouddhistes zen.

Ne pas réagir « contre » ne signifie nullement subir passivement, avec résignation.

Jiu Jitsu ne s’abandonne pas aux événements. Il est au centre de l’action, le centre de la roue est immobile, l’avez-vous remarqué ?

" C’est parce que le centre est immobile que la roue tourne."

Ainsi, le jiu-jitsu a intégré le « céder pour vaincre » puis s’est posé la question de l’utilité de la victoire. La société bouge, se transforme, l’art martial aussi. Le désir de vaincre, de réussir est le premier maillon de la chaîne qui nous rend prisonniers de forces contre lesquelles nous luttons et qui un jour nous abattront. La recherche de la victoire conduit le combattant à perdre son indépendance vis-à-vis du combat qu’il ne domine plus. Ainsi, le jiu-jitsu ne s’est-il pas joint à la course sportive, refusant une inutile compétition dans un monde où l’homme ne se trouve plus placé dans l’alternative de vaincre ou de mourir, jiu-jitsu donne le choix de décider.

Aussi, lorsqu'on pratique cet art martial, est-on capable de reconnaître une situation et, fort et confiant, de refuser d'y prendre part. Lutter, vivre c’est aller volontairement avec les événements, avec les choses de la vie et non pas contre elles, ou encore se laisser emporter, manipuler.

A bientôt, Xian.

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16 octobre 2003 : CHRONIQUE n°5 : Technique et violence


L'inquiet s'est inscrit. Un long cheminement commence. Mais le chemin des arts martiaux est parfois très court.

Récupérés par la "Société", les Arts Martiaux que l'on enseigne sans précaution ne débouchent sur rien, ne dévoilent rien, n'apprennent rien.

Celui-là qui était violent se sent trompé, lésé, violenté plus encore.
Celui-là qui était paisible, sans envie de se battre ni de se faire battre ne comprend rien à cette litanie de mots (de maux) qu'on lui assène : nomenclature d'attaques, techniques de frappes, violence, violence, violence.

L'homme qui, à travers les arts martiaux, choisit la voie de la violence est un faible, écrasé par ses propres peurs d'un monde qui le rejette sans cesse parce que lui-même toujours rejette ce monde-là.

La peur - la peur de la douleur que l'on pourrait ressentir conduit la plupart d'entre nous aux arts martiaux.

La réponse à la violence n'est pas la technique.

La réponse de l'art martial est d'aller du doute de soi à la domination de soi.
Quel merveilleux chemin ! Quel but si extraordinaire qu'il n'en est que tout simplement humain.
La démarche globale du Ju-Jitsu, physique et mentale peut s'imposer comme une réponse au problème de la violence tant par ceux qui craignent de subir que par ceux qui, se sentant victimes incomprises de notre société n'ont plus apparemment d'autre réponse que la violence.

La violence est une énergie naturelle qui nous pousse à un affrontement. Dans un affrontement, on ne peut rester intègre que lorsque l'on garde la faculté de choisir - et même la fuite est un choix. La technique apprise donne une potentialité de violence. Dès l'instant où le combat n'a pu être évité - jusqu'à l'instant précis où il est stoppé, il a fallu être capable de violence. Il a fallu appliquer une technique.

Jiu-Jitsu vous mène à la maîtrise. La Maîtrise, c'est lorsque la non-violence résulte d'une décision de l'esprit dans un corps capable de violence. La passivité est toujours perçue par autrui. Si cet autrui est figé dans un mental d'agression, l'agression sera inévitable.

Ju Jutsu profond et véritable, ressenti en soi comme la gestuelle de base d’un équilibre corps esprit laisse perplexe les non-pratiquants, il inquiète les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des irréductibles de la compétition.

En se servant du corps comme d'un moyen (étude des techniques) on en cherche et on en développe toutes les possibilités fonctionnelles. La dignité de l'homme exige qu'il obéisse à une loi plus haute que celle de la violence.

Vengeance et revanche se doivent d’être absentes du dojo.

Pas de compétition possible. Je ne parle pas ici de techniques d’entraînement émulatives et nécessaires mais bien entendu de la recherche médiatisée de la gloire comme but humain final !
Ceux qui mûs par ce sentiment de puissance et ce désir de gloire viennent chercher un affrontement ou l'occasion de se faire valoir ne rencontreront au sein du dojo que regards étonnés. Au moment qu
’ils n’attendent pas, ils seront projetés, ils découvriront la fermeté décisive du sens réel de la gestuelle, la fulgurance d'un esprit libre, la disponibilité d'un corps qui échappe à la saisie.

Au dojo, nul pratiquant ne s'abandonnera aux remous infernaux de la violence, aux gestes agressifs et incontrôlés.
Celui qui nous accompagne en Jiu Jitsu doit savoir qu'il lui faudra d
’abord apprendre à se vaincre lui-même par une profonde connaissance de soi et d'avoir à résoudre ses propres contradictions avant de résoudre celles qui seront amenées par les circonstances de la vie.

La connaissance de la technique, la compréhension de l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la pratique au dojo.


Se maîtriser c
’est d’abord apprendre à vaincre la violence avec la technique, ensuite de la vaincre par notre seule maîtrise.


A bientôt, Xian.

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18 novembre 2003 : CHRONIQUE n°6 : J'ai rêvé le Japon

Pour nombre de pratiquants voire de simples aspirants du jiu-jitsu, le Japon est un but de voyage spirituel souhaité, rêvé, quelquefois atteint, le plus souvent décevant.

Tout homme arrivant au but géographique fixé se trouve ainsi confronté avec une réalité si différente de son rêve, l’Everest n’est qu’une forte colline, le miracle ne s’est pas produit ce jour-là place Saint-Pierre, aucun dieu n’est dans la Pierre Noire.

Au-delà de l‘illusion fracassée par la banale réalité, le concept Japon est encore plus difficile à saisir.

L’erreur fondamentale est de croire que les cultures orientales d’au-delà de l’Iran ont les mêmes buts humains que l’éducation « Croissant fertile » dont nous sommes le plus souvent issus (Juifs, Chrétiens, Musulmans), nous a donnés, l’erreur persiste lorsque l’on présume que les hommes des deux cultures veulent être raisonnablement heureux, et qu’ils doivent atteindre un sens d’équilibre au milieu des mêmes tensions et difficultés de la vie.

Tout cela est accentué depuis un demi-siècle par une progression technique des civilisations, un mélange des biens sans contrepartie spirituelle.

Les Maîtres décrits dans les ouvrages du XXème siècle sont disparus, restent leurs images et le foisonnement des idées qu’ils ont apportées. Cela seul survit, leurs dojos sont devenus des immeubles de villes tentaculaires ou des musées.

Que va donc faire au Japon un pratiquant de Jiu-jitsu du XXIème siècle ?

Il va le plus souvent débarquer à Narita et se plonger dans une ville déroutante qui lui fera penser au New-York cinématographique, il va s’insérer à l’instant dans la multitude, la foule dense, grouillante, bruissante incessamment, le Japon comme tout l’Orient est une fourmilière.

A Tokyo, le voyageur sera écrasé par le gigantisme architectural et la douceur étonnante de rares jardins aux tracés inconnus, le choc permanent d’une culture d’un modernisme effarant et de points de recueillement où l’on s’imagine le désert, la lande, l’infini. Autour des jardins impériaux, les joggeurs ne cessent de tourner, il y a tant à voir, mais le premier rendez-vous ne peut être que pour le Kodokan. Rien ne ressemble moins au Kodokan que le Kodokan. La Mecque du judo est loin du temple Eishoji où débuta Jigoro Kano.

La déconvenue survient alors, tiens tous les Japonais ne pratiquent pas les arts martiaux, le judo n’est pas le premier sport national, le jiu-jitsu est confondu totalement avec le judo, les revues locales ne citent pas de noms de champions, ne parlent pas d’un Maître qui ferait une démonstration. Les agences touristiques ne connaissent pas les adresses que fédérations qui vous semblent célèbres...

Le pratiquant se consolera en découvrant d’autres villes, toujours les mêmes paysages, étrangement toujours les mêmes sourires, ambigus, les mêmes yeux ronds, se moqueraient-ils ? A l’heure du repas, il n’est pas certain que les mixtures remixées ouvrent l’appétit.

Le moyen simple de parer à la désillusion du voyage dans un monde inconnu et devenant hostile au fur et à mesure que le temps s’écoule est de s’armer de patience, vertu orientale majeure, de décider que le Japon est un pays normal où les gens courent du matin au soir derrière le même bâton relais que le Parisien, le Londonien, le Berlinois...de la même manière mais peut-être pas dans le même but.

La consultation de l’annuaire téléphonique permettra de trouver quelques autres adresses de Maîtres dont on a entendu parler où dont telle ou telle revue a donné les coordonnées. La meilleure idée étant de partir d’Europe avec en poche des adresses remises par des entraîneurs japonais séjournant chez nous. A défaut, toutes les petites villes ou tous les quartiers de grandes villes sont équipés de centres sportifs souvent ultramodernes (rien à voir avec la photo dojo 1920 des habituelles revues) et l’on peut s’inscrire très facilement aux cours les plus divers. Il n’est pas rare de trouver dans ces centres plus de trente disciplines différentes enseignées chaque jour dès huit heures du matin.

Fouler un tatami japonais, être au cours parmi des élèves japonais voilà qui enfin arrive.

En ce qui concerne le jiu-jitsu, on s’aperçoit très vite que le niveau de technicité des élèves est assez différent, mais le plus déroutant sera la manière d’agir de l’instructeur. Ici peu voire pas de paroles, de l’action très vite après un petit quart d’heure d’échauffement, de gymnastique appropriée, chez les judokas et les aïkidokas, c’est très similaire à ce qui se fait en Europe, pour les autres, c’est souvent la découverte de mouvements peu classiques.

Pour le Japonais, jiu-jitsu est une gestuelle avant d’être une philosophie, il s’étudie lentement et par reproduction visuelle et sensitive presque exclusivement. L’Oriental donne sa confiance au Maître où ne le fréquente pas. L’élève imite, copie, reproduit le geste qu’il voit, perçoit, ressent.

Le cours est assez court, mais la pratique qui suit est elle, assez longue, souvent deux heures, et active, pas d’élèves en bordures de tatamis, pas de genou en terre pour souffler, Hi (dire aïe), face à face, hi, voire kiaï, attaque, défense, attaque défense attaque à plusieurs défense, souffle court, attaque défense, l’invité pâlit, les Japonais sont très courtois, semblant n’y rien voir, la cadence s’oriente vers un autre pratiquant, le groupe tourne, la dynamique vous épargne quelques minutes. Deux semaines de séjour, c’est la bonne mesure pour une première fois...

La conversation, lorsqu’elle est possible linguistiquement fera comprendre au voyageur que la finalité spirituelle a ici, aussi, fait place le plus souvent à des considérations matérielles immédiates, bien-être physique, aspect sécuritaire.

Le voyage se termine, les souvenirs sont dans les sacs et valises, quelques photos et des gestes, des gestes, des geste, quelques uns que l’on reproduira demain, tous les autres qu’on oubliera, sauf le voyage, sauf que le « spirituel » précisément est entré, est passé en soi alors qu’on n’y pensait pas, qu’on n’y pensais plus. Le bonheur de l’instant pratiquant est venu des moments les plus quelconques qui auront laissé trace dans la mémoire.

On retrouve avec un autre regard la salle à laquelle on est habitué, on s’aperçoit avec étonnement qu’elle a succombé aux rites, qu’elle ne vit quasi plus que par symboles, médailles, liturgies, diplômes et autres carottes, le retour aux sources qui n’a été qu’un voyage dans plus de modernisme encore laissera tout de même des pistes de réflexions, la compréhension qu’autour de l’Orient sur cette ronde terre se trouve notre Occident avec ses valeurs propres et qu’il est bon de savoir que de chaque côté on aspire encore à atteindre un mode de vie satisfaisant en se soumettant à une discipline éprouvée par le temps, sous la direction d’un Maître.

Le Maître ne se trouve pas au fond d’un dojo lointain, il est dans notre cœur, il conduit notre pensée, il guide nos gestes.


A bientôt, Xian.

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16 décembre 2003 : CHRONIQUE n°7

Personne ne peut l’ignorer, les bons vœux de Stéphane sont en avant-première, c’est bientôt l’an neuf. Comme lui, je participerai donc à la fête tendre et chaude au cœur : vivre un an de plus.
Plaçons donc ce petit mot un peu en retrait, laissons un moment sacrifier au veau d
’or et à la dinde à se farcir.

La chronique mensuelle (de Xian) trouve donc sa vitesse de croisière, venant à point nommé pour implémenter la pratique et le quotidien sous-tendus par les new’s, le site électronique Ju-Jutsu et le forum des pratiquants.
Tout au long de l
’année prochaine, du cœur au ventre, la chronique s’attachera du mental au technique à la démonstration de l’évolution positive de l’art martial originel.

Il ne s’agira nullement de faire l’historique des arts martiaux japonais ou de présenter tel ou tel mouvement comme la méthode unique et absolue, infaillible. Il existe pour les uns une littérature abondante, pour les autres de nombreuses démonstrations farfelues et suffisantes.

Il importera plutôt ici d’examiner autrement comment une discipline physique martiale, de guerre donc, de destruction, peut devenir acteur et moteur d’une civilisation humaine du bonheur et du confort, quelle relation elle peut avoir avec les philosophies de l’âme et la conquête du moi individuel et occidental.

Certains d’entre nous pratiquent sportivement, d’autres techniquement, certains se donnent corps et âme, parfois en vivent, quelques uns réfléchissent et se perdent dans la contradiction abyssale de l’antinomie orient – occident.

Une année se termine, vécue intensément, une autre s’ouvre où je vais tenter le pari hébertiste, la démonstration simpliste de l’assurance d’une saine conduite de vie : la pratique régulière d’un art martial fortifie, la rencontre des civilisations peut se faire au travers de techniques corporelles, la paix du cœur peut être atteinte par la pratique guerrière de l’art martial à mains nues fondamental : le JU-JUTSU.

Le combat, affrontement entre deux individus, deux clans, deux collectivités, deux nations, existe depuis la genèse, il est vain de le nier. Il n’est pas non plus heureux de croire inutile le précepte latin vis pacem para bellum et de se forcer à un pacifisme bêlant qui – démonstrations multiples et séculaires faites, mènent peut-être à un courant de pensée humaniste (mais à quoi sert-elle lorsque cet homme-là disparaît ?). La violence est de notre quotidien, JU-JUTSU nous aide à la canaliser, à la dominer, à nous conserver notre place d’homme, d’humain.

Les expressions populaires : « la peur au ventre » ou « avoir des tripes » évoquent en un langage rude la place physique réelle qu’occupe l’action mentale qui sous-tend nos actes glorieux ou les raisons de notre fuite devant l’événement. Ainsi, on trouve dans ces termes primitifs ce que démontre le long discours médico-social qui tente de théoriser la gestuelle que nous pratiquons.

JU-JUTSU, se plaçant au-dessus de la raison sociale courante, va donc nous aider à ne pas devenir ventre mou, à ne pas nous diluer sous de fausses conceptions éthiques ou esthétiques. JU-JUTSU va nous aider à être à l’écoute de nous-même et donc des autres, nous sentir à notre place, à créer ce champ magnétique favorable à l’évolution que nous avons nous-mêmes choisie.

Ainsi donc, arbitrairement sans doute, mais comme en tout il faut se donner une méthode de base, voici les dix thèmes que je vous proposerai en 2004. Toutes vos remarques et idées sont les bienvenues....
Le dojo
Le débutant
Technique et violence
Violence et insécurité
Le Japon
Victoire par la paix
Le pouvoir de tuer
Doju
A quoi bon l
’art martial
L
’assujettissement à la société

Bonne lecture à tous.
Passez d
’une année à l’autre avec sincérité, bonheur ...
Et modération.
Je vous souhaite un très joyeux et très réussi moment de vie différent.

A bientôt, Xian.

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16 janvier 2004 : CHRONIQUE n°8 : Retour au dojo


C’était l’été dernier, déjà je vous avais invité chez moi, au dojo, chez vous.
Il est bien de relire ce qui alors avait été dit et de constater aussi que les moyens modernes de communication ont apporté beaucoup à l
’idée que l’on doit se faire du dojo.
Pourquoi un nouvel article à ce sujet ?

Parce que le dojo est notre maison et qu’au seuil d’une année nouvelle nous allons y prendre nombre de bonnes résolutions, nous allons balayer devant chez nous et chasser les mauvais esprits qui s’y seraient introduit tout au long de l’année dernière. Nous avons tant à faire que nous ne pouvons quotidiennement tout voir.
Même le Maître, surtout le Maître.

Des nouveaux sont venus qui regardent avec curiosité l’ancien, seul dans son coin, là un couple mixte dont les partenaires se jettent, brutalement dirait-on, au sol, plus près : deux autres en silence, ceint de couleur marron engagent une sorte de ballet, c’est nage no kata dira un observateur.
Comme pour se rassurer, les nouveaux cherchent ainsi à s
’intéresser à ce qui se passe autour d’eux, à se raccrocher à une agitation sécurisante dont ils comprendraient le sens.

Déjà je vous ai entretenu de la conception de ce lieu de notre pratique trop souvent hélas centre sportif, salle de gymnastique d’école, arrière salle de fête où nous transportons tant bien que mal quelques posters, des images presque pieuses, l’un ou l’autre objet, un katana peut-être. On installe les tatamis, on s’échauffe, on débute, tout s’efface, ne restent que les pailles de riz compressées, aujourd’hui mousses confortables, et les ombres blanches qui se déplacent.
A chaque cours, le responsable tentera et réussira le prodige d
’effacer les vasistas à vis, de bousculer les chevaux d’arçon encombrants, de pousser la table contre un mur, d’empiler les ballons de basket, gage de maîtrise, dans le débarras.

Le moniteur, le professeur, parfois le maître qui n’est, on s’en souvient, que celui qui marche plus en avant sur le chemin, auront créé le dojo et les élèves vont y vivre pleinement une heure ou deux, parfois plus.

Les nombreux sites de multiples clubs et fédérations tentent donc de recréer l’image du dojo, lieu simple de la pratique de l’art martial, et c’est bien, parlons ici du nôtre, le jiu-jitsu.

Le sportif, le curieux ne sait rien du dojo qui se situe dans la rupture soudaine d’avec la banalité d’une journée quotidienne, maintenant si simple, douillette, confortable pour entrer non dans un local mais dans l’esprit, le désert de la méconnaissance perpétuelle, le chemin enthousiasmant de notre propre découverte, d’une auto - progression interne et externe et de notre accomplissement.
Le chemin s
’ouvre devant nous. Il nous appartient de faire le premier pas du jour, un nouveau pas pour certain, la suite en marche pour d’autres ou de s’en retourner, certains n’y verront jamais qu’une gestuelle mécanique. L’essentiel, c’est de commencer.

Un temps viendra où l’on fera la découverte de l’inutilité de la parole, de la nécessité du silence, ce moment sera pénible, de plus en plus en désaccord avec la civilisation occidentale en vogue, en mode, à la recherche de ses propres bases. Nous ne sommes ni Orientaux, ni Japonais, nous ne pensons pas que la lumière vient du soleil levant mais nous avons la sagesse de croire que des gestes répétés de centaines de millions de fois quasi quotidiennement depuis près de mille ans ont créé un bout de chemin qui peut nous être utile. Leurs gestes nous épargnent des craintes, leurs mouvements nous isolent d’un abêtissement collectif. Un jour, quand nous serons forts, nous aussi, nous créerons des gestes et leur utilité n’aura plus de raison d’être, les élèves que nous sommes à défaut, d’être, qui sait, devenus des Maîtres, des Sages auront découverts une autre manière de vivre, une harmonie vitale, un bien-être complet auquel participent les siens et la nature qui les entoure.

Croyez-moi, croyez en vous, déjà vous avez franchi une porte, déjà vous avez accepté de marcher pieds nus, déjà vous avez revêtu un habit anormal, déjà vous avez dit bonjour et même vous avez salués des inconnus...

Ici, l’attention détournée du moment présent et des choses extérieures vont transformer « celui qui est venu » en « pratiquant », parfois l’un de ceux-ci en disciple.
Le jiu-jitsu va commencer son
œuvre, pensée et physique vont concourir vers cette fusion de l’esprit qui nous détache un moment des choses de la vie.
Alors, nous sommes bien au dojo....
Il faut le fréquenter souvent pour savoir qu il existera après...
Toujours.

A bientôt, Xian.

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20 février 2004 : CHRONIQUE n°9 : Le débutant

J’avais pratiqué le judo puis en 1959 le close-combat et même le combat tout court en passant le brevet commando et son application pratique.
Fils de militaire n
’ayant jamais connu de son père que la photo du héros mort pour la patrie, il eut été inconvenant de ne pas réussir ce brevet-là.
Avant, je n
’existais pas, après j’ai seulement voulu vivre.

L’inquiet qui vient demander « comment on s’inscrit » a toujours une bonne raison qui n’est pas celle qui amène le candidat adepte à l’un ou l’autre sport individuel ou de masse.
Inconsciemment, lorsqu
’il s’agit de s’inscrire à une discipline martiale, il y a au fond de l’âme de l’inquiet un problème de relation physique, un problème de rapport entre lui et la violence. Cette inquiétude est rarement affirmée et se cache sous des apparences de motivations les plus quelconques.

Ainsi, avouerai-je qu’en 1960, j’ai grimpé, le cœur battant, le très mauvais escalier de fer qui menait chez celui qui fut assurément mon guide en la technique : Georges Leroy. Mais, mon cœur ne s’emballait pas vraiment pour les arts martiaux, quelques jours auparavant, désœuvré au centre de ma grand’ville, j’étais resté en admiration, non devant le technicien du jiu-jitsu qui présentait ses élèves en démonstration, mais devant l’un d’eux seulement, un sourire éblouissant par dessus un pyjama blanc : Elle était à mes yeux – et c’est la moindre des choses, plus qu’Ève n’avait dû être pour Adam, la femme.

Elle était donc avec eux comme un garçon, sauf que c’était une fille.
Elle ne pouvait être que belle, la preuve, c
’est un de mes copains qui l’a épousée. Je ne vous fais pas son portrait, vous en avez certainement un pareil au coin de votre mémoire.
Et dans ce cercle infini de la vie, combien de temps me reste-t-il encore pour savoir si j
’ai découvert les arts martiaux à cause d’une fille ou les filles à cause de l’art martial.

Je suis toujours débutant.

Pendant les cours, les débutants ne comprennent pas constamment les explications du professeur. Sur les tatamis, le cérémonial, les exercices de mise en condition physique et mentale qui précèdent le plus souvent une séance d’entraînement le déroutent. Au cours de l’apprentissage de la technique proprement dite, il n’est jamais question de force ou de puissance, et l’efficacité du mouvement qu’on lui montre et qu’on lui enseigne est, lui dit-on, liée à la personnalité du couple Tori Uke (Shite Nage), au « kokyu » qu’il possède et qu’il a su, après de longs moments de pratique, développer en lui. Finalement il apprendra que le « kokyu », clef de voûte de l’efficacité, ne doit son existence en chacun de nous qu’à la connaissance et à la maîtrise du hara et du ki autant qu’à la puissance de la technique de combat.
Et le débutant ne comprend rien à tout cela, entre nous, je me demande encore après quarante-quatre ans de ju-jutsu si moi-même j
’ai une quelconque idée de cet hara, de ce ki, enfin, de ces choses-là dont on discute et qui semblent faire la différence entre le débutant et le confirmé.
Produire des combattants est une chose, permettre aux hommes d
’être meilleurs par la pratique martiale est théorie étonnante pour le débutant.
Surtout le novice ju jutsu ! Ici, la rupture l
’est d’avec les théories et habitudes actuelles, ici, l’homme moderne las de la compétition vaine et nihiliste se tourne vers une activité dépouillée de raison, l’apprenti entre en gestuelle qui ne lui apporte rien. Après le troisième cours il espère une sorte de confrontation extérieure qui n’arrive pas, après le quinzième il est terrorisé d’apercevoir le long chemin qui mène à la ceinture noire.
Je n
’y arriverai jamais.
C
’est au moment où le débutant déclare fermement, ce n’est pas si difficile !... que commence l’inquiétude véritable. Et la ceinture noire en vue, le pratiquant sait enfin qu’il devient un débutant.
Le « cours » ordinaire répond rarement à la demande individuelle, à la peur sociale, à la crainte des coups, au refus de la violence, à la question étonnée : mais comment le Maître fait-il ? Pourquoi n
’est-il pas un homme ordinaire ? Ces questions obligent le Maître à se situer tout de suite haut, très haut dans l’échelle des valeurs et cette position suscite fatalement chez le débutant l’alternative du rejet ou de la contemplation.
Le débutant voyant ainsi le Maître à l
’aise et souriant au milieu de tous les attaquants, fera-t-il un rapprochement entre son efficacité et son ancienneté, sa technique, son sens du combat ou tout simplement sa puissance physique à bousculer tous ceux qui sans ménagement se verront jetés comme dans un tourbillon, projetés sans avoir le temps de réagir ou même d’agir.
Un soir, le débutant comprendra que le Maître est banalement un homme qui a simplement acquis l
’aisance et la liberté dans ses rapports avec lui-même et avec autrui, ce soir-là, le Maître sera heureux, il aura un disciple de plus.

A bientôt, Xian.

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21 mars 2004 : CHRONIQUE n°10 : Technique et violence (ou non-violence)

Gandhi disait : « La non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper... »

La réponse de l’art martial est d’aller du doute de soi à la domination de soi. Il y a là peu de place pour l’expression de la violence pour autant que l’on ait pris soin de dissiper les fantômes de l’âme, ceux qui créent par ignorance le sentiment de peur.

La violence n’existe qu’en contre-pied de l’angoisse.

Banalement supprimons la terreur, disparaissent alors toutes ces manifestations infantiles et brutales.

On relira avec soin la chronique d’octobre 2003 qui abordait très martialement ce sujet. Les événements récents les plus divers nous démontrent que la violence n’est produite par aucun art, seul le cœur de l’homme recèle cette étonnante contrepartie de la peur qui le fait devenir monstrueux au-delà de toute expression humaine.

Ju-Jitsu moderne, essentiellement défensif et sans intention de combat, laisse perplexe les non-pratiquants, en ce qu’il n’enseigne pas de stratégie offensive, sa virilité inquiète cependant les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des parloteurs de salon qui résolvent les problèmes du monde face à leur écran de télévision.

Une technique de jiu-jisu, c’est un point de départ, une trajectoire et un point d’impact. Cela peut être agrémenté, amplifié, amené à contraindre l’autre, lui démontrer que nous n’avons ni haine ni passion à son égard. C’est la mise en place d’un système mental et physique très différent de celui qui consisterait à opposer à l’adversaire une force beaucoup plus grande que celle qu’il peut déployer et capable de l’anéantir, pour un temps du moins, en ne faisant croître en lui que le désir de vengeance ou l’attente d’une revanche. Une technique de jiu-jitsu est la démonstration de la victoire de l’humain sur l’instinct animal.

La connaissance de l’art martial permet d’entrer dans le monde, sans y être poussé par la folie et par la peur qui est le chemin sûr d’aller vers le néant. Je persiste à enseigner que l’apprentissage d’une gestuelle technique basée sur des études anatomiques poussées nous apprenant à nous servir de notre corps et à en développer toutes les possibilités fonctionnelles nous permettant de vaincre un adversaire quelconque nous amène à la maîtrise de cet adversaire, sans combat et donc sans violence. Le « vis pacem para bellum » latinisant me semble être – en ce qui concerne l’individu une maxime convaincante. La connaissance du combat, l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la non-violence.

La non-violence, c’est la connaissance profonde de la technique qui permet dêtre paisible, serein. A l’agression improbable qui guette l’homme sûr de lui, la réponse se doit d’être froide et juste, sans violence du cœur malgré les gestes qui peuvent paraître à un témoin extérieur comme la violence la plus extrême. Cette démonstration est apaisante pour l’un comme pour l’autre.

Pour s’en convaincre, il suffit de s’analyser un peu, l’autocritique face au miroir de la réalité du tatami. Sans nous éloigner de ceux-ci observons notre comportement, avons-nous tendance à devenir violent, oui et quand ? Quand nous pensons que nous agissons « de travers » et que le maître nous observe, quand nous pensons que le partenaire « résiste » pour nous chagriner, quand nous donnons des opinions aux actions des autres élèves, quand notre ego devient irrationnel, en un mot, quand apparaît l’appréhension d’un événement contrariant... Revenons deux pieds fermement ancrés sur le tatami, redessinons notre mouvement n’imaginant rien d’autre que le cercle décrit par notre stabilité mobile, notre cœur s’apaise, la violence s’éloigne et nous réagissons correctement, le geste devient précis, efficace.

A l’étude initiale de la technique destructrice incluse dans le bu-jutsu, s’est substituée une pratique d’intégration dans la société, dans l’univers humain.

A bientôt, Xian.

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20 avril 2004 : CHRONIQUE n°11 : Violence et insécurité

Le début du siècle ressemble à celui du siècle précédent. Le sociologue allemand Max Weber soulignait en 1921 : « Les Blancs des États du Sud des États-Unis qui ne possédaient rien et qui menaient souvent une vie misérable lorsque manquaient les occasions de travail libre étaient à l'époque de l'esclavage les véritables porteurs de l'antipathie raciale - totalement étrangère aux planteurs - parce que leur "honneur social" dépendait directement du déclassement des Noirs ». Ainsi donc naissait ou été exacerbé le sentiment de peur et celui de racisme, la notion d’insécurité, celle de violence qui lui est contiguë.

La violence naît de l’insécurité et ceux qui s’acharnent à lutter contre l’insécurité par une autre violence ne sont que vecteurs de l’amplification de cette violence.

Il n’importe pas de faire ici un cours de politique générale ou de disserter des relations sociales, le débat est infini, circonscrivons-le dans notre sphère momentanée, celle de la pratique et de l’étude du jiu-jitsu.

Si, en peu de temps, c’est la troisième fois que je reviens sur ce sujet, c’est qu’il est préoccupant sans doute et que la dérive sociale se marque aussi dans les pratiques physiques ou spirituelles qui sont nôtres. Le full contact des années soixante-dix a brisé l’élégance du karaté, a terni son image, l’a poussé dans des retranchements dont il ne sort plus. Il semble facile d’expulser sa violence vers les autres surtout lorsque l’on s’imagine avoir atteint un certain niveau de technicité.

Il faut avoir le courage de se dire que la violence est née de la peur, que la peur est née de l’ignorance, que la pratique de l’art martial corrige cette vision, remplaçant la peur par des certitudes et ces certitudes par la paisibilité. Pratiquer l’art martial, c’est tendre à cette sagesse et donc ne plus craindre la violence d’autrui, ne pas céder au sentiment d’insécurité, le mot est dit : l’insécurité n’existe pas !

L’insécurité n’est qu’un sentiment, un état, un complexe d’infériorité ou de supériorité. La domination de la violence passe par la maîtrise de son corps, de ses gestes, de ses pensées. La maîtrise passe par l’effacement de l’émotion au profit de la vision réelle des choses, des événements, des êtres.

La vision jiu-jitsu est celle qui est naturelle, simple, l’œil est une machine reproductrice d’image : Point. Je vois ce que je vois, je vois le réel et je n’imagine rien. RIEN.

Si rien est remplacé par quelque chose alors naît la peur, qui s’identifie assez stupidement à la peur d’avoir mal, peur de la brutalité, peur du changement d’état.

La notion de base de la pratique de l’art martial en revient donc à évacuer les craintes, les angoisses, les peurs, surtout la frousse, la trouille, la pétoche enfin tous les termes sont bon, le bobo que l’on va subir, le traumatisme aie aie aie ...

Il est facile, assez simple, de jouer sur le registre de la peur et de proposer des « solutions » populistes à des causes collectives.

Le jiu-jitsu, par le bien-être physique et moral qu’il apporte est une approche de solution individuelle pour autant qu’il soit abordé par le pratiquant sous cet angle merveilleux et infini de la découverte de l’esprit sain dans un corps sain.

(en complément, relire les chroniques 5 et 10)

Bonne pratique à tous, merci pour vos commentaires...

A bientôt, Xian.

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24 mai 2004 : CHRONIQUE N° 12 : Le Japon

Il ne s’agit bien entendu pas de revenir ici sur les propos d’une chronique précédente ou encore de raconter pour la millième fois le voyage de l’un ou l’autre européen un peu fou qui s’embarque pour rencontrer un Maître lointain.

Pour nous, pratiquants l’art martial originel, le Japon est une sorte de rêve que l’on souhaite ne jamais atteindre et toujours y arriver.

La déception est immense quand on s’aperçoit que « ces gens-là » ne sont pas comme nous, elle l’est encore plus lorsque l’on s’avise que très exactement, « ces gens-là » sont vraiment comme nous.

Mon premier Japon est celui de l’école élémentaire, une toute petite série de sortes d’îles dessinées à l’est de l’Asie, un tout petit pays de rien du tout alors qu’à la page précédente de mon atlas s’étale la France, sur une double page.

Mon second Japon est celui dont ne parle jamais Monsieur Suzuki San, qui salue tout le temps et essuie ses lunettes, il m’impressionne et me chagrine, tant de gentillesse apparente aurait-elle pu amener ses concitoyens à venir détruire Pearl Harbor et à mitrailler Buck Dany et madame Holmès dans une île pacifique, sans compter qu’en l’observant bien, il ressemble un peu à Monsieur Mitsuhirato qui vous infectait d’un coup de radjaïdjah...La curiosité est un défaut qui se transforme en qualité majeure lorsque je veux savoir tout de ce troisième Japon dont me parlent les uns et les autres, des gens en pyjama qui se jettent par terre !

On peut donc aiguiller ses tensions intérieures, on peut trouver des plaisirs enfantins à se saisir virilement et des satisfactions intellectuelles à tenter de comprendre l’inimaginable : apprendre une sorte de guerre et être en paix.

Japon aurait-il compris avant nous que le chemin de la paix des hommes passe par le réapprentissage de tous les gestes qui sauvent, de tous les signes qui respectent, de toutes les attitudes qui socialisent.

Ainsi, Japon exercera contradictoirement sur le pratiquant honorable que nous sommes une attraction soutenue par un exotisme facile fortement contrarié désormais par le rapprochement des peuples causé par l’évolution fantastique des voyages aériens. Les manifestants de 1978 contre le nouvel aéroport de Narita ressemblent étrangement aux marcheurs opposés à Chartres ou Bierset. Le premier ministre jaune est aussi souillé par les scandales des affaires qu’un vulgaire socialiste d’Europe de l’ouest.

Le peuple le plus industrieux du monde du Xxème siècle est gagné par l’American way of life qui aujourd’hui montre ses limites... alors retour à de nouveaux Maîtres, faut-il les chercher ? le troisième millénaire sera sans doute celui de l’universalité qui, en ce qui nous concerne directement a débuté un soir à Paris lorsqu’un géant Hollandais maintint en hon gesa gatame un nounours japonais. (Deux cent cinquante kilos à eux deux mais une page tournée dans l’histoire d’un sport japonais que nous aimons.)

Et voilà que notre retour aux sources s’annonce encore plus décevant, le premier sport au Japon est donc le base ball, la première manifestation sportive populaire est sans nul doute le sumo. Le judo codifié de Kano est un sport banalisé comme d’autres activités, sportives, artistiques, musicales dont il reste cependant le rituel (immuable ?) zarei, ritsurei....Si l’on sait encore le kendo, le kyudo, il y a autant d’ignorant du ju-jutsu là-bas que chez nous.

Qu’importe, Japon restera pour nous qui y allons ou n’y allons pas, qui le rencontrons ou le côtoyons à notre manière le centre même de nous-mêmes.

De nous-mêmes , ...

Que cherchons-nous en Ju-jutsu, en Japon, sinon, nous-mêmes, et notre propre victoire : Zen, la transmission de l’idée en dehors de tout enseignement, qui ne s’appuie sur aucun mot, qui est la nature même de la pensée humaine et plus spécialement pour nous au travers d’une gestuelle imitative, jamais limitative.

A bientôt, Xian.

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29 juin 2004 : CHRONIQUE N° 13 : Victoire par la paix

Juger et critiquer l’idéal des autres empêche l’accessibilité à la sérénité indispensable à une vie heureuse.

Une vie heureuse est un idéal de paix et d’existence dont le sens n’est pas identique pour tous, l’admettre est une forme d’intelligence et savoir aussi que certains pourraient vouloir nous contraindre à leurs conceptions est une notion de sagesse. Il importe donc de comprendre, admettre et réaliser l’adage latin "si vis pacem para bellum". On hésitera toujours à tenter de forcer un homme fort.

Le monde évolue et les choses changent, les époques passent, les hommes restent presque immuables, semblables aujourd’hui à ce qu’ils étaient au fond des cavernes. Le maître de Jiu-Jitsu découvre en son art le bonheur de vivre, s’il veut le communiquer aux autres, souvent il ne pourra empêcher la violence, c’est le paradoxe ultime, comment prôner la paix, la donner, sans blesser, diriger, ordonner.

Sans doute celui qui récemment a approché le plus la voie est Morihei Ueshiba, parti du jiu-jitsu guerrier, martial, vers l’harmonie des âmes et des cœurs. Le chemin est long et difficile.

En Occident, peu sont convaincus du bien fondé de l’esprit de paix des maîtres de Jiu-Jitsu dont la communication ne semble intéresser personne.

Evoqués partout, les mots paix et amour sont aujourd’hui vidés de leur sens, l’humanité s’éloignerait-elle des vérités menant au bonheur, l’humanité a-t-elle peur de découvrir la paisibilité ?

La guerre est un principe régénérateur de civilisation et la paix un espoir caressé.

Par le biais de notre discipline, sportive ou profondément spirituelle, allons vers cette paix, forts de nos gestes martiaux qui renversent les obstacles devant nous... chacun sur notre sentier, chemin,voie, poursuivons chaque jour cet effort de dominer le mal pour accéder au bien. Entraînons notre corps et notre esprit, vivons debout comme des hommes, en paix, sans connaître la peur du combat.

A bientôt, Xian.

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16 septembre 2004 : CHRONIQUE N° 14 : A propos de Xian

Pour ceux qui arrivent par hasard, pour ceux qui nous rejoignent, il importe sans vanité de situer l’auteur...

Brièvement donc, on peut se faire une opinion de Xian en sachant qu’il a commencé les arts martiaux à dix-huit ans, pratiqué quasi quotidiennement « Jujitsu » sans interruption durant trente-cinq ans, étudiant, professant, dirigeant, qu’il a été l’instigateur de plusieurs cercles d’arts martiaux et a écrit de nombreux articles en langue française ou anglaise.
La pratique directe lui est aujourd
’hui interdite pour raison médicale.

Il est titulaire d’un certain nombre de titres en arts martiaux, et principalement en ce qui concerne le jiu jitsu, il est très heureux d’avoir obtenu un grade de ceinture noire jiu-jitsu décerné par Georges Leroy qu’il remercie profondément et sincèrement pour l’avoir guidé sur « la voie » et Minoru Mochizuki (récemment décédé) qu’il remercie tout autant pour l’avoir mené au titre de Kyoshi.

Courant de la première semaine du mois, vous trouverez donc ici un moment de réflexion...

Les sujets à venir dès octobre ...
- Le pouvoir de tuer,
- Doju,
- A quoi bon l
’art martial.
Et plus tard :
L
’assujettissement à la société,
Yin et yang,
Art de la vague,
Le salut.

Cette chronique ne se veut pas magistrale, votre suggestion d’un sujet à développer, qui vous tient à cœur, est la bienvenue.

Bonne rentrée à tous !
Bonne saison, Rei.

A bientôt, Xian.

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2 octobre 2004 : CHRONIQUE N°15 : Le pouvoir de tuer

Note liminaire.
Il est indispensable tout au long de cette lecture de comprendre que le mot « jiu-jitsu » dont on glose par ailleurs tant au niveau sémantique qu’au niveau technique recouvre ici une idée philosophique et non un sport.
Il semblera difficile au pratiquant actuel assez débutant ou préoccupé de performance sportive de faire la liaison réelle, celle-ci pourra être explicitée lors d
’une prochaine note ou lors de ses recherches personnelles tant sur les sites électroniques que dans la littérature, nombreuse, existant à ce propos.
Il faudra prendre en compte que le virtuel n
’existe pas et que cette science possédée est celle d’un art de guerre.
De nombreux postulats devraient être démontrés, ce n
’est pas ici le lieu ; le propos de cette chronique n’est pas présentement de faire un historique, pied à pied, à propos du combat, indissociable de celui du genre humain.

*****
M
’sieu, m’sieu demande l’élève, vous nous apprenez les points vitaux ?

M’sieu, m’sieu demande cet autre, vous en avez déjà tué ?

Combien demande un troisième...

Mon maître (qui fut garde du corps d’un général célèbre) et moi-même qui ce soir-là rentrait d’Afrique centrale nous avons soupiré, souri et lancé assez haut et fort :

Prenez un partenaire, randori, les gars !
*****

Opérons un raccourci, saisissant pour certains, affolant peut-être mais par trop réel, jiu-jitsu est une technique, une science, un art, le développement d’une philosophie qui de la nécessité de la réponse à l’agression individuelle est devenu un outil de précision capable de donner la mort.

Trente ans d’études sérieuses et de recherches techniques anatomiques offrent le savoir, le pouvoir de vie et de mort au postulant.

La maîtrise du jiu-jitsu est la domination du pouvoir de tuer.

Cet aphorisme répondra succinctement à nombre de questions sous-jacentes comme : qu’est-ce qu’un maître, voire un disciple, le Ninjutsu est-il différent du jujutsu, et plus banalement, le jujutsu pour quoi faire ?

Le jiu-jitsu comme tout art martial, peut-être plus simplement comme tout art, est un révélateur impitoyable de notre nature cachée, il n’offre aucune possibilité de tricherie ni de dépassement artificiel comme aller de la peur vers la violence ou du doute de soi vers la domination de l’autre.

Le jiu-jitsu est âme et corps du vrai budo (pour parler « moderne » puisque : comment le budo pourrait-il ne pas être vrai ?) Mais ici aussi comment savoir, comment se détromper, comment quitter l’ignorance ?

Budo est une activité de l'amour. C'est l'activité de préserver la vie de tous les êtres, et non de tuer ou de se battre. L'amour est la déïté gardienne de tout. Rien ne peut exister sans elle. Jiu-jitsu est la réalisation de l'amour des humains.

Je suis maître es jiu-jitsu, je peux le faire mourir, je peux donc le laisser vivre.

Moi le premier, jutsu est égoïste !

Tuer, efficacité, la technique est-elle efficace (sous entendu : suis-je capable de me débarrasser de l’autre, de le faire disparaître, de l’anéantir) Pourquoi cette question revient-elle sans cesse ? Influence du cinématographe ?

Demande-t-on à un peintre si son vert de Véronèse est plus efficace que la terre de Sienne ? Compare-t-on en terme d'efficacité Ésope et Baudelaire ?
Mozart et Ray Charles ?

Au-delà des premiers mois, des premiers émois, on cherche selon l’école que l’on fréquente, un style le plus efficace qui soit, selon son idée personnelle, pour combler un désir inconscient de domination sur son entourage. La notion est bestiale, essentielle à l’évolution de l’espèce, à sa survie, dès les premiers jours. Nous avons le désir de dominer.
De combattre.

Puis, il y a la découverte primaire : L'art du combat est l'art de détruire la vie.

Plus l’espèce s’alourdit, (à quand les dix milliards d’individus sur notre bout de terrain vague ?) plus la notion de survie se modifie, la raison s’infiltre, les raisons prennent le pas sur les émotions. La survie individuelle aujourd’hui passe essentiellement par la compréhension de la survie collective, je peux rester moi, je peux même être seul mais, seul avec tous les autres sur le radeau commun ! Je vis parce que d’autres vivent. Je passe de la nécessité de dominer à celle de protéger l’égalité.

C’est sans dominer que le maître est.

Vouloir dominer l’autre est indice d’un piétinement évolutif spirituel navrant.

Nous sommes égaux.

Nous l’avons toujours été et nous ne le savions pas, il a fallu comprendre les agressifs et les lâches, les couards et les téméraires, les hommes et les fous de dieux. Des maîtres orientaux des temps anciens ont étudié le combat. Ils en ont fait un art. Ils ont élaboré des techniques gestuelles de lutte d'une grande efficacité qu’ils ont combinées à la compréhension de l’énergie vitale. Pour eux, le Ki (japonais).

Cette découverte est de tous temps et de tous lieux, des forêts gigantesques équatoriales aux lichens rares de toundras nordiques, partout l’homme s’est battu, a étudié la guerre, a mis en pratique des techniques pour attaquer et se défendre de lui-même. Les mêmes gestes ont existé en pays de Loire, chez les Iroquois et en Cochinchine.

A l’agression ont répondu des études de protection, des gestes techniques, des automatismes, des méthodes... les temps se civilisent, on fit faire à l’outil ce que les mains ne faisaient plus, au lieu d’étrangler, on perfora, on pourfendit puis on s’éloigna, l’arc, l’arbalète, l’arquebuse, la rocket « propre », partout on nomma des pratiques, on les déguisa plus tard en gestes religieux, en activités sportives.

Ju Jutsu n’échappa à la norme que parce qu’il était insulaire, éloigné et qu’une civilisation différente s’était développée dans l’archipel. L’arrivée de Perry remit les pendules à l’heure, on allait faire de l’humanisme, du sport, un homme de son époque pensa que les vieux maîtres étaient ... vieux...Jigoro Kano et le modernisme japonais tentèrent de bousculer des techniques pour les enfermer dans des règles, démontrer que ces pratiques étaient obsolètes, querelle habituelle des anciens et des modernes, provisoirement enlevée par les adeptes du sport, ce fut un grand bien, Pearl Harbor et Nagasaki démontrèrent à suffisance que le sport pas plus que la musique n’adoucit les mœurs.

Les maîtres survivants décidèrent donc de poursuivre leur chemin prenant en compte l’évolution du monde strictu senso plutôt qu’à croire fadaises et politiques.

Et précisément, cette évolution rejoignait leurs pensées profondes : si vis pacem para bellum n’est pas antonyme de liberté, égalité, fraternité.

On peaufina donc le jiu-jitsu, chacun sa méthode, certains se donnèrent pour mission de concentrer, de résumer, de démontrer que la complexité pouvait se simplifier, ils affirmèrent haut et fort : Jiu-jitsu existe. Jiu-jitsu actuel n’est pas plus identique à celui de 1450 que la carriole des rois fainéants ressemble à la Roll’s de la reine d’Angleterre.

Le monde évolue et les choses changent, le but est resté identique : pour le moyen de transport, simplement se transporter, pour le jiu-jitsu, simplement rester en vie, en vie heureuse et en bonne santé.

L’ennemi ciblé fut mon autre moi-même, sans oublier l’autre, sans être naïf, sans rousseauisme.

Ayant acquis ce pouvoir, il m’a été proposé de l’enseigner. Je n’ai pas enseigné le pouvoir de donner la mort. Celui qui apprend à donner la mort s’engage dans une voie d’auto-destruction. Le pouvoir de tuer est celui de garder en vie, rien à voir avec la capacité de tuer.

On ne vient pas au dojo pour cela. Des tueurs, j’en ai connus, j’en vois même tous les jours.

Ils sont dans les réunions d’affaires, au bal, dans les salles d’attente, sur les trottoirs, un geste un regard, une attitude, je peux jurer être face à un tueur.

Un tueur qui, les circonstances ne s’y prêtant pas, ne tue pas.

Ils sont bons maris, bons pères, bons patrons, bons fils, ils attendent patiemment la révolution, l’attentat, la guerre, parfois seulement la radio du voisin qui tonitrue. Tout un peuple peut se lever un matin à Kigali et génocider un million de voisins...

Garder en vie, c’est atteindre un niveau technique où le mental et l’efficacité physique ne se manifeste plus dans la destruction de l’attaquant mais dans l’art de sauver deux vies : la sienne, la vôtre.

Le pouvoir de tuer amène à la coexistence pacifique et harmonieuse dont le secret réside précisément dans ce pouvoir d’orienter à sa volonté pensées et actes, forces et potentialités vers un comportement de maîtrise des forces vives et d’accès à l’amour universel.

Alors, quand on a compris le pouvoir de tuer, alors on a compris le sens de la vie. Lorsque l’homme spirituel a dépassé les aspects émotionnels, physiques, mentaux, moraux et intellectuels, alors est la sagesse Budo.

C’est de cette sagesse née de l’art – quelconque, ici jiu, ailleurs nin, aïki, ken, que naît l’homme capable de diriger ses connaissances et ses techniques vers une finalité supérieure : la compréhension mutuelle, l’amour, la paix.

Tout individu peut arriver ainsi à développer ses capacités essentielles pour le bonheur universel.

Pratiquer JUTSU est un bon chemin.

A bientôt, Xian.

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1er novembre 2004 : CHRONIQUE N°16 : Doju (Le nage-waza est l’un des trois piliers du jiu-jitsu)

Ju après do.
Parce que judo aurait trop d
’évocation, de résonance, de combat compétition podium jeux awards...
Qu
’a-t-on fait de la voie de la souplesse ? Chemin indispensable à la réussite de l’étude et de la compréhension du jiu-jitsu.
Ce qui se raidit contre le mouvement du temps, ce qui résiste à la progression du jour et de la nuit disparaîtra.
Il faut être souple.
Il faut être adaptable.

On est entré au dojo, roide, un matin – ou un soir, un jour on sent quelque chose, un premier degré de maturité, le maître vous a accordé un grade, il a remarqué vos progrès dans l’indissociable unité de la technique du corps et de l’esprit. Pour lui, vous comprenez Taï.
Le corps.
Taï caractérise le corps, son développement, l
’épanouissement du corps et l’esprit jusqu’a une harmonisation parfaite et décisive de leurs facultés respectives.

Le maître actuel de Jiu-Jitsu n’est pas très connu, il ne passe pas à la télévision, il ne produit pas de cédé de dévédé de véhachesse, il n’a pas une aura médiatique, il se moque des modes des faux semblants des champions sans lendemain. Par la finalité qu’il donne à son jiu-jitsu, il refuse de le voir suivre les chemins qu’ont empruntés avant lui ses disciplines filles, ceux de la fausse notoriété, ceux de la compétition par exemple, au bout desquels le savoir se mesure à la seule puissance combative physique et régulée, sans considération aucune pour la maîtrise des formes directement liées à l’épanouissement et à la liberté de l’esprit.

Le surgissement de la compétition sportive (ersatz ridicule du combat ! - Il n'y a pas de combat en jiu-jitsu moderne, combattre signifiant s'entre-tuer) comme finalité dans les arts martiaux, la tendance à privilégier une pédagogie intellectualiste de leur enseignement, l’effort pour les couler dans le moule des institutions, des administrations, des magasins de diplômes officiels en leur enlevant toute leur spécificité (l’art martial n’est pas un sport ou alors la définition du mot sport est à revoir !), ont très rapidement conduit à les dessécher, à les congeler, à minimiser leur richesse en les ramenant au niveau de gestuelles vides et insensées.

Jiu-jitsu tends à vous mener à montrer, en toute occasion, la suprématie de l’esprit sur la matière, et d’affirmer sa supériorité par des actes de bienveillance ou encore de réfréner en soi le désir instinctif et viscéral d’imposer sa loi par la force. C’est parce qu’il sait que la violence est potentielle en chacun de nous qu’il se refuse à nier son existence, tout comme il entend ne pas baisser l’échine devant elle en faisant de sa pratique une simple activité d’expression corporelle.

La réalisation en souplesse d'un ensemble de techniques, toujours en accord avec la forme d'attaque, en une série fluide de mouvements, révélait déjà dans l'art du combat des élèves de l’école Kito, la présence d'une autre dimension que celui de l’affrontement bestial, c’était celui de l'accord, de l'harmonie.

Certains, dont Jigoro Kano, comprirent, au travers des techniques sophistiquées et souvent difficiles à apprendre du jiu-jitsu de l'école Kito qu'ils fréquentèrent, la possibilité d'appliquer ce principe d'harmonie, non seulement dans le cadre étroit du combat réel, mais à l'ensemble des relations de l'individu avec l'univers. Ainsi, ils découvrirent et perfectionnèrent le principe de non-résistance.

Ce principe est le plus souvent mal compris par les Occidentaux, fonceurs bouillants et brouillons souhaitant s’affirmer par la force de leurs muscles plus que par la puissance de leur intelligence. La non-résistance est parfois dénigrée et confondue avec une certaine forme de passivité, de résignation face aux événements. Cela provient en général de ce que nous jugeons d’une technique en constatant son efficacité sinon à détruire l’adversaire, au moins à le soumettre et que nous appliquons des principes contraire à l’exercice des sports.

Cette manière de penser conduit inévitablement à trier arbitrairement et les candidats et les méthodes de préparation en fonction de la performance sportive elle-même et des qualités exigées pour sa réalisation et son amélioration. La dimension humaine disparaît.

La compétition en techniques d’apprentissage du jiu-jitsu est utile et nécessaire, c’est l'occasion pour l'individu de développer qualités physiques et morales et d'améliorer la technique; sur un plan beaucoup plus général, la compétition est synonyme de meilleure compétence, elle ne sert en rien pour en tirer quelque gloriole individuelle. La compétition que nous pratiquons n’a pour but que de nous démontrer la réalité de nos propres principes de non résistance, si difficiles à maîtriser. Si les qualités de souplesse, élasticité, flexibilité et la faculté d'adaptation sont primordiales en jiu-jitsu, leur exercice exige une attitude fondamentale cohérente devant les événements quels qu'ils soient.

La pratique du judo et donc de la compétition de judo est une démarche des plus intéressantes sinon primordiale pour l’apprentissage du jiu-jitsu, il ne me semble donc pas possible de qualifier de jiu-jitsu ces disciplines actuelles qui font l’impasse sur quelques mouvements de projection (ou inversement qui imaginent pratiquer cette science parce qu’elles enseignent de bâtards mouvements d’immobilisations sportives soumis à des règles de conduite). Ne confondons pas le nage waza de notre étude avec du judo dont l'unique recherche des performances a terni l'idéal, comme elle a terni l'idéal du sport.

Et rappelons-nous que jiu-jitsu n’est pas un sport, c’est une voie, un chemin, un mode de vie.

A bientôt, Xian.

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2 janvier 2005 : CHRONIQUE N°17 : À quoi bon l'art martial ?

C’est pour affronter des dangers personnels pouvant nuire à leur intégrité physique que les Japonais ont perfectionné des techniques locales ou importées et les ont nommées : arts martiaux.
Les dangers ne sont plus au détour du chemin, un homme masqué qui vous attaque d
’un sabre étincelant brandi au-dessus de sa tête est assez rare, le monde occidental convergeait au XXème siècle vers un environnement humain de droits, protégé par une police éduquée à cet effet.

Alors ?
À quoi bon l
’art martial ?

Ces dangers sont remplacés par d’autres, sournois, insaisissables. Nous en avons pris une telle habitude que nous ne réalisons pas à quel point l’agressivité est présente dans notre quotidien, de plus en plus. Pourquoi renoncer à nos plaisirs factices, pourquoi nous aliéner un voisin qui n’est que peu troublant, pourquoi se fâcher alors que l’on peut parler, admettre, discuter.

Ah ! Discuter !

L’agressivité d’aujourd’hui c’est l’image télévisée porteuse d’un message truqué, tronqué, le dragon qui empêche la conquête du graal est la société qui me demande de croire en elle et non en moi.
Dans cette société faussement bonhomme, à deux pas de monstruosités irakienne, ivoirienne, où Alcazar reprend chaque jour le pouvoir à Tapioca, l
’homme de la rue de ma grand’ville feint de croire aux règles qu’il a inventées.

L’homme qui veut régenter toutes les lois naturelles a donc prescrit, par exemple ...

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de se famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux nécessaires».

(Déclaration Universelle des droits de l’Homme, art 25)

L’homme, mon ami, parcourt donc les rues et les routes, automatiquement, sans but réel issu de sa propre volonté, pas même la répartition de son temps ou de ses actes.

Mon ami est tellement conditionné à cette vie qu’il ne voit plus qu’au travers de lucarnes scintillantes, ne trouvant en lui rien qui lui permette de croire à la vie.

La vie est alors remplacée par la mort.

Certains ne veulent pas mourir. La pratique des arts martiaux est un chemin adéquat pour tenter de répondre aux questions, aux folies sociales, aux excès. Oser compromettre l’échelle des valeurs ! Oser remettre le corps et l’âme en avant !

La société actuelle, de plus en plus dangereusement religieuse, n’offre aucune chance de survie à l’individu, c’est contre ses pratiques que se dresse notre art martial, le jiu-jitsu. C’est en lui que nous puisons la puissance d’être nous-mêmes.

Les arts martiaux ne sont pas que de guerre, martial signifiant ici, en l’art, une docte philosophie de vie où existent aussi des refuges de douceur : chanoyu, ikebana, calligraphie ...des philosophies où toute la maîtrise est en soi, où l’on est soi sous et en dehors du regard des autres.

Acquérir la maîtrise, être bien. Être bien dans sa peau est une définition que l’on croit personnelle et qui nous est pourtant dictée par l’éducation, l’ambiance sociale qui nous entoure et l’hérédité génétique.

Le jiu-jitsu est japonais à l’origine, le nôtre est devenu occidental, il a gardé l’aspect self-défense mais il se veut d’arriver à la perfection de la maîtrise du comportement humain, c’est notre but ultime. L’affirmation de l’esprit sur le corps et non au détriment de celui-ci ou de celui-là.

L’art martial a plus que jamais sa place dans notre société évolutive et doit puiser sa vigueur dans une adaptation permanente aux changements inévitables, la tradition n’est là que pour cerner les déviances, elle n’est pas là pour brimer les lendemains. L’homme est en perpétuel déséquilibre, qui donc mieux que nous pratiquants pouvons comprendre tout le profit à en tirer.

Les moments de vie sont transitoires, comme les techniques que nous apprenons, rien n’est répétitif, pas même le six centième hane goshi de la semaine, tout est évanescent, la tentation moderne de vouloir se rapprocher de la nature ou de conserver d’antiques traditions prive l’homme actuel de son aptitude à vivre ici et maintenant.

À quoi bon l’art martial ?

À vivre bien ici et maintenant.

A bientôt, Xian.

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14 février 2005 : CHRONIQUE N°18 : Gestuelle contre assujettissement social

A ceux qui viennent...

Ayez des c
œurs plus hauts, des gestes plus parfaits et faites mieux que nous, ce que nous avons fait.
(Ex citatio Émile Verhaeren)

La technique du jiu-jitsu n’est pas importante, ce qui est important, c’est de ressentir jiu-jitsu dans le cœur de son esprit. (Ex citatio Ryuko Okuyama).

Xian, la passion de la recherche de la gestuelle idéale ...

A la base, lecture et pratique d’un ancien : Georges Hébert, ensuite les redécouvertes de Minoru Mochizuki, par le détour de l’enseignement de Georges Leroy et de Moshe Feldenkrais....
Les lecteurs de la chronique du site savent comment tout a commencé....
Quel courage ils ont eu, lire 17 chroniques successives, et y ajouter l
immense plaisir (pour moi) d’en faire un petit florilège... je vais donc tenter d’apporter aux chroniques suivantes un autre ton, une autre perception ...
Une chronique sur deux sera « philo », la suivante sera «gestuelle appliquée »
Celle-ci donc sera « philo »...

L’homme est formé par l’hérédité, l’éducation, l’auto-éducation. Seule cette dernière composante est volontaire et personnelle. Il n’y a donc que sur elle et par elle que l’on peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent.
Au c
œur de mon Europe culturelle qui n’est en rien celle des politiques, après avoir lutté des années contre des régimes consternants de bêtise et d’hypocrisie, beaucoup semblent se contenter d’un ersatz de « social » paternaliste et bien timide quant à l’octroi de libertés. Ainsi, tout un chacun peut travailler, s’exprimer, « faire du sport ».

Tout se passe comme si l’individu, conscient de son impuissance devant les inquiétudes, les angoisses légitimes de l’homme actuel, parfois incapable à freiner ses pulsions, à contenir sa violence au milieu de circonstances de plus en plus traumatisantes, se désintéressait d’un avenir collectif qu’il presse de plus en plus étouffant.

Sans cesse, la tête lourde, courbé vers l'avant, le regard éteint, mon frère l'homme des villes du monde avance vers la fin d'une vie qui ne semble jamais avoir commencé.

Quelques fois, l'un d'entre eux entre au dojo.

Bienheureux, il entre dans un monde où l’avenir existe parce quil est construit par l’homme pour l’homme, en connaissance de cause, l’homme réel, bon et méchant, avare et prodigue.

Si le dojo est des « nôtres », là plus qu’ailleurs encore, il lui sera proposé jiu-jitsu, un art gestuel, une vie du corps, la découverte de soi-même et des autres. L’homme n’est pas destiné à vivre uniquement replié sur lui-même ou enfoui dans la masse. Ce n’est qu’en donnant qu’il trouve son équilibre et le sens de son existence. Le refus de donner est déjà une sorte de maladie.

L’homme à qui la société enlève la réelle dignité d’homme n’est le centre de rien, et surtout pas de lui-même. Il est éparpillé, le matin n’annonce aucun renouveau, rien dans la journée n’a d’intérêt pour lui. Il a toujours le sentiment que, quoi qu’il entreprenne, il ne fait que répondre à la demande de plus en plus oppressante des autres. Dans la rue, il n’ose flâner, car pour le faire il faut être convaincu de soi-même. S’il s’arrête, il se croit obligé de prendre l’aspect d’un homme saisi par une curiosité soudaine. Il ne réagit qu’à des sollicitations officielles et passe son temps à cacher ses rêves et ses désirs secrets, tout ce qui pourrait l’apparenter à un homme fort.

Jiu-jitsu calme les tensions du corps, apaise celles de l’esprit.

Jiu-jitsu bien enseigné apporte la maîtrise du savoir faire gestuel, vitale au combattant féodal d’autrefois, transformée en maîtrise de soi authentique du pratiquant sincère d’aujourd’hui.

Apprendre à réussir... sans intention de réaliser des performances, apprendre beauté et nécessité du calme et de la détente, donner la précision du katana au geste simple puis à la pensée qui le sous-tend...

Jiu-jitsu arts martiaux- n’est pas la panacée universelle du bonheur et de la grandeur d’âme... mais c’en est un beau et agréable chemin...

A bientôt, Xian.

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16 mars 2005 : CHRONIQUE N°19 :

Ainsi donc le printemps nous revient et avec lui nombre de bonnes résolutions : mettre en pratique tout ce que l’on avait décidé à la rentrée et que l’on n’a pas fait pour toutes les bonnes raisons que l’on connaît.

Les lecteurs de ce site et ceux du forum 100% ju-jutsu sont pour la plupart pratiquants plus ou moins actifs de cette étrange discipline dont on parle ici en long et en large, le jiu-jitsu.

Il convient sans cesse de cataloguer les pratiquants en trois grandes catégories, sans jugement de valeur : ceux qui pratiquent pour faire un sport, peut-être même s’y épanouir en devenant un « champion », ceux qui viennent pour la partie visible la plus importante : l’autodéfense, enfin, l’ensemble des autres qui y trouvent ce qu’ils y apportent : eux-mêmes.

Tous respectables suivent des chemins parallèles issus d’une branche commune qui souvent est ignorée du pratiquant, qui parfois l’effraie, le choque même tant les concepts des siècles précédents sont peu en harmonie avec la vision occidentale actuelle de la civilisation et de l’humanisme.

Pratiquer jiu-jitsu moderne oui, entrer en harmonie avec l’humain : oui, être angélique, non ! Le chemin du jiu-jitsu est celui de la voie de la vie réelle. Il n’y a rien de virtuel rien de mystérieux.

Pour tout un chacun, jiu-jitsu est surtout un ensemble de techniques gestuelles mémorisées et répétées.

Alors que l’occidental moderne retrouve sans cesse le chemin de l’affrontement par les biais les plus étonnants, il est bon de restituer une vérité évidente : dans la pratique du jiu-jitsu, il n’y a pas de place pour la compétition ou de vaines épreuves de force. Les pratiquants sont partenaires, ils se retrouvent sur le tapis resté ou devenu tatami, non pour se battre, mais pour s’aider mutuellement à comprendre et apprendre leur corps, leur perception de l’espace et celle plus importante de la vie, le respect de la vie, la leur et celle de l’autre.

La connaissance apporte la compréhension et permet ainsi d’user de la technique pour vivre, survivre si nécessaire.

Au cours de cette chronique mensuelle, je privilégie comme on a pu s’en apercevoir l’approche holistique des arts martiaux qui met l’accent sur un des plus importants principes fondamentaux : la principe d’unité entre les éléments intérieurs et les éléments extérieurs à la personne, sur l’unité et la coordination entre les aspects “externes” (physiques) et “internes” (mentaux). Il n’est pas question pour moi d’y inclure des bribes orientaux religio-philosophiques. Toute mon approche est cartésienne et actuelle.

Cette démarche, qui je l’espère, ravit les lecteurs, ne leur donne pas satisfaction quant à la technique gestuelle en soi.

Comme il n’est pas question de créer ici un « cours » ou un syllabus, je pense apporter au pratiquant des informations intéressantes concernant des techniques et gestes disparus des études modernes pour des raisons valables, sincères ou non de sécurité individuelle ou morale.

Ceux qui sont venus à nous pour l’approche sportive, et ses aspects stimulant la santé physique et mentale, donnant d’importance au plaisir et à la compétition ne seront pas en reste, peut-être trouveront-ils ici des éléments leur permettant de se perfectionner tout en respectant les règlements « officiels ».

Ceux pour qui l’approche est utilitaire y trouveront matière à réflexion, positive et négative, comme il se doit quant à l’efficacité et l’applicabilité des techniques lors d’un vrai combat (l’autodéfense).

Il est nécessaire pour clarifier les esprits de décider d’une sorte de ligne de conduite pour énoncer la litanie des gestuelles, je reprendrai donc celle de Jigoro Kano, parlant donc de lancement de jambes, d’abord, évoluant ensuite vers la projection de hanche pour glisser aux sutemi, rebondir en atemi, bloquer en strangulation, conclure par la fin du combat qui n’a jamais existé.

Première approche dans une semaine : o soto gari (voir ICI).

A bientôt, Xian.

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19 avril 2005 : CHRONIQUE N°20 : Randori

De nombreuses questions restent souvent sans réponse quant à la compétition de jiu-jitsu et tout un chacun possède mille arguments pour ou contre. La compétition telle qu’elle existe aujourd’hui sera abordée lors d’une prochaine chronique. Il me paraît important, en préalable, de revenir sur la partie nécessaire de l’étude et de la pratique d’un art martial que constitue le « randori ».

J’ai pensé qu’il était bon de remettre à l’esprit le mot randori et sa signification. Souvent, et en particulier chez les judokas « compétiteurs », le randori est une sorte de compétition plus ou moins simulée. La plupart du temps, pour le spectateur profane, le randori est bel et bien une compétition, une joute.

Bien entendu, il n’en est rien.

Le randori est, à mon sens, la pratique libre de l’assaut consensuel instructif et totalement libre durant lequel chaque partenaire suit le libre cours de son impulsivité, cherchant à appliquer les principes qu’il a étudié et à comprendre ceux auquel tente de le contraindre son partenaire.

C’est parce qu’il sait que la violence potentielle existe en chacun de nous que le pratiquant doit se refuser à nier son existence et c’est parce qu’il est un homme actuel, civilisé et responsable, qu’il entend ne pas se laisser emporter par elle.

Pour conquérir ce pouvoir de maîtrise de violence réelle, le pratiquant s’est lancé dans l’étude d’une gestuelle séculaire née d’une violence des plus meurtrières, fascinante et libératrice d’angoisse.

La gestuelle sans approche de la finalité n’est rien qu’une partition de musique que ne suivrait aucun instrumentiste. Le randori est cette application symphonique qui situe notre geste et nos connaissances dans la gamme des exécutions possibles.

Le randori n’est pas un combat d’hommes mais un rapport de chacun des partenaires à l’énergie qu’il utilise pour se situer dans l’espace conflictuel et l’ordonner. Le randori est une technique d’étude et de mise en application des principes basiques et décomposés de notre apprentissage qui permet de communiquer notre volonté d’apaisement et de faire disparaître les tensions mesquines, haineuses, aigres qui conduisent aux éclatements destructeurs.

Le randori est l’étude de la COMMUNICATION.

En jiu-jitsu, on peut penser aujourd’hui que la « méthode » d’apprentissage incluant le randori est née au XVIIème siècle au Japon par l’arrivée d’un courant de pensée extérieur ( Au Japon, qui est une île, tout vient de l’extérieur pour y être malaxé, peaufiné, poli, décomposé et reconstruit à la perfection) issu de l’école chinoise préconisant l’intuition dans les formes de combats mano a mano.

Le randori est l’inclusion pratique dans les recherches d’enchaînements de techniques de « l’esprit vide ». C’est la poursuite logique de l’application de l’intelligence habile de la gestuelle.

Le randori permet au pratiquant de vérifier la justesse et la précision de ses techniques de force statique et de mettre en application ses principes du développement de la force dynamique.

Le randori permet de se situer au mieux dans le cours des explications et démonstrations qui le plus souvent nous ont appris « comment » mais pas « pourquoi ».

Le jiu-jitsu, derrière ses techniques apparentes possède, comme tout art, des petits secrets de chacun qui feront ou ne feront pas opérer la gestuelle apprise en exercice d’assaut réel – voire en défense vitale. Le randori est le moment pour perfectionner les mouvements qui conviennent à notre morphologie et à notre manière personnelle de se déplacer dans l’espace.

La pratique au dojo du randori est une pratique libre qui ne peut être soumise à arbitrage ou à réglementation, pour être profitable, la technique ne peut devenir « un jeu harmonieux » où les enchaînements forment un ballet des corps, ce qui est spectaculaire et très intéressant au niveau de l’esthétique et de la recherche de la souplesse mais ne peut apporter qu’une confusion quant à « l’esprit du jiu-jitsu » qui est, je le reprécise :

La victoire sans combat.

Bonne pratique à tous, à bientôt, Xian.

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21 mai 2005 : CHRONIQUE N°21 : Progresser en jiu-jitsu ?

Progresser en jiu-jitsu ? (Avons-nous une auto-perception de notre position au sein de cette philosophie ?)
Heureux ou malheureux de pratiquer ?

Allons-nous retomber dans la querelle des anciens et des modernes, des pour ou contre les ligues et fédérations, des pro-compétitions ou des anti-spectacles, le jiu-jitsu est-il un sport, pratiquons-nous une philosophie gestuelle ?

Le discours est universel et les réponses aussi multiples que nous sommes êtres vivants et même décédés, — on fait parler les morts, on leur fait dire n’importe quoi, ils ne peuvent pas répondre – nous serions d’ailleurs extrêmement surpris si tout à coup ...

Pour agir ou nous développer de façon créatrice, il nous faut commencer là où nous sommes, tout entier avec notre bagage actuel et nos défauts présents : Ici et maintenant sans réserve et sans regret. Faute d'acceptation de soi, nous sommes en divorce perpétuel avec notre point de départ, toujours en train de nous méfier de tout et de rien.

Progresser en jiu-jitsu est progresser en soi, en vie.

En dehors de soi-même très égoïstement et en vertu d’un tel principe conçu comme fondement de la pensée et de l'action, toute tentative de discipline morale ou spirituelle demeure le combat stérile d'un esprit scindé et de mauvaise foi, c’est la difficulté première que rencontre l’adepte de jiu-jitsu.

Notre discipline charrie moult ambiguïtés pas toujours simples à appréhender et dont profitent ceux que j’ai nommés dans une série de chroniques parues au début des années soixante-dix : les marchands de saucisses, gourous et faux maîtres.

La réalité est d’accepter d’être le très imparfait que nous sommes et d’oser nous situer très exactement ici et maintenant sans fausse vanité. Nous sommes un faisceau de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité qui sont dans un flux et un mouvement perpétuel, nous camper sur des jambes solides et avancer sereinement en notre discipline est un premier pas encourageant. Il est plus malaisé à réaliser qu’à décrire. Il faudrait pouvoir définir, définir c’est fixer, la vie est mobile, le jiu-jitsu est donc complètement fluide.
Il faut savoir y rester SOI-MÊME !

Autrement, que de désillusions !

Des désillusions, dans tous les domaines, on ne se remet pas toujours. La faute vient de ce que l'illusion était fausse.
Il faut découvrir le vrai but de l
’art martial, et ne pas en changer.

Avoir un but c'est avoir une motivation, permanente, un «centre magnétique» (tout ce qui correspond au but est capté), une joie réelle et solide. Comment savoir où l'on va sans but ? Le «qui suis-je, où vais-je, où cours-je ? », fait rire mais c'est aussi sérieux que la vie elle-même. Et si dans la vie on peut jouer, la vie n'est pas un jeu.

Alors, en définitive, faut-il passer chez des maîtres «prestigieux », faut-il accéder à la championnite ? faut-il vouloir progresser ?

La réponse à la troisième question est affaire de personne, de personnalité, d’envie d’une telle vie ou d’une telle autre, d’accrocher jiu-jitsu à son quotidien propre.
La réponse à la première question se trouve là-aussi, en soi, jusqu
’où veut-on apprendre, que veut-on apprendre ?
Les maîtres fondateurs basiques ont aujourd
’hui disparu, leurs élèves ont pris la relève, sont-ils à la hauteur des exigences de leurs élèves, eux ?
Oui, donc, à partir d
’un certain niveau de connaissances, le Maître a réellement de l’importance et lui-même doit être un Maître initié.

Lorsqu'un Disciple est capable d'enseigner, le Maître se doit de le lui dire, le patronner, le protéger, l'adresser vers d'autres Maîtres plus spécialisés.

Si le Disciple décide de lui-même d'enseigner, il se coupe de toute possibilité de gravir les étapes supérieures dans le giron d’un Maître mais peut découvrir d’autres facettes de son art. Bien sûr, ce ne sera pas avec des grades délivrés par des amis complaisants que les portes des étapes supérieures s'ouvriront. Ainsi peut-on compter le petit nombre de ceux qui sont de vrais Maîtres et font du véritable « Art Martial » actuellement dans le monde.

Heureusement il y a l’ensemble des élèves qui souhaite simplement vivre auprès d’un enseignant compétent et y trouve sa satisfaction. Ceux qui progressent se repèrent facilement : il y a les ambitieux qui ne sont pas intéressés et des intéressés qui ne sont pas ambitieux et puis quelques uns qui aimeraient « réussir en compétition ».
Les choses ne sont pas faciles : que vous ne fassiez rien, que vous fassiez du sport pour avoir« un esprit sain dans un corps sain », que vous cherchiez à être «plus» en développant votre potentiel... vous vous détraquez si vous choisissez la mauvaise façon de faire.

Je ne vais pas expliquer ici pourquoi il n’y a pas de compétition possible en jiu-jitsu mais il faut admettre qu’il y a des techniques sportives dérivées et agréables à pratiquer, intéressantes même, on peut y devenir un vrai champion (ce qui à mon sens ne correspond pas nécessairement à devenir un escaladeur de podium) Je reviendrai sur ce sujet dans la prochaine chronique qui sera : Le mental du gagnant.

A bientôt, Xian.

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15 juin 2005 : CHRONIQUE N°22 : Le mental du gagnant.

La première raison dêtre d’une pratique martiale (et avant toute considération d’ordre philosophique) est tout simplement de proposer un moyen de survivre à une situation conflictuelle d’une violence extrême, cette assertion est la raison principale de mon opposition à l’usage de termes tels : sports de combat et compétition. De longues séries de chroniques peuvent argumenter positivement ou non à ce propos.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut dénigrer voire supprimer les shiaïs et autres kumites, assauts dirigés ou libres et de leur donner un certain piment, d’offrir quelques récompenses à celui qui est choisi comme « vainqueur » de joutes amicales.

Ces joutes se doivent d’être comprises comme il se doit : des exercices de vivacité physique et intellectuelle et ne peuvent s’inscrire dans aucune sorte de concours à la championnite selon les théories actuellement en vigueur dans le monde financierolympique.

De toute évidence, si l’on ne peut dans le cadre du jiu-jitsu, insérer la notion de compétition sportive, il n’en ressort pas moins que les joutes que l’on peut tenir se doivent d’être dans le cadre et l’objectif de la discipline elle-même, il va donc sans dire que si l’on participe, il faut participer « réellement », aller au simulacre de combat comme au combat, porteur d’un mental de gagnant.

Ce mental n’a rien à voir avec le gain d’un titre, d’une reconnaissance de supériorité par un public, de flatterie du "moi". Le piège en jiu-jitsu est plus subtil qu’en bien d’autres disciplines, il est le concentré de tous les paradoxes, maintes fois évoqués, rarement compris et acceptés, des arts réellement martiaux, évoquant par définition la violence pure, brutale, totale.

L’ambiguïté est plus grande encore ici qu’ailleurs puisque on ne peut avoir envie de "jouer" au combat qu’à condition de ne pas se prendre au sérieux. Jouer à échanger des techniques en gardant l’esprit du jeu est possible, intellectuellement et physiquement mais est-ce souhaitable, au sens où chaque mouvement, chaque gestuelle est apprise pour être appliquée sans commune mesure avec le « jeu ».

Il existe une version jiu-jitsu qui accepte volontiers les aspects « sportifs », c’est pour nous pratiquants, quasi un débouché normal à une violence contenue : le judo. Le pratiquant de jiu-jitsu est obligatoirement pratiquant de judo et le judo est bien un jiu-jitsu adapté à la modernité de la pratique gymnique d’un sport. La volonté de Jigoro Kano et de ses successeurs affirme clairement cet état d’esprit. Le mot jitsu accolé à karaté ou à d’autres vocables n’est qu’une idée moderne commerciale, elle n’a pas de sens actuel ailleurs que précédé du mot jiu.

Il me faut donc en arriver à avouer que le titre de la chronique est aussi ambigu que notre discipline, « Le mental du gagnant » n’est pas réservé au compétiteur, au sportif, au spécialiste : le mental du gagnant se gagne par une pratique sinon quotidienne du moins régulière et ininterrompue, par des heures passées à peaufiner un détail, un soupçon de respiration, un geste d’aspect anodin. Le jiu-jitsu bien compris, bien pratiqué doit amener à ce mental de gagnant, de gagneur, de « je vais vaincre l’obstacle », il ne s’agit pas d’affronter n’importe quoi n’importe comment mais de découvrir dans la pratique au dojo les chemins de la vie de chaque jour, savoir où quand et comment agir en roulant en voiture, en parlant à son patron, à son épouse, à ses enfants.

A bientôt, Xian.

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14 janvier 2006 : CHRONIQUE N°23 : Jiu-Jitsu versus Judo ou vice-versa...

Le discours est philosophique et non avenu, le judo étant du jiu-jitsu.

L’inverse n’est pas vrai en ce sens que le jiu-jitsu est un art complet, origine des arts martiaux japonais.

Le jiu-jitsu moderne ne s’enseigne plus comme celui d’autrefois, il n’y a là qu’une évolution naturelle à toute discipline du corps et de l’esprit. Plus particulièrement, le jiu-jitsu étant encore considéré par de nombreux adeptes comme une forme d’autodéfense – ce qu’il est, mais pas uniquement, il est encore souvent très dissocié du judo qui dans de nombreux cas est perçu seulement comme un sport de compétition.

Du fait de ces considérations, et par la mauvaise interprétation que le grand public s’est laissé donner par des marchands de diplômes et autres décorations dont sont avides les Anglo-saxons et nombre d’Européens, la tentation a été grande pour de nombreux disciples et nouveaux professeurs d’art martial de créer de nouvelles sortes d’écoles, de cercles, d’associations, de fédérations dissociant le jiu-jitsu du judo, certains allant même jusqu’à promouvoir des méthodes de soi-disant karaté et autres styles mongols ou thaïlandais sous le nom de jiu-jitsu.

Contrairement à ce qu’il se laisse entendre actuellement, il n’y a pas eu opposition au Japon entre les écoles de jiu-jitsu et le judo. Il ne faut pas confondre une rivalité commerciale ou philosophique entre Jigoro Kano et les maîtres de styles divers existant en fin du XIXème siècle avec une dissociation judo jiu-jitsu.

Les techniques des anciens styles du Jiu-jitsu pouvaient être divisées en diverses catégories, mais le système de Randori du Judo Kodokan, dans lequel des pratiquants se saisissent, se compose des Nage waza (techniques de projection) et Katame waza (techniques de bloquage). L’ensemble des techniques du judo se retrouve codifié dans une dizaine de « kata » qui ne sont autres qu’une sorte de grammaire d’apprentissage.

Le site « web » (cela veut dire ceinture !) 100% jutsu et de nombreux autres sites « confrères » donnent certaines idées concernant l’historique judo et jutsu. La plupart, fortement influencés par le système du judo Kodokan « oublient » que le mot judo se retrouve il y a plus de 400 ans au Kolinkaï et que sous ce vocable ont été enseignées des techniques de projection et de frappe.

Il convient donc de différencier ici l’enseignement du jiu-jitsu « retrouvé » et celui qui est resté semblable à lui-même tout en évoluant, depuis 1889.

En France et dans quelques pays, le judo sportif a, durant cinquante ans, complètement occulté l’art duquel ledit judo est issu (les projections du Tenshin Shinyo). Devant la multiplication des recherches faites collatéralement par des anciens élèves de Mochizuki, Abe, Abbe et autres, devant la possibilité pour des Européens de voyager plus facilement en Extrême-Orient, devant l’arrivée en France d’élèves pratiquant judo sportif et jiu-jitsu réel (Anglais, Allemands, Belges, Italiens et Hollandais), devant les démonstrations impressionnantes de Plée (Karaté) et des Américains de la côte Est influencés par les Chinois de Hong Kong, le champion français Bernard Pariset a tenté de réintroduire une notion en voie de disparition ... celle des atemis. Pour mémoire, les atémis ont été enseignés au Kodokan sans discontinuer, sans connaître l’existence des techniques de karaté et autres, depuis sa fondation jusqu’ à nos jours.

En suite à Pariset et à de nombreuses tentatives de restituer au jiu-jitsu une aura populaire perdue, la direction de nombre de ligues de judo a décidé de « réintroduire » l’enseignement « officiel » du jiu-jitsu, c’est évidemment une excellente initiative à laquelle nous ne pouvons qu’applaudir.

Il importe donc de ne pas s’offusquer des différences d’enseignement, de niveau, de buts intermédiaires mais de penser JU-JUTSU. Il est donc logique qu’existent des « mouvements nouveaux », des gestuelles « modernes ». Elles ne mettent pas en opposition les judokas et les gens qui pratiquent du jiu-jitsu.

Le jiu-jitsu évolutif par lui-même ou sous l’impulsion de pratiquants de judo sportif se côtoient et créent ensemble un jiu-jitsu actuel. Les anciens travaillaient sur de la terre molle, plus tard sur des tapis de paille, ensuite des matelas de riz compressés... et dans la rue, le macadam remplace le gravillon, dans l’herbe ou sur les rochers, le taï sabaki de l’ancien était fatalement différent de celui d’aujourd’hui.

L’évolution est normale et il faut bannir de la pensée le mot technique traditionnelle.

Il n’y a pas de tradition correcte, le monde évolue sans cesse, les interprétations diffèrent, les techniques changent. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas commencer par le commencement et la connaissance des intégrales et du calcul quantique n’est possible qu’en sachant additionner et multiplier...

Ne pas confondre base fondamentale et tradition et donc ne pas opposer judo et jiu-jitsu.

Comprendre aussi que l’on peut « inventer » du Karatéjitsu, du Goshinbompa jitsu du Machinjitsu, ce ne sont que des noms d’école, si l’enseignement comprend l’ensemble des techniques judo fondamentales : 85% de l’étude est en bonne voie ... le reste...

Ah ! le reste ... C’est vous.

A bientôt, Xian.

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3 février 2006 : CHRONIQUE N°24 : Atéwaza.

De nombreux pratiquants actuels se posent des questions concernant le Karaté jitsu dont on les entretient et mille autres variantes à base orientale coréenne, indonésienne, ... comme on ne connaît rien, on mélange tous les genres et l’on imagine avoir inventé quelque chose.

Nombre d’écoles aux noms ronflants et aux maîtres bardés de titres enseignent de simples techniques brutales n’ayant qu’une vague relation orthophonique avec le principe original de la souplesse du jiu-jitsu (art de la souplesse céder pour vaincre) et encore moins avec les magnifiques techniques compliquées et semblant irréelles du jiu-jitsu.

Si le karaté est l’art de la main libre, originaire d’Okinawa, l’atéwaza du jiu-jitsu est l’art d’attaquer les points vitaux par pression, percussion, pincement et autres torsions. Les attaques de l’atéwaza enseignées au Japon depuis, au moins, le 17ème siècle sont parties intégrantes du jiu-jitsu, elles le sont restées tout autant à l’école de Kano (le Kodokan) comme à celle de Ueshiba (l’Aïkikaï).

La pratique de l’atéwaza ayant pour but la mise hors combat d’un adversaire par paralysie, évanouissement, syncope, elle fut exclue en Occident de la pratique du judo et de l’aïkido. On en arriva ainsi à l’ « oublier » de telle sorte que l’atéwaza ne fut plus au programme, pas même des quatrièmes dan et plus du judo ou de l’ensemble des cours d’aïkido.

C’est probablement ce fait qui conduisit certains pratiquants vers le karaté, lesquels se réorientèrent ensuite vers le jiu-jitsu.

L’atéwaza comprends des techniques diverses dont la plus connue est l’atémi. Un atémi de jiu-jitsu est un coup frappé qui percute un point précis du corps de manière inattendue, y provoquant une inhibition qui permet à Tori d’enchaîner immédiatement une technique quelconque de maîtrise, au cas où, volontairement ou non, l’atémi n’ait pas été « définitif ».

On peut voir dans notre discipline une technique de dissuasion, un apprentissage du combat en vue de communiquer un certain sang-froid qui nous épargnera la peur, il n’en reste pas moins que la pratique du jiu-jitsu a pour but initial d’ôter la vie de l’agresseur. Dans les affrontements entre mammifères de même race, l’homme est le seul qui en arrive au meurtre. Sans l’oublier, nous avons cependant une telle habitude d’une société « politiquement correcte » que nous ne réalisons plus à quel point celle-ci est d’une agressivité féroce, nous demandant sans cesse de sacrifier notre nous-mêmes à notre environnement socio-économique.

Hormis le problème psychologique de la conception non-actuelle de la défense « totale et définitive », on voit donc tout de suite le danger de l’étude qui ne permet pas de « vérifier » l’exactitude des faits et plus encore celui qu’il y a à étudier en portant les coups « devant » ou « à côté » - auquel cas, on a rien étudié du tout. L’étude de l’atéwaza doit rester l’apanage d’élèves consciencieux et recherchant précision et maîtrise. Apprendre à frapper ne sert à rien, les circonstances réelles actuelles ne plaçant pas Tori devant un agresseur, en short, torse nu. Il faut apprendre à porter le geste avec certitude et à pratiquer l’enchaînement adéquat.

La caractéristique de l’atémi de jiu-jitsu est d’être donné avec décontraction.

L’utilisation de l’atéwaza sera fonction de l’agression ( violence, tempo ). L’attaque ne peut avoir lieu que par surprise elle suppose une initiative de la part de Uke et nettement une intention de nuire, elle est dirigée contre la personne de Tori. Attaque et contre-attaque sont donc deux actions réciproques qui maintiennent le dualisme et l’opposition, l’utilisation de l’atéwaza vise à rompre cet équilibre en faveur de Tori.

La suite dépendra de ce que Tori souhaite faire, quel sentiment le domine.

A bientôt, Xian.

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6 mars 2006 : CHRONIQUE N°25 : Art martial, art de vie.


Avec les moines du Shaolin, l
’art martial entra dans le cycle social réel. Longtemps, les experts et les maîtres ignorèrent cet aspect « non-utilitaire » de la discipline martiale. Pourtant, l’ère du BU Jutsu allait se terminer et grandissant, donner aux techniques de combat une autre dimension.
Un accompagnement psychologique vint transcender l
’application de la technique. L’ère du BU do était née. Bien entendu, de nombreux conflits personnels, familiaux, locaux, nationaux et internationaux bloquèrent, souvent, jusqu’en 1945, le développement de l’art martial en une somme de techniques de défense voire même d’attaque.

Depuis une soixantaine d’années la spiritualisation s’est ancrée dans la technique JITSU – DO.
La voie du jiu-jitsu est bien celle-là : techniques et pratiques utilitaires de combat sont devenues rituels et expressions corporelles, le côté « sportif » tant dans sa conception de vie saine que dans celle de profit moderne l
’a effleuré et s’est détourné de l’art de la souplesse parce que celui-ci est réellement en train de devenir une conception formelle de vie, une philosophie à part entière. Technique de corps à la recherche de l’échange spirituel, pratique de défense corporelle en transfert vers une gestuelle intégrée, utilitaire de combat évoluant vers une attitude comportementielle.

La valeur des arts martiaux longtemps attachée à la valeur du katana pour son idée de destruction totale s’est échangée pour le bien de tous en une symbolique de la maîtrise parfaite du geste et du commandement du geste.

Le sabre représente à lui seul l’esprit de la chevalerie qui jamais ne peut faire défaut au dojo ... et dans la vie de celui qui pratique jiu-jitsu.

Le jiu-jitsu d’aujourd’hui est une discipline comportementale souvent mal appréhendée par le novice et plus encore par le spectateur extérieur qui, sans cesse, depuis le « bon vieux temps » de Ré Nié et autres Matsuda perçoit uniquement le message « autodéfense » compris dans l’ensemble de la gestuelle. Cette attitude se fonde sur la vision d’un jiu-jitsu saisi dans son apparence et non dans sa substance.

Trop rapide et peu démonstratif, le geste, non-pensé, réel et efficace du jiu-jitsu ne correspond pas naturellement à ce qu’en attend un profane ou un débutant.

Il faut être initié et avoir pratiquer pour saisir l’essence du geste.

Ainsi donc, la conclusion est simple : Entrez ! et Pratiquez !

A bientôt, Xian.

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8 avril 2006 : CHRONIQUE N°26 : Chronique de printemps.

Une fois n’est pas coutume, c’est plutôt l’auteur Xian que le jutsuan (comme on disait autrefois) qui raconte...

...qui raconte l’aventure de celui qui écrivit en avant propos de son manuel d’aïki-do – il ne savait, en ce temps-là que l’on faisait de subtiles distinctions entre judo, jiu-jitsu et aïkido, aïki-jitsu, cet étonnant aveu :
Sans l
’aïki-do, je serais sans doute mort.

Les lecteurs de Xian comme ceux d’Ernie Clerck, les fouilleurs d’archives et les anciens élèves de Tadashi Abe auront reconnu l’introduction du livre d’art martial écrit par Jean Zin en 1960. Si je reprends cette histoire, c’est qu’elle a le mérite de resituer hors contexte les mots do et jitsu qui feront l’objet de la prochaine chronique de Xian chez 100% Jiu-jitsu.
De même, les images de la chronique technique chez le même site sont-elles do ou jutsu ... explications du propos selon vos commentaires et au rendez-vous du moins de mai prochain.

La situation inextricable dans laquelle je fus plongé sans y avoir contribué en rien, m’incite, dit ce professeur d’art martial à Marseille ( Sho Bukaï ) à conseiller vivement ,à ceux qui ne connaissent pas l’aïki-do de l'étudier sincèrement. Fasse le Ciel quils ne regrettent pas un jour d'avoir méconnu ce conseil, car si un championnat est une chose, une agression en est une autre. Les réflexes du champion sont trop différents de ceux d’un gangster pour qu'ils puissent lui être toujours d'une, utilité pratique au cours d’une attaque.

Il ne s
’agit pas ici de mettre en valeur les mérites d’une discipline japonaise de préférence à une autre, encore moins de vanter la maîtrise d'un professeur d'arts martiaux face au danger. L'objectif que je vise, c'est de répondre à une question posée par certains de mes lecteurs : les mouvements d'attaque ou de défense décrits dans mes ouvrages ont-ils déjà prouvé leur efficacité dans la vie ?

La réponse est donc : Oui.
Pour les amis de Jean Zin, pour ceux qui ont pratiqué avec lui sur les tatamis, les lignes de son manuel parlent d
’elles-mêmes. Pour les autres, voici l’histoire ...vraie,...

Le 1er mars 1959, se déroulait à Toulon le championnat de Provence des ceintures noires par équipes. En fin d'après-midi, le Judoclub de Provence remportait la victoire.
Les cinq élèves vainqueurs, (Robert, Jean-Claude, Christian, Marcel et Joseph) et leur professeur rentrèrent en voiture à Marseille. Arrivés assez tard dans la soirée, ils décidèrent de dîner ensemble avant de se séparer.
Ils choisirent un petit restaurant, dans une rue à sens unique dans laquelle, les véhicules, pour passer, devaient frôler ceux qui stationnaient sur un côté de la chaussée. Un seul emplacement disponible, devant un bar aux lumières filtrant à travers les volets clos. Jean Zin y rangea sa conduite intérieure, tandis que les autres, qui le suivaient allaient se garer dans l'artère voisine.
Jean ferma sa portière à clef et attendit ses amis. Une ombre, qu
il n’avait pas remarquée, se détacha de la façade sombre du bar, un homme à casquette, qui vint lentement vers lui.
Dégagez de là, dit-il hargneux.
Zin prit la peine d'expliquer calmement qu
’il n'en avait que pour très peu de temps. Est-ce son ton mesuré, ou le fait qu'il était d’une catégorie de poids au-dessus de celle de son interlocuteur à casquette ? Toujours est-il que celui-ci n'insista pas.

Zin alla à la rencontre de ses élèves. Avant d’entrer dans le restaurant, il jeta un coup d’œil derrière lui. La rue ne sentait pas « l’interdit ». Rien de particulièrement trouble. Une clarté pauvre tombait des lampes accrochées au fil médian de la rue. Des silhouettes de filles bougeaient à peine à l’extrémité des trottoirs.
Les consommateurs à l
’intérieur des établissements discrets, n'attiraient pas l'attention sur eux.

À onze heures et demie, après avoir dîné assez rapidement, les élèves et leur professeur se séparèrent à la porte du restaurant.

Jean Zin se dirigea vers sa voiture. Tirant les clefs de la poche de son manteau, il s’apprêtait à ouvrir la portière, quand une paire de phares jaunes l’éblouit, un court instant. Les lumières devinrent veilleuses et il vit une 403 foncer dangereusement dans l’étroit passage.
Il bondit en avant, se glissant entre la calandre de sa voiture et le pare-chocs d'un véhicule en stationnement. La 403 lui frôla le corps.
Il avait levé les bras dans un geste d'esquive. Le conducteur freina aussitôt, descendit de son siège :
Tu n'es pas content ? lança-t-il.
Et il marcha, menaçant, vers Jean, encore coincé entre les pare-chocs. Celui-ci dégagea ses jambes. Appliquant les conseils qu
’il prodigue à ses cours, dédaigner la provocation, ne se résoudre au combat que s’il est inévitable, il songea, à se mettre au volant et à partir. Mais la 403 bouchait le sens unique.
Rien d'autre à faire qu'attendre au milieu de la rue. Son pardessus le gênait un peu, mais il ne l
’ôta pas, n'ayant aucune envie de se battre. La journée du championnat avait été fatigante. Il ne souhaitait qu'une chose : rentrer chez lui, se coucher au plus vite. Il espérait que le conducteur belliqueux, après quelques mots en l'air, se ressaisirait, reconnaîtrait ses torts et, poursuivant sa route, lui permettrait de démarrer.

Or, l’homme semblait en décider autrement. De taille supérieure à la moyenne, les épaules larges, sans manteau pour embarrasser ses mouvements, il grogna, méprisant :
Tu ne sais pas à qui tu as affaire !
Jean Zin ne répondit pas. Il venait de reconnaître un boxeur à la façon dont l'autre avançait l'épaule gauche, tout en concentrant sa force dans le côté droit.

Une seconde après, il sut qu'il allait frapper. Il devina la feinte. Le coup suivit. L’homme, en effet, de très bas, monta un swing qu’il appuya de tout le poids de son corps.
L
’esquive intelligente va plus vite que la plus puissante des attaques disent les maîtres japonais et jean Zin avait toujours été un disciple attentif des experts d’arts martiaux qui enseignaient leur technique en Europe.

Il effaça son visage de la trajectoire du poing, par un simple taï-sabaki (mouvement qui consiste à tourner le corps sur le pivot d’un seul pied ) arrière.
Son agresseur troua le vide, en perte d'équilibre. Jean Zin avait alors à sa disposition plusieurs ripostes extrêmement dangereuses. Depuis le coup de tranchant, jusqu'au revers sabré derrière la nuque, en passant par l'atémi vrillé au foie, il pouvait étourdir l'homme ou l'étendre, peut-être mortellement, sur les pavés.
Il ne frappa pas. Il lui répugnait d'employer ses connaissances de taï-jitsu contre un adversaire qui se trouvait sans doute sous les effets de l'alcool.
Détournant à la volée le bras de son agresseur, il se contenta de le pousser dans le sens du déséquilibre.
.L'homme plongea en avant, comme si le sol attirait son poing avec la force d'un aimant. Il se releva, se mit à nouveau en position d'attaque, le regard fixé sur les mains de Zin qui adoptait la garde d'aïkido. La chute semblait l'avoir rendu prudent. Il hésita, puis, à reculons, se dirigea vers la 403.

Jean Zin pensait que l'incident allait s'arrêter, là. Mais l'homme n'était pas ivre et, pour lui, cela ne faisait que commencer. Par la portière de la voiture, on lui passa une bouteille. La main crispée sur le goulot, il revint sur ses pas.
Pendant ce temps, Jean Zin, ignorant la man
œuvre, avait contourné le capot de sa voiture. Il se trouva prisonnier,
sur le trottoir exigu, entre les carrosseries et des fenêtres de genre espagnol, à lourds barreaux proéminents.
Prisonnier est le mot car, tandis que le boxeur approchait, il aperçut une autre silhouette qui arrivait pour le prendre à revers. Il reconnut l'homme à casquette, celui qui avait grogné : « Dégagez de là ». Il portait maintenant une longue barre de fer.

Impossible de croire plus longtemps à un hasard. Il s'agissait d'une action concertée. Sur l'arête de la porte cochère, le boxeur tenta de briser le fond de la bouteille. Il était à moins de deux mètres de Jean.
En aïki-do, une terminologie occidentalisée décrit : action « positive» et action « négative ». La première consiste à devancer l'attaque de l'adversaire et à engager un mouvement approprié, avant qu'il ait utilisé sa force.
La Seconde se rapporte à la façon dont on détourne l'élan adverse. Il n'y a pas de blocage comme en karaté mais une esquive accompagnée d
’un enroulement. Celui-ci provoque un déséquilibre de l'agresseur qui perd le bénéfice de sa puissance et se trouve à la merci d'une riposte précise.

Zin engagea le combat par une application du premier principe positif. Avant que la bouteille ait pris son élan, il frappa le bras qui la tenait, tandis que de l’autre main, il lançait une patte de chat au visage de l'homme. Celui-ci tomba à la renverse. Sa nuque heurta les barreaux d'une fenêtre. La bouteille éclata à quelques centimètres de sa joue. Il s'écroula, étourdi, le visage ensanglanté par les débris de verre.
Jean avait déjà fait volte-face. Le buste en extension, les bras levés, il saisit la barre de fer du second agresseur, qui se levait pour lui fracasser le crâne.
Par un deuxième mouvement positif, de bo-jitsu, l'art du 'bâton long', il prit encore l'initiative de l'attaque. Tournant la barre, il l'abaissa fortement en travers du visage sous la casquette. Le sang gicla. Instinctivement, l'homme se cramponna au fer l'entraînant lourdement dans sa chute, comme une marionnette.
Jean Zin n'eut pas le loisir de reprendre haleine. Les établissements de la rue vomissaient des silhouettes silencieuses qui se dirigeaient vers lui, menaçantes. Seul, élément rassurant : à une extrémité de la ruelle, il crut reconnaître ses élèves qui revenaient.
Pour éviter d'être acculé au mur, il se porta au milieu de la chaussée, au-devant du troisième assaillant. Attaque, esquive, et riposte ne durèrent qu'une seconde. Par un atémi du talon, la redoutable « frappe de la mule », Jean Zin atteignit l'homme à un point vital, au-dessus de la ceinture et l'étendit sur le champ.

Mais, le quatrième se jetait déjà sur lui, le poing droit cuirassé de pointes de fer. Un déplacement latéral et Zin écarta du tranchant le poing américain qui lui visait la figure. En même temps, il contrait d’un coup naturel (tsuki) au plexus solaire. Son atemi dévia très légèrement. Son adversaire tomba sans perdre connaissance et réussit à s'accrocher à un pan de son pardessus.
Jean Zin, entraîné au sol, posa, suivant une technique classique de judo, un genou à terre et, reprenant aussitôt l
’avantage il plaça un atemi, décisif, cette fois, entre les yeux.

Les pavés, à cet endroit, recevaient davantage la clarté d'une des lampes. Jean Zin, toujours dans la même position, vit, tout à coup, une ombre s’allonger.

Il se savait cerné, mais pensait avoir, provisoirement du moins, fait le vide autour de lui.
Il n'eut pas le temps de réfléchir. Un coup d
’œil par-dessus son épaule, et il utilisa aussitôt l'esquive qui lui sauva la vie.

Car c'est ici que la phrase: « Sans l'aïkido, je serais sans doute mort » trouve son explication.
L'aïkido, en effet, permet d'avoir à sa disposition un nombre important de mouvements dans la position à genoux. L'homme, dans le dos de Zin, avait levé une énorme barre de fer et l'abattait sur sa tête comme une hache de bûcheron.
En un éclair, Jean Zin se retournait par un taï-sabaki à genoux. L'arme, dans un frôlement brûlant lui effleura le crâne et déchira manteau, veston, gilet, chemise et peau.
Jean Zin, ébranlé, eut, malgré tout, le réflexe de déséquilibrer son agresseur par une clef de jambe.
Il se redressa pour voir intervenir ses élèves. Jean-Claude, qui, en compétition de judo, combat en poids lourd, avait à sa portée l'homme à la barre de fer. Il lui fallut une fraction de seconde pour le réduire à l'impuissance. Les cinq élèves et leur professeur se mirent alors en cercle. Les bars avaient vidé contre eux une quinzaine de truands.

La raison de cet étalage d'agressivité ?
Insignifiante, en apparence. Tout avait commencé lorsque Jean Zin rangea sa voiture dans le seul emplacement libre de la rue.
L'homme à casquette était l'un des truands, de nationalité étrangère, qui contrôlaient non seulement les trottoirs de l'endroit, mais encore la plupart des établissements. Il attendait,ce soir-là, ce boxeur, «caïd» du lot. A son arrivée, il avait dû lui apprendre qu'un « cave » s'était permis de s'installer à la place qu'on lui avait réservée.
Le boxeur (connu dans son pays où il avait remporté un titre) faisait le tour du pâté de maisons quand il tomba sur Jean Zin. Peut-être ne voulut-il, en fonçant sur lui, que l'effrayer et lui donner une leçon. Peut-être, en descendant de son véhicule après lui avoir dit : « Tu n'es pas content ? » ne visait-il qu
’à le marquer d’un coup au visage, toujours pour lui donner une leçon...

Il était dans son fief. Sur le trottoir, les filles assistaient à l'incident. L'homme à la casquette et les occupants de la 403 attendaient qu
’il fit quelque chose. Il ne les déçut qu’involontairement. Il avait voulu corriger un prof d’arts martiaux.
Il reprit connaissance dans un bar où ses acolytes l'avaient transporté. Le visage dégoulinant de sang, il sortit de l'établissement pour voir Zin et ses amis semer la panique dans les rangs des truands.
Alors, comme un fou, il courut jusqu'à la 403 qui barrait toujours le passage. Hurlant à sa bande de s'écarter, il recula à pleine vitesse sur Jean Zin. Celui-ci attendit le dernier moment pour se jeter de côté. Il lança les clefs de sa propre voiture à un de ses élèves. Il évita à plusieurs reprises les pare-chocs meurtriers de la 403 avant de pouvoir monter lui-aussi.

Il était temps. Des truands ressortaient maintenant des bars armés d'automatiques tandis que le timbre avertisseur d'un fourgon de police retentissait.

L'épilogue de l'affaire ne concerne pas les arts martiaux.
Jean Zin se tira de la bagarre avec sa seule brûlure du dos et un hématome au bas du crâne.

Le public contemporain a hérité des jeux du cirque un certain goût pour le sang et les plaies du héros.

A bientôt, Xian.

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8 mai 2006 : CHRONIQUE N°27 :

Quelqu’un de plus « fort » physiquement, visiblement, vous pousse avec toute sa puissance... Vous cédez sous cette poussée par un retrait ou une esquive si rapide qu’on ne la visualise pas, l’agresseur perd l’équilibre ... vous venez de découvrir le principe de base du jiu-jitsu.

A l’instant où il a conçu l’agression en lui, vous l’avez su, vous l’avez compris, ce n’est pas un pressentiment, vous êtes entré en harmonie avec lui, alors, vous avez découvert le principe de l’aïki-jitsu.

Vous n’avez pas l’esprit rousseauiste, vous ne souhaitez pas que l’adversaire reproduise son geste, vous maîtrisez le malandrin d’une désarticulation ou d’une pression nerveuse. Vous découvrez la possibilité de ne pas détruire et de diriger, vous entrez dans le monde humaniste de l’auto-défense.

Ces découvertes par d’éminents personnages n’éliminent pas les égos respectifs et leur enseignement n’a pas empêché les rivalités au sein des écoles, encore moins lorsqu’en Europe vinrent le propager Jigoro Kano du Kodokan et Minosuke Kawaishi du Budokukaï. Ceci s’ajoutant à cela, avec une confusion regrettable en lisant les idéogrammes japonais judo et jiu-jitsu et leur traduction en français (ou anglais, allemand, italien)

De cette formation bicéphale naquirent les Collèges des Ceintures Noires d’une part et les Fédérations « officielles », pro olympiques d’autre part.

Nous n’avons pas encore laissé assez de temps au temps pour appréhender correctement le pourquoi et la conclusion actuelle à en tirer. Cela pourra être l’objet d’une prochaine chronique ou d’un ouvrage plus complexe, bien que de nombreux auteurs et historiens se soient déjà penchés sur le sujet. On parlera une fois de plus de la tradition et plus spécifiquement, je pourrais développer le thème : le temps ne passe pas, c’est nous qui passons, dès l’instant que nous appliquons le principe maître de l’art martial : ici et maintenant. Pour être tradition, il faut qu’un usage ou une coutume existe depuis un moment assez long dans cet espace temps. La chasse à la palombe en Médoc, qui a débuté dans les années trente, est qualifiée de traditionnelle, l’est-elle pour autant.

Sans doute y aura-t-il là à débattre et à raccorder le sujet à l’angoissante question de nombreux enseignants de jiu-jitsu : Sans référentiel original japonais, l'art semble dénaturé, l'art s'éloigne petit à petit de ses origines.

Ce n’est pas une affirmation, ce n’est pas une constatation, c’est un questionnement.

Nombreux sont ceux qui ont tenté et tentent encore de trouver des réponses à des questions non formulées, souvent imprécises, ils tentent alors de fréquenter des « maîtres ». Ce souci, cet effort, pour connaître, s'informer, découvrir ce qui se fait ailleurs, est l’un des moteurs les plus extraordinaires de cette discipline du jiu-jitsu. On constate ainsi qu’elle n’est ni sclérosée ni ésotérique. La recherche d’autres méthodes, la pratique active de disciplines connexes permet à la connaissance de s’enrichir et de véhiculer ses propres enseignements, la transmission se fait ! Cette accumulation par brassage débouche sur des nouveautés, des créations que l’on trouve ailleurs existant depuis des lustres. Ici aussi, il y a matière à nombre de chroniques.

Avant d’aborder la saison prochaine où les chroniques deviendront plus martiales ( mais je n’ose plus employer le terme qui pourrait dans l’esprit de certains porter à confusion avec un chroniqueur bien connu d’art ...martial ) je voudrais rappeler que le jiu-jitsu (toutes écoles confondues, y compris le tenshin ou l’aïkijitsu daïto ryu) est une technique souple qui ne s’oppose pas à la force de l’adversaire et au contraire utilise celle-ci pour la retourner, trop de pratiquants actuels provoquent la confusion en utilisant des techniques de karaté dans ce qu’ils nomment jiu-jitsu et qui n’est que l’utilisation de techniques diverses en auto-défense, l’auto défense est une pratique utile, ce n’est pas un art martial et ce n’est certes pas du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu est donc l’utilisation parfaite du principe de non-résistance et mentalement de l’application de techniques – même violentes, pour se défaire d’un agresseur éventuel.

Et si cela mène à la destruction de l'attaquant, ce n'est qu'une conséquence inévitable et non un acte prémédité. Comme le dit le Livre du Tao : «Les choses les plus fragiles au monde ont vaincu les choses les plus dures.»

C’est cela aussi qu’il faut savoir, je crois qu’il faut rappeler aux pratiquants les notions de travail du corps et de l’esprit dans l’état d’esprit actuel du jiu-jitsu sans oublier cette sacro-sainte efficacité dont on me rebat les oreilles et qui pourtant à mon sens fait fort défaut ... : exemple critiqué, je suis allé voir le mouvement Armlock with Finger Hold.

A bientôt, Xian.

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9 juin 2006 : CHRONIQUE N°28 : Le tanto

Nous reviendrons, juste avant de nous accorder un moment de repos le mois prochain, sur ce dont il a été question à la fin de la chronique précédente.

Le propos sera plutôt pour l’instant de s’accrocher à la chronique technique qui nous parle d’une défense contre tanto. (Le tanto, pour ceux qui ignorent les vocables japonais, est ce que l’on qualifie d’arme blanche, une sorte de couteau pointu avec une lame tranchante d’un côté). Ce tanto faisait partie de l’armement habituel du samouraï et était donc utilisé au combat, avec ou à défaut du katana (sabre).

Hier, tenu à deux mains, le katana était une arme efficace et redoutable, aujourd’hui encore, lorsque, sur un tatami, son porteur touche l’arme, les pratiquant comme les spectateurs frémissent. Le katana ne sert plus à attaquer ou à tuer, il est la représentation de l’esprit du Bushido.

Il n’en va pas de même avec le tanto qui ressemble trop à une arme peu encombrante,  facile à transporter que pourraient utiliser des malfaiteurs.

Ainsi, si le porteur de tanto au 21ème siècle est assez rare, ce qui l’est moins, c’est le malandrin équipé de couteaux les plus divers, du canif suisse au gildwell de Baden Powell en passant par les lames de survie à la Rambo et aux cutters de peintres et autres terroristes.

Faut-il apprendre à se prémunir contre ces types d’attaquants ? La réponse est évidente : oui. Il faudra cependant être convaincu qu’en dehors des cercles de combat professionnels (armée, police etc...) l’étude sera toujours sommaire et imparfaite pour des raisons psychologiques.
Plus que son arme et de la façon de s’en servir, la vie du guerrier dépend de son attitude mentale au combat.

Nous ne sommes plus des guerriers. Faut-il ou non s’en réjouir est un discours apparenté.
Mais il existe toujours des malfaisants et des situations de crise.

On a donc réintroduit dans nombre de cours de jiu-jitsu ou d’auto-défense des techniques de protection contre un attaquant qui serait armé ainsi.

Il est important de comprendre que dans ces études collectives ordinaires, le but n’est pas orienté vers la réalité de la défense contre une telle agression mais bien d’acquérir un sang-froid, une maîtrise, une pensée forte qui permet de maîtriser la situation AVANT l’attaque. L’utilisation de techniques apprises ne devenant indispensable qu’après l’échec de la négociation, du conditionnement de l’autre à une paisibilité retrouvée.

L’enseignement de base sera donc compris comme une méthode d’acquisition d’automatismes de déplacements et de gestes qui pourront, le cas échéant, espérons jamais, être utiles.
Le cas échéant se produisant, rappelez-vous que le but cherché par l’agresseur est de vous meurtrir ou de vous tuer dès que sa décision d’attaque est prise. (Cette décision n’est pas évidente durant le temps de la menace). Votre riposte sera donc ferme et la nécessité d’écartement et de maîtrise de l’arme est absolue. S’il est encore possible de combattre après avoir reçu un ou plusieurs coups de poings, c’est plus difficile après des coups de pieds ou de bâton, c’est impossible après avoir été blessé par une lame. Cette erreur est fatale, quel que soit le degré technique que vous vous attribuez ! La moindre erreur d’appréciation est sanctionnée gravement.

Je souhaite que jamais vous n’éprouviez cette sensation physique et psychique que peut provoquer une grande peur. Vous vous trouverez alors « débranché » de vos centres de décisions et incapable de vous opposer à l'offensive. L’apprentissage mille fois répété du geste sur les tatamis doit compenser cette faiblesse en cas d’urgence, remplaçant votre pouvoir décisionnel par un automatisme réflexe. En autres choses, c’est à cela que sert notre apprentissage de jiu-jitsu : répondre à des questions vitales par des actions appropriées, même non réfléchies.

Ces chroniques sont des pages de réflexion, la prochaine conclura une saison encore et les textes nous reviendront dès septembre, tentant alors pour une saison nouvelle de mettre l’accent sur nos capacités individuelles de production et d’utilisation d’énergie pour notre bien-être.
Savoir mettre en marche correctement cette force vitale qui est en nous et l’entretenir au mieux par la pratique de notre passion : le jiu-jitsu.

Voir la chronique technique s'y rapportant

A bientôt, Xian.

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13 octobre 2006 : CHRONIQUE N°29 : Jujitsu FFJDA

Le problème inquiétant du Ju-Jitsu en France ... Patatras, la nouvelle arrive dans mon « mail », je dis émile, alors que me promenant le long des remparts de Château d’Oléron, je venais de rencontrer Princesse, une magnifique chienne qui promenait par là son maître et ses camarades, des judokas qui ne demandaient certes pas tant de haine ou de considération.
Je lis donc :
Problème bien connu non seulement dans les milieux des arts martiaux, mais aussi de la police et de l’armée : à savoir que la discipline pratiquée, sous le nom de Ju-Jitsu, dans le cadre de la fédération de judo FFJDA apparaît bien loin de caractéristiques d’efficacité et de formation typiques de ce prestigieux art martial.
Ce qui donne lieu - ainsi que souligné par des experts de renom mondial - à des conséquences négatives « sur la formation professionnelle dans la police, l’armée, la gendarmerie et sur celle de citoyens à la personnalité équilibrée, solide et souple en même temps, en mesure de donner un apport sensiblement positif à eux-mêmes et à la société ».
Un problème donc d’intérêt public considérable.
Je ne suis pas Français donc je ne peux être qualifié de partisan ou d’opposant, je ne suis pas fédéré judo tout en me flattant d’avoir tiré à l’occasion avec Pariset et Coche, pour citer deux Français qui me semblent – encore - un peu connus  
Tiens, à ceux d’Oléron, combien de « détracteurs » sont-ils venus leur dire : votre bazar c’est de la gnognotte ! Les affirmations matamoresques de ce texte me rappellent mes débuts, en un temps ou avec Georges Leroy, nous rendions des visites éclairs dans des dojos où le professeur était curieusement absent ce jour-là, cela me rappelle l’époque où, ma ceinture verte entourant mon keikogi roulé, je naviguais de ports en ports, fréquentant Anvers et Hambourg, Marseille et Le Havre, Brest et Bordeaux. J’en ai rencontré des maîtres, des listes impressionnantes, qui sont restés assis sur leur chaise quand j’ai foulé leurs tatamis, en ces temps-là, souvent des tapis, parfois des bâches... mais il y eut aussi des enseignants convaincus, des professeurs merveilleux, des champions humains, et parfois un homme hors du commun. Grâce à ces derniers, j’ai gagné une ceinture noire. Georges Leroy m’a appris le jiu-jitsu, Minoru Mochizuki m’a appris l’art martial.
Et je ne peux m’empêcher de sourire et puis de dire très peu courtoisement, voire même vulgairement : Merdalors, on en est encore là ! On en est toujours là, l’ignorance TOTALE de ce fameux grand public qui commence à me courir sur le haricot !

Ceux qui me connaissent et ceux qui sans m’avoir rencontré me font l’amitié de me lire depuis plus de quarante ans savent quel attachement j’ai pour le jiu-jitsu et son enseignement. Ils liront donc sans surprise que je me roule de rire, c’est le mot ! à l’écriture pompeuse de ce dixième dan ! Lire sans s’esclaffer : .../... la International Ju Jitsu Federation (IJJF) organisme qui depuis 1968, est "l’organisation-mère mondiale de tous les styles de l’art martial japonais Ju Jitsu .../... m’est réellement impossible. Pauvre homme qui n’a pas dû voyager beaucoup dans le Japon avant 68, encore moins après 1990 ... Bien entendu, chacun sait dans le milieu du judo que le jiu-jitsu, ancêtre du judo, était un ensemble de procédés de défense comprenant : projections, strangulations, torsions, élongations et coups. Incontestablement l’autodéfense était sans doute la plus ancienne des sources du jiu-jitsu devenu judo, sa raison première.
Le judo, c'est le combat codifié, l'art martial passé dans le domaine du sport, avec toutes ses vertus d'origine et ses qualités éducatives. Mais, par souci d'efficacité réelle autant que par respect de la tradition, une place devait être gardée à ce qui faisait du jiu-jitsu l'arme à mains nues par excellence. C'est la raison pour laquelle Jigoro Kano avait élaboré le kime-no-kata, exercice modèle de défense contre toutes les agressions.
Kawaishi avait, lui, mis au point, en même temps que sa méthode d'enseignement du judo, une méthode très complète de self-défense. Cet homme simple ne s’appelait pas pompeusement maître et n’avait pas eu la prétention d’appeler ces techniques Jiu-Jitsu. Cette discipline lui était connue pour l’avoir comme quelques uns d’entre nous, pratiquée « réellement » et par la noble idée transmise par le KOSHIKI-NO-KATA, lequel consiste en une suite d’exercices de style, dont on peut même dire que la pratique a un caractère nettement mystique, et qui vise à la fois à mettre en relief la beauté du geste et à bien montrer que l'officiant a parfaitement assimilé la maîtrise d'abord spirituelle, ensuite technique, du combat ainsi illustré dans son ensemble martial et dans chacun de ses procédés.
Sans la conquête spirituelle, l’efficacité n’existe pas.
Dans la progression française actuelle du jiu-jitsu enseigné à la FFJDA, selon ce que j’en connais par les dire et pratiques de bien des camarades, je constate qu’une part intéressante est faite aux techniques malgré la difficulté que représente cette étude pour des élèves qui n’y consacrent le plus souvent que deux à trois heures par semaine et par délassement, pour la plupart d’entre eux.
Le JIU JITSU est un art martial, pas une technique d’auto défense, pas un sport de compétition, pas un programme de tueurs patentés légaux ou non. L’autodéfense, le close combat, et des centaines de disciplines incorporent des techniques plus ou moins issues de l’enseignement traditionnel du jiu-jitsu, ça ne leur confère en rien le titre de Jiu-Jitsu, ce n’est pas du Jiu-Jitsu.
Pour tout homme raisonnable, la discussion s’arrêterait ici, il dirait ah bon, ce n’en n’est pas, il n’y a donc RIEN à dire mais voilà ... Les clowns et les montreurs d’ours auront longtemps encore la langue fourchue ... Les faux titres fleuriront des siècles durant encore au sein d’une humanité avide de récompenses inutiles et totalement imméritées. Voulez-vous un diplôme de docteur en philo, en science pot, en pitrerie télévisée, je vous file les coordonnées de l’université Usamania et moyennant quelques euros (enfin, beaucoup de dollars, veux-je dire) vous voilà master et couvert d’awards, de coupes, de médailles, de postères et de lauriers... Revenons à l’art martial, des titres de tous les dans que vous souhaitez sont disponible sur Internet, plus même besoin de se déranger (et la vogue fonctionne déjà bien pour les autres « produits » du Sud-Est asiatique ou de Corée et de Chine). L’UNESCO vous reconnaît même comme patrimoine mondial, bientôt the Suprême pyramidal object avec le maître momifié, le culte de la personnalité et l’intégrisme sectaire n’est pas l’apanage des religieux papistes ou islamistes.

Dire que les techniques de combat sont aussi anciennes que les hommes n’est pas à rappeler ou faut-il encore le répéter souvent ?

Ainsi donc, des milliers de techniques et d’ensembles de techniques ont été inventées et perfectionnées. Les ensembles et sous-ensembles ont été nommés et dans chaque région du monde se sont affinés et ont évolué vers les sociétés modernes qui peuplent la Terre.

De nombreux éléments communs existent et les méthodes de combat à mains nues sont si nombreuses que l’on ne peut raisonnablement définir quelle est la meilleure, tant soit-il qu’il en existerait une supérieure aux autres.

Dans l’évolution des techniques, certaines sont oubliées, d’autres ressurgissent, réinventées pour des besoins nouveaux.

La société actuelle européenne du début du troisième millénaire ne ressemble pas à la société qui peuplait cette région du globe il y a cent ans à peine Il est donc logique et naturel que les manières de considérer le combat à mains nues et ses finalités aient évolué et que des prises de conscience différentes existent quant à ces méthodes et leur enseignement.

Dans le cas particulier de la discipline appelée JIU JITSU (que l’on écrira ou prononcera à sa guise), on se souviendra d’abord qu’il s’agit d’une discipline complexe dont les origines sont typiquement japonaises (ce ne sont pas les apports indiens, mongols et chinois qui font l’âme de cette méthode).
Cette prise de conscience n’empêche pas de remarquer que nombre de dessins de Dürer (quinzième/seizième siècle allemand) ressemblent farouchement à des esquisses de mouvements toujours étudiés de nos jours dans les dojos et que les lansquenets et autres piqueurs de hallebardes de ce temps n’avaient même pas idée que le terme jiu-jitsu existait et pas même celui que le Japon était un pays de l’autre côté de la Terre.

Régulièrement, il est important de resituer historiquement la discipline que l’on pratique et d’en comprendre ainsi, mieux, les tenants et les aboutissants. Régulièrement aussi l’enseignant est confronté à quelques questions exprimées par les novices et le grand public : Combien d’adversaires avez-vous tués, qui est le plus fort, qui est le champion, comment casse-t-on une brique, est-ce que cela fait mal, ... et puis plus insidieuses, votre méthode est-elle agréée, est-elle meilleure que celle du voisin, est-elle la plus efficace, quid de vos diplômes, avez-vous une carte d’affilié, êtes-vous membre du parti, si j’ai les pieds plats puis-je faire du jiu-jitsu ? Est-ce la même chose que le wa justsu, le sudoku est-il plus facile, les tchimboum tralala ...

Je demanderai un effort considérable à ceux qui posent la (les) questions aujourd’hui : merci de relire les chroniques précédentes où se trouvent les réponses (à tout le moins des réponses) (ils y trouveront également quelques détails me concernant, ce qui leur permettra de comprendre que je sais de quoi je leur parle) sans s’attacher à la particularité franco-belgo-luxembourgeoise des sociétés, fédérations, associations ... La question est sous-tendue par une demande de l’un d’entre nous, inquiet peut-être, déstabilisé par les pressions extérieures, qui sait ? :

Que pensez-vous du Jujitsu Français de la FFJDA?

La question n’est pas anodine puisqu’elle se situe chronologiquement après un événement, connu de quelques uns, qui a mis en cause la fédération française de Judo et un organisme auto proclamé où trône un certain Surace. (Ce n’est pas péjoratif, c’est semble-t-il le patronyme d’un monsieur qui se déclare me dit-on dixième dan de jiu-jitsu.) J’ai, sur la liste de communications attachée au site 100% JuJitsu de l’ami Sutefuan, donné il y a quelque temps un avis sur les techniques présentées sur le site web de cette école mondialisante (faut vivre avec son temps !) dont le power big chief semble être ce dénommé Surace et donc on sait ce que j’en pense. Dans les chroniques que j’ai écrites au début des années quatre-vingt, j’ai parlé régulièrement de ce que j’appelais à l’époque « les marchands de saucisses » ... ils n’ont pas disparu, au mieux, ils s’appellent désormais kings of the hotdogs.

Du Jiu-Jitsu français (sic !) pratiqué à la FFJDA, je ne pense strictement rien, le terme français accolé me rend transi, le Jiu-Jitsu ne saurait être français. Soyons clair, certains ont appelé des méthodes plus ou moins intéressantes jiu-jitsu mais ont rapidement modifié le nom de leur école ou de leur méthode, c’est ainsi que Roland Marotaux qui passa comme beaucoup d’entre nous à la montagne Sainte Geneviève s’intéressa au jiu-jitsu mais finalement intitula son école AIKI-GOSHINDO plus récemment japonisée en MAROTO-HA, on trouve un autre pratiquant qui, par osmose peut-être, a intitulé sa méthode : AIKI MAKOTO, on ne sait pas très bien qui copie qui, qui s’inspire de qui, le cas est fréquent et les disputes de clocher sont traditionnelles sur l’ancien territoire des Gaules. Ainsi Alain Guingois élève dudit Maroteaux créa, dit-il, le Goshinkaï s'inspirant, non pas du Goshinkaï du toujours prolixe Maroteaux mais de techniques énergétiques chinoises et des arts martiaux japonais. Que disent Sailly et d’autres, eux-aussi ayant connu les turbulences de l’Hakko (jiu jitsu !) importé par Maroteaux (encore lui – qui décidément a fait beaucoup, le pire et le meilleur !) mais aussi disent-ils parfois par Quéro ou Thierry Riesser Nadal. Cocatre, Lalande, Correa, Porras, Masnière et bien d’autres encore ont fait de même. Exit donc, les jiu-jitsu de formes diverses créées par des personnages attachant ayant les uns et les autres des qualités évidentes et des défauts aussi grands. Ce qui ne porte aucun jugement de valeur sur leur enseignement réel, quel qu’en soit le nom.

A la FFJDA, on se souviendra de l’époque Courtine et Pariset et des luttes de pouvoir interne avec les anciens du collège des ceintures noires qui eux pratiquaient encore les fameuses techniques de self-défense mises au point par Kawaishi.

Le jiu-jitsu enseigné par les écoles affiliées à la FFJDA est un complément au cours de judo qui a été ajouté à la suite de l'apparition de l'Atémi Jitsu de Bernard Pariset et de ce qui s'en est suivi. C'est une belle initiative mais elle a créé une confusion de plus dans la tête des novices et des étudiants de la FFJDA (et des autres ligues apparentées). Je pense que c’est de cette confusion que tentent de tirer profit certains enseignants qui ne visent qu’à obtenir quelques subsides étatiques et autres reconnaissances, ah oui, l Unesco ! Sûr qu’il y a un quinzième ou un trentième dan qui y pontifie et octroie ainsi des titres de reconnaissance universelle. Au lieu d’un nom d’organisme international, j’aurai préféré lire un nom de personnage que l’on peut rencontrer en chair et en os.

Je pense qu’une erreur fondamentale a été commise en assimilant judo et jiu-jitsu au sein d’un enseignement globalisé qui non seulement n’y était pas préparé mais qui dans son ensemble tirait autour de lui un monde de « compétition » et de course aux titres sportifs. Le judo moderne est un sport, le jiu-jitsu n’en est rien. J’avais attiré l’attention il y a plus de dix ans en Belgique sur cet état de fait quand Madame Leleu, excellente judokate s’était lancée dans l’aventure du fighting etc...
Il est impossible de faire de la compétition de jiu-jitsu, art qui ne se prête en rien au subterfuge et aux règles sportives et donc venir m’expliquer en long et en large que des gens de telle ou telle école sont venus ridiculiser des pratiquants de la FFJDA me ramène aux combats ridicules de Padoubny et autres Dubois, refusant d’accepter qu’à nouveaux siècles, nouvelles formes de vie. En d’autres lieux, John Wayne aurait sorti son colt et le prétentieux martial serait passé de vie à trépas. Ippon !

On ne compare pas des choux fleurs et des abricots.

En se perfectionnant techniquement, le JiuJitsu enseigné à la FFJDA peut devenir plus attrayant et « efficace » (ça veut dire quoi ?) s’il consent à quitter les réflexes sports pour intérioriser les techniques et le cas échéant les remettre sur le terrain qui n’est plus alors un dojo. Mais ce n’est aucunement le but du jiu-jitsu.

Il existe de nombreuses écoles de combat de rue, de combat des chefs, de combat de coqs ! Rien à voir avec notre discipline dans laquelle n’existera jamais de « coupe du monde de quoi que ce soit d’autre que de démonstration de pureté technique encore faudrait-il trouver un jury capable, comment décerner des titres autres que sympathiques à un artiste ?
Quant à réunir un comité d’honneur comptant les plus illustres maîtres du monde, cela m’étonnerait beaucoup, je ne connais aucun maître qui se dérangerait de ses habitudes et de son dojo pour assister à un show parisien, mais sans doute la notion de maître est-elle élastique.

Shin tai jin disait Jigoro Kano.

L’essence du jiu-jitsu et de la plupart des arts martiaux japonais est profondément non-violente. Elle repose sur le principe de non-résistance qui consiste à utiliser l’attaque de l’adversaire pour le mener à sa propre perte. Celui qui se défend, au lieu d’essayer de bloquer le mouvement adverse, l’esquive et le canalise de façon à le retourner contre l’agresseur. Si l’adversaire pousse, il suffit d’esquiver ou de le tirer pour qu’il tombe de lui-même. S’il tire il n’y a qu’à le pousser. Plus l’attaque est puissante plus le choc en retour est désastreux. Le principe de non-résistance conduit l’attaquant à devenir la victime de sa propre attaque et à récolter le fruit de ses mauvaises intentions.

Amis de la FFJDA, vous êtes sur la bonne voie, ne vous laissez décourager ni par les turbulences aléatoires et médiatiques ni par les vociférations des cabots. Pratiquez, perfectionnez-vous, acceptez les critiques et transformez les en chemin de victoire sur vous-mêmes, c’est la seule victoire intéressante.

A bientôt, Xian.

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17 décembre 2006 : CHRONIQUE N°30 : Comment pratiquer ?

La mode est ludique et aux vacances, dans quelques jours, certains quitteront les tatamis pour une, deux, trois semaines. Ce n’est pas important en ce qui concerne le jiu-jitsu.

L’approche de la discipline peut-être différente selon le but que l’on s’est choisi voire sans but précis. Hors donc, en s’abstenant de pratiquer, on perd un peu de souplesse, on oublie quelques détails d’enchaînements, on se fragilise quelque peu moralement mais, comme le vélo ou la natation, cela va repartir dans le bon sens à l’instant même où se déchaussant, l’on reprendra pied sur le tapis de sol.

C’est donc peut-être un excellent instant pour parler de « comment pratiquer ».

Le comment est, n’est-ce pas évident, lié au pourquoi, à cause de quoi, qui suis-je ...

Plus tard viendra le dépassement de l’apprentissage.

La réalisation parfaite d’un mouvement, en dehors de toute recherche d’efficacité, suppose la compréhension du corps et des sensations qui le guident, qui provoquent les différentes attitudes posturales créant l’enchaînement souple et la continuité.

C’est cette compréhension qui va devenir le fil conducteur de l’étude vraie et sincère du jiu-jitsu. Cependant, comme en toute science, avant la maîtrise commence l’apprentissage. On ne pourra quitter celui-ci que lorsque l’on aura réalisé l’adéquation : je pratique parce que j’aime, je veux, je suis. L’aisance des mouvement découlera bien sûr des heures de pratique intense mais aussi de cette confiance en soi conquise et du moment merveilleux où l’on atteint le stade où le corps va créer le mouvement en dehors de toute technique apprise, le corps va vivre par lui-même et servir d’instrument à l’esprit pour reprendre une attitude d’ordre , de paix et d’harmonie, en soi, par rapport à soi et aux autres.

C’est ainsi que le jiu-jitsu prête à de longs apprentissages contraires, blocage ou esquive, inspiration ou expiration, dépendant du tonus musculaire autant que de la vivacité de l’esprit. Toutes chose extrêmement compliquées pour nos frustes esprits occidentaux. Herrigel décrit très bien notre incompréhension, nos doutes et nos angoisses lorsque nous abordons une discipline « orientale ».

Nous y reviendrons sans doute souvent.

Comme il faudra remettre en cause de nombreuses fois nos savoirs, nos affirmations, nos vérités. Voir ce qui est, puis ne plus le voir pour simplement le savoir. Arriver à cet état de plénitude dans lequel existent les différences mais où elles n’ont plus de valeur. Arriver à commencer, arriver à débuter, enfin se dire : oui, je ne sais rien, je commence, j’apprends. J’apprends tout le temps.

Alors, ce commencement ? Il en existe mille abords, il est naturel en Europe, aux Amérique de le prendre par le côté physique de la chose. Ainsi donc, quelque soit l’âge, la forme, la santé, on s’astreindra à une préparation physique, elle est essentielle, il n’est pas évident que soit à la portée de chacun, de brut en blanc, de concevoir des efforts importants cardiaques, musculaires, articulaires.

La préparation doit être consciencieuse, les étapes ne peuvent être brûlées. Au dojo, le professeur ou son assistant veillera à ce que le pratiquant respire selon un rythme ordinaire puis qu’il assouplisse ses articulations et ses muscles. Les exercices musclant et les assouplissants seront alternés, traction et extension seront effectués de manière antagoniste. Pour ceux qui souhaitent aller au-delà du commun et faire ici un « sport  actif » voir du « sport de combat de haut niveau » l’amélioration de l’endurance et de la résistance seront une activité séparée et réservée. Elle sera plus importante en durée que celle des apprentissages basiques et des mouvements classiques du jiu-jitsu. Si pour chacun une musculation isométrique est intéressante, celui qui pratique du judo ou du karaté en vue de faire de la compétition s’astreindra à une gymnastique plus spécialisée, sans oublier le « durcissement »...

Comment pratiquer : poser le mental et le physique en adéquation, je citerai quelques exemples pour vous en démontrer la nécessité dans la « chronique technique » que vous retrouverez dans une dizaine jours...

En attendant, bousculez vos habitudes : aérez-vous !

A bientôt, Xian.

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11 février 2007 : CHRONIQUE N°31 : Ceintures, grades et récompenses. Point de vue parmi d’autres idées.

J’apprends en souriant qu’il existerait des enseignants au niveau supérieur et même des enseignants au niveau secret. C’est fort bien. Je regarde les « sites web » et les démonstrations publiques des uns et des autres et je suis heureux de voir que, comme Monsieur Jourdain pratiquait la prose sans le savoir, je connais des techniques « secrètes et défendues ». Celles qui figurent dans la publicité d’un certain Van Rijt reprend même des mouvements basiques que les ceintures jaune et orange que j’ai entraînées apprenaient pour passer « la verte » et que les tenants de la méthode de judo Kawaishi connaissent bien.

Il n'y a pas de mystère, il n'y a pas de secret, il y a plusieurs façons d'appréhender l'idée de grades, de maîtrise et de toutes ces choses dont nous parlons volontiers dans les dojos, qui ne sont qu'une philosophie de la vie qui vaut ce qu'elle vaut.

Sans doute aussi est-ce un peu mon premier "prof" qui a déteint... il aurait eu horreur que quelqu'un l'appelle Maître, et son prof avant lui... Celui-là était allé en Chine et au Japon en un temps où c'était plus loin que la lune ... (1905). Celui-là a pratiqué jiu-jitsu durant toute sa vie, son élève le meilleur (mon prof) aussi... et j'ai eu l'honneur de moi-même pratiquer avec bien des "hauts gradés" quand j’étais "petit". Ce que je suis encore, me demandant chaque jour quand deviendrai-je à mon tour "grands" ?

A part mon prof... qui m'a décerné mes premières "ceintures", je pense sincèrement n’avoir obtenu que deux grades, celui de ceinture noire de jiu-jitsu décerné par Georges Leroy et celui de ceinture noire Nihon jutsu délivrée par Minoru Mochizuki, chez lui à Shizuoka.

Ce ne sont ni les premières, ni les seules, mais elles seules semblent avoir marqué « quelque chose » en moi. J'en reparlerai un jour dans un mot, une chronique ou une publication, on verra.
Pour situer "l'heure et les choses du jour", j'avais dix-huit ans quand j'ai reçu ma première ceinture noire, c'était en judo (un judo qu'on ne pratique plus aujourd'hui), la dernière, j'avais juste quarante ans, c'était en jiu-jitsu, la valeur de la ceinture serait l'équivalent d'un 6 ou 7 ème dan , selon le concept un peu tronqué actuel, ce qui fait que j'ai toujours préféré l'ancienne dénomination : kyoshi.

Grades ! Ceintures !

Sans doute s’agit-il d’un sujet que nous avons déjà développé, rien n’empêche cependant d’y revenir encore. Une école d’arts martiaux est une société initiatique où un individu vient chercher une méthode pour se construire, parfois pour se surpasser, il abandonnera généralement ce dernier désir s’il reçoit l’enseignement qui lui convient.

Cet enseignement se donnait autrefois dans des cercles étroits, familiaux, tribaux, locaux. L’élève observait le maître, ses assistants, ses disciples et espérait arriver à un degré de maîtrise parfait, il n’y avait pas d’autre récompense. L’élève apprenait à dominer ses craintes de lui-même et des autres, il apprenait à se connaître, à se comprendre, à se situer en lui et par rapport aux deux mondes qu’il fréquentait : celui du dojo, celui de la vie extérieure au dojo.

La technique martiale qu’il apprenait n’était pas un but à atteindre mais un moyen pour se découvrir.

Chez certains maîtres, plus sages que d’autres, des idéaux de fraternité sociale, de courage, de loyauté étaient enseignés au travers des techniques. La conquête de la maîtrise sur le tatami se répercutait alors dans la vie quotidienne si celle-ci était une part profonde de l’élève. Certains, comme dans les couvents et abbayes, entraient définitivement « en dehors » de la vie réelle pour se consacrer à leur art, uniquement.

En Occident, c’est à dire chez les descendants des aryens indo-européens blancs et monothéistes, les motifs culturels et religieux sont tels que peu de pratiquants sont capables de suivre un enseignement d’art martial traditionnel oriental. Cet enseignement est oral et basé sur l’observation du geste et sa restitution par l’élève. Les Maîtres n’expliquent pas le geste et encore moins les péripéties morales, mentales et physiques à accomplir pour le pratiquer. L’élève fait son chemin propre au résultat de ses efforts de concentration à reproduire le geste qu’il pressent comme « bon », juste. La manière rationnelle, et même très cartésienne pour les francophones, d’exprimer les choses et de les vouloir détaillées est un frein à l’apprentissage naturel.

Il a donc semblé nécessaire d’établir une nomenclature, une litanie des choses à faire et de comment les réaliser. On a catalogué des méthodes, des procédés, certains ont même fabriqué des bibles alors qu’ici rien n’est dogmatique, tout est inspiration.

L’intuition et la spontanéité devraient être la règle, elle ne l’est pas, elle ne le fut pas, tant et si bien que Kawaishi ayant cerné le problème par sa fréquentation des « Européens » en Amérique du Sud et en France, particulièrement, mit au point une théorie originale basée sur une organisation numérique des mouvements à connaître pour progresser harmonieusement. Il fallait encore que l’élève comprenne et surtout montre « aux autres » - ces autres si nécessaires à l’esprit de l’Occidental - qu’il avait progressé et que l’on puisse montrer du doigt ceux qui stagnaient, qui n’avançaient pas. On mit donc des paliers, on y ajouta des « temps d’étude et de pratique ». On ne devenait pas ceinture noire ( c'est-à-dire « pratiquant ») seulement parce que l’on avait acquis le sens de la technique mais aussi parce que l’on avait administrativement grimpé une échelle subjective de valeurs et que l’on s’était astreint durant un temps donné sous la diligente surveillance d’un instructeur dûment mandaté par celui qui se donnait comme tenant du savoir, le Maître.

Le jeu des couleurs yoyo a plu et les querelles de clochers, ligues et fédérations ont pu s’épanouir. Tel bon judoka est exclu de la fédération parce qu’il se serait donné en spectacle, parce qu’il aurait « vendu » son savoir en devenant catcheur un soir, la belle affaire Kawaishi sous le pseudonyme de Matsuda fut un redoutable champion de catch, initiateur à n’en pas douter du fameux jiu-jitsu brésilien ! D’autres que j’ai bien connus mirent du beurre sur leur tartine en devenant l’Ange blanc ou El Demonio. L’époque n’était pas rousseauiste et les subsides officiels ou le mécénat ne faisaient pas encore recettes.

Le système des couleurs de ceintures fut bénéfique à l’apprentissage collectif du judo et des autres arts martiaux. S’y adjoint quelques autodésignations pour les paliers suivants. Il y avait les grades kyu (de jaune à marron), on ajouta quelques fantaisies pour mineurs d’âge et pour différencier le sexe ce qui est assez rigolo et démontre à suffisance que l’on a rien compris à l’idée de base de ces grades. Il fallait promouvoir les dirigeants et les fantoches, on instaura des dans qui ne signifiaient rien la plupart du temps. Heureusement, la philosophie – et le commerce, ont restitué plus ou moins un bon ordre en ces sujets.

Lorsqu’il s’agit d’une parodie d’art martial devenu sport, la victoire en compétition et les titres remportés vous donnent une idée de votre valeur réelle, lorsque vous pratiquez de l’art traditionnel ou d’attaque et de défense, votre grade ne vaut que par celui qui vous l’a accordé et votre valeur n’est que celle de ce moment présent, ici et maintenant.

Et si dans le forum ou la liste des correspondants de lejiujitsu.net vous veniez nous parler de votre ceinture, de votre grade ? Venez nous raconter votre émotion, celle de la première, celle du passage dan, celle qui vous a fait transpirer, celle que vous haïssez ....

A vos plumes ! http://www.lejujitsu.net/leforum/index.php

A bientôt, Xian.

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18 mars 2007 : CHRONIQUE N° 32.

Il y a quelques années, j’ai dû faire face à la déferlante Bruce Lee qui venait submerger les candidats pratiquants de jiu-jitsu européens et déstabilisait quelques uns d’entre eux au nom d’une « efficacité » redoutable. Plus proche de nous, j’ai assisté à l’arrivée de miraculeuses potions magiques brésiliennes et de toutes sortes de techniques dites nouvelles aux noms exotiques, sans compter, du fait de conflits armés ici ou là, de la venue de « spécialistes » issus des théâtres du « combat réel ». Récemment, j’ai revécu quelques scènes absurdes (comme cette diatribe Surace dont il fut question lors d’une précédente chronique).

Le Jiu-jitsu est une technique surannée à l’efficacité périmée est un discours que les maître d’armes entendent très régulièrement, de génération en génération avec accentuation du discours depuis 1907, ce n’est que normal, la société « civile » modifie ses concepts, ses préceptes. Sous le couvert de pacifications intenses et de moralité universelle de nombreuses communautés tentent d’imposer des philosophies et des démarches à son profit et donc de convaincre d’une approche plus humaine que les autres.

Le jiu-jitsu que nous pratiquons avec sincérité est un concept technique et moral qui ne s’embarrasse pas des modes et des cultures quant au fond, qu’importe donc les emballages divers sous lequel il est distribué, seuls comptent donc les messages réels d’autodéfense sociale et individuelle qu’il véhicule.

En temps « ordinaire », qui est celui que nous nous souhaitons vivre comme hommes civilisés et responsables du XXIème siècle, nous pratiquons le jiu-jitsu pour son aspect physique positif. Au-delà, pour ceux qui le souhaitent, nous nous entraînons réellement au cœur d’une discipline sportive agréable qui maintient notre corps en bonne santé. Les techniques de défense à mains nues du jiu-jitsu qui sont à l’origine des sports japonais modernes (judo, aïki-do, karaté) par leur concept physique de distance – approche – contact conviennent parfaitement comme gymnastique d’entretien pour notre corps et comme approche mentale de la relation humaine.

L’homme étant un animal peureux aux accents dominateurs, il importe également, bien entendu, de maintenir dans l’enseignement et l’étude du jiu-jitsu sa fonction d’autodéfense et surtout de la maintenir intacte quant à la possibilité réelle de maîtriser un malveillant, un agresseur, un assassin.

Il est donc indispensable d’étudier et de pratiquer sans cesse ces gestes séculaires issus de la recherche de l’homme désarmé face aux techniques de destruction de « robots » armés ou non. Le réflexe de défense naturel ne suffisant généralement pas pour stopper un absurde combat, il faut s’imprégner de l’âme du dojo et concevoir une étude de techniques physiques simples à comprendre et à mettre en œuvre en toutes circonstances de la vie quotidienne. Une technique d’autodéfense n’est donc pas simplement une répétition de gestes automatiques destinés à détruire la source d’un conflit. S’il faut arrêter une agression avant qu’elle vous cause dommage, il importe également d’en annihiler les causes, de neutraliser les événements successifs qui amènent à des destructions inopportunes, de l’empêcher de renaître. Ainsi, s’ajoute à la dimension primitive citée ci-dessus (distance, approche, contact) le schéma parade (ou esquive) action maîtrise.

Notre jiu-jitsu par l’enseignement de ces deux voies « avant et pendant », par l’application du précepte vital « ici et maintenant » va donc bien au-delà d’une étude gymnique, d’une technique de réponse à l’agression, il se présente en réelle dimension morale de sauvegarde de soi-même et des autres, de mise en place d’un effet social de dissuasion de violence et de collaboration avec l’autorité légale.

Pour arriver à cette maîtrise, nous allons donc contraindre notre corps à subir des techniques et à trouver les moyens personnels de les appliquer en toutes circonstances. Le chemin n’est pas simple et la tentation d’imaginer qu’on accède à la connaissance facilement est constante, tout autant que celle de rejeter cette connaissance en cédant à l’illusion de l’efficacité par l’apprentissage d’inutiles gesticulations destinées à séduire les gogos. Plus loin, il faudra encore dominer notre autosatisfaction de se croire dominant voir invincible, sentiments dangereux tout autant que la colère ou la violence gratuite.

Refuser de subir et refuser de se battre doit être la clé d’une ligne de conduite de l’homme moderne que nous sommes. Ne pas tolérer que l’on nous agresse et ramener l’agresseur à une position humaine consciente doit être une règle constante qui nous valorise et nous grandit.

A bientôt, Xian.

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11 avril 2007 : CHRONIQUE N° 33 : Stages de Pâques.

Les vacances scolaires de Pâques amènent souvent le début des « stages » offerts aux étudiants des diverses disciplines sportives et intellectuelles.

Notre jiu-jitsu n’échappe pas à la règle...

Les stages atteignent-ils le but recherché ou ne sont-ils que la poursuite de cours habituels ? Les stages sont-ils profitable ou ne sont-ils que des attrape-nigauds ? Un stage doit-il être gratuit ou payant ?

Il n’est pas de philosophie sans secrets de l’âme, notre discipline n’échappe pas à la règle et nous voulons faire mentir l’adage des Platoniciens qui affirment que le corps est le tombeau de l’âme. Le cursus habituel en est trop souvent incapable du fait du peu de temps que les autres activités sociales que nous avons-nous laissent. Alors donc, nous souhaitons pour cela et pour progresser mieux et plus rapidement, participer à une activité supplémentaire : le stage est une des réponses.

C’est même la bonne réponse dans un grand nombre de cas heureux.

Je me souviens de mes participations aux Flots bleus (stages de judo avec des Geesink, Pariset et autres amateurs judokas du Trèfle, du Racing et d’autres clubs qui devinrent des pépinières de champions). C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai commencé à ruer dans les brancards et à comprendre les anti-doctrinaires, les anti-fédéraux, les anti n’importe quoi.

Je me souviens de mon premier « stage » de jiu-jitsu, autour du fabuleux technicien qui se nommait Georges Leroy, nous étions six, en religion, cinq fois quatre heures continues, sur trois jours. Je savais tout : j’étais déjà ceinture noire de judo, j’avais été moniteur de close-combat en un temps et un lieu où ne pas être sur ses gardes signifiait disparaître brutalement, j’avais pratiqué de l’aïkido à Marseille chez Zin, à Bruxelles chez Murashige, je fréquentais assidûment cette salle de Georges Leroy, mais aussi celle de Van Niewenhuyse. Au bout d’un quart d’heure sur le tatami, ce vendredi de Pâques-là, pâle et transpirant j’ai su que je ne savais rien.

Le « stage » ne doit pas être une sorte de camp scout ou la poursuite un peu plus active d’un cours ordinaire. Le stage ne doit pas être nécessairement donné par « un ponte » « une figure » « un champion » mais par la différence apportée en votre âme, être un moment intense de communion avec vous-même. Notre discipline est égoïste et notre progression physique et mentale absolument personnelle : le stage est le lieu privilégié pour se rendre compte de son niveau et de son désir d’accéder à autre chose.

Le stage doit être la découverte, chaque fois une découverte, de l’esprit de l’art martial, il doit permettre de trouver le juste chemin entre hara et ki, puissance et souffle, il doit consacrer des minutes intenses à la technique et réserver des creux émotionnels, des vides, des points de réflexion et de méditation. Le stage ne sera réussi que si vous y participez ! Ah ah ! La belle affaire, la grande découverte s’exclament certains. Ce n’est pas si simple : il ne suffit pas de s’inscrire et de payer, ni même de venir ni d’enfiler son keikogi : il faut être présent de corps et d’esprit et actif à chaque seconde. Ne pas laisser s’éteindre le feu allumé au moment de l’arrivée au dojo.

Prendre connaissance de son identité physique et de sa puissance mentale ici et maintenant est le but principal du stage.

Le stage doit donc avoir un objectif et ne pas être « un cours supplémentaire ». Doit-il être payant ? C’est évident, il faut une infrastructure et des gens qui s’en occupent, ils font un travail, ils doivent être rémunéré. Le maître de stage, vient vous offrir non seulement du temps mais aussi un savoir plus particulier, lui aussi doit être rétribué, pour ses efforts. Si l’objectif n’est pas atteint, ce n’est que de votre fait et non du leur. Bien entendu, il ne s’agit pas de s’investir auprès de charlatans ou de courir derrière un leurre, il faut s’assurer, par contacts et rencontres que le maître de stage n’est pas une belle affiche rodomontante mais un réel manager capable de vous « booster » par sa personnalité et sa manière de dynamiser les séances.

Le jiu-jitsu est votre passion ! Si votre dojo est fermé durant les vacances scolaires, n’hésitez pas à pratiquer ailleurs, pourquoi pas lors d’un stage ... Si vous y allez avec des pratiquants de votre club SURTOUT regardez les de loin et pratiquez avec d’autres, avec de plus haut gradés, avec des plus costauds ! C’est le moment de se débarrasser de toutes les mauvaises habitudes... une dernière anecdote ?

Lorsque j’ai rencontré pour la première fois Minoru Mochizuki, j’avais préparé mille questions pièges ... je suis monté sur le tatami, l’assistant du Maître après m’avoir salué a saisi mes poignets, je n’ai pas pu me dégager. J’ai ravalé mes questions...

A bientôt, Xian.

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Prologue des chroniques 2007-2008

A bientôt, Xian.

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Chronique de septembre.

Si le jiu-jitsu est bel et bien issu de pratiques séminaristes chinoises et mongoles du Moyen-Âge, les techniques que nous pratiquons ( ici en Europe occidentale ) sont la compilation d’études approfondies japonaises, modifiées au cours du temps par des pratiquants chercheurs. Ainsi, en Belgique un grand costaud du régiment de cavalerie caserné à Mons au début du XXème siècle fut envoyé en mission en Chine, fit un séjour au Japon, se passionna pour des sports de lutte et s’associant en 1902 à un professeur d’escrime fonda un club de gymnastique où l’on enseigna la canne, la savate et cette nouvelle lutte japonaise qui commençait à faire parler d’elle à Londres et à Paris, un sport qui disait-on permettait aussi de savoir se défendre contre les brigands et autres malandrins. Comme la mode était au japonais, cet Alexandre Minne se fit appeler ITO, il avait un frère cadet, Maurice, qui un peu plus tard se fit surnommer Okita.
La salle d’escrime de Monsieur Mertens, rue Boduognat à Bruxelles, allait donc abriter la 1ère École de Jiu-jitsu de Belgique.
C’est là que fut formé Victor Boin, journaliste sportif, champion d’escrime, qui fut Président du Comité Olympique Belge de 1955 à 1965. Il devint en 1906 ou 1907, le 1er Champion de Belgique de Jiu-jitsu. Pour le grand public, les « choses » et les perceptions allaient donc se compliquer : Jiu-Jitsu était donc un sport ... nous en reparlerons mais on peut relire si l’on a envie de nombreux passages des chroniques précédentes où la démonstration est faite : le Jiu-jitsu est un art de vivre naturel et non un sport.

Voilà qui nous amène donc à ce que sera l’esprit des chroniques de la saison 2007 2008 :
Bob Morane (l’imaginaire)
La technique (la réalité vécue, les deux pieds (si possible) sur le tatami)
Philosophie d
’un art dit martial aujourd’hui, chez nous en Europe occidentale (un art de vivre)

Bob Morane ? Sans doute avez-vous entendu parler de Bob Morane, chanté par le groupe Indochine, il a été inventé par Charles Henri Dewisme. Comment peut naître un aventurier ? Cela existe-t-il ? La limite entre l’imaginaire et le réel permet-elle de parler d’un héros de papier et d’une philosophie martiale en même temps ? Il faudra bien que j’en parle puisque des éditorialistes cinaciens l’ont mentionné, des « anciens » sont venus me relancer : « Alors raconte »
Ce ne sera pas pour cette fois, j’aurais aimé en effet être plus certain de dates et peut-être même apporter quelques images soutenant les anecdotes, je n’ai pu récolter ni les unes ni les autres, Charles Henri Dewisme a plus de quatre-vingt-dix ans, Georges Leroy plus de quatre-vingts, ils n’ont pu me recevoir cet été... le poids des ans ...

Vieillir ... une réalité qui n’a rien d’imaginaire et que nous appréhendons chacun à notre manière. Jiu-jitsu est ici un rempart certain à la dégénérescence qui nous guette, la pratique d’une gestuelle physique et d’une philosophie mentale nous permet de ne pas absorber trop souvent, trop régulièrement de ces médications qui sont comme la langue d’Ésope, tout et son contraire. Les progrès fabuleux de l’art médical permettent trop souvent la survie en faussant le jeu de la sélection naturelle des cellules de notre corps. Une vie active nous maintient en bonne santé... malheureusement, ni nos manières naturelles, ni les pharmacopées ne peuvent encore – pour le moment, lutter contre le temps, ce temps immobile que nous faisons passer trop vite.
Bien entendu, le jiu-jitsu, pas plus que tout autre technique corporelle ne vous garantira d’une maladie microbienne, d’une attaque virale mais la pratique de cet art de vivre au dojo et de plus en plus dans votre mental extérieur vous apportera cet élément insaisissable qui vous différenciera de tous ceux que vous voyez près de vous vaincus par les difficultés quotidiennes. Luttant et gémissant, ils filent leurs jours avec ce ressentiment intérieur contre ce qu'ils considèrent comme « malchance ». En un sens, la « malchance » peut exister mais précisément, la pratique du jiu-jitsu va vous permettre, le cas échéant de la contrôler et d'y mettre fin.

La pratique des techniques corporelles et mentales peut et doit être une arme efficace dans la lutte contre le déclin, dans l’amélioration des personnes tant sur le plan physique que psychique. L'exercice systématique des fonctions physiologiques mène progressivement à l'harmonie vitale de l'être humain. Lorsque cet exercice est une étude mentale et morale de surplus, tel le Jiu-jitsu, on ne peut que s’y trouver bien puisque le regard est tourné vers la conquête de soi-même et l’acquisition saine d’une grande force de caractère qui incitera à la sagesse.

En ce qui concerne la technique en soi, je redirai souvent que je n’y connais pas grand-chose, que l’apprentissage avec Minoru Mochizuki n'avait rien d'un mirage zen : haraï goshi pour vous mettre en jambe et puis le plaisir d’être projeté dans les poutres du plafond par la magie de son diabolique sacrifice en rond, je l’ai déjà dit. Bah, je vais tout de même tenter de vous parler de Kawaishi et de sa self-défense (voir en dehors du site 100% Jutsu chez : http://kyoshi.wordpress.com/) et aussi de certaines manières apprises chez cet homme qui pesait le double de mon poids et me projetait lui-aussi, quelle manie ! dans les poutres supportant les tubes au néon qui éclairaient blafardement le dojo du 409. Je dirai des mots de la méthode des 16 ou des 20 techniques dites « de programmes » (C’est dans 100% Jutsu mais pas dans cette rubrique-ci)  et ... et de tout ce dont on aura encore le temps de nous entretenir.
La technique, pour quoi faire ? Début de saison, pas d’idées fausses ! Le jiu-jitsu n’est pas du « Close combat» où l'on apprend surtout à tuer en attaquant par surprise; nous, pratiquants, n'avons pas le goût de montrer à un homme comment plonger la lame d'un poignard dans le dos, dans la gorge, l'œil d'un autre homme en l'attaquant par derrière... Voilà qui serait trahir l'esprit du Budo tel que je le conçois et tel qu’il est enseigné depuis le début du siècle dernier, dans les dojos dignes de ce nom.
La technique pourra être utilisée en auto-défense, la défense de soi-même donc, et non, l'attaque des autres. Cette technique pourra, si nécessaire, servir à notre défense à mains nues contre une agression; légitime défense elle sera, riposte dure, nette, définitive, toujours justement proportionnée à l'attaque perçue.

Je souhaite que la lecture de ces chroniques vous apporte du plaisir à comprendre mieux l’esprit Ju (do-jutsu-gei) et vous permette de maîtriser mieux encore la pratique de votre art et la compréhension de mondes aussi différents que votre Europe locale habituelle et le Japon. 

Salutations budo,
Xian.

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Réel et virtuel, le monde moderne, le monde actuel.

De tous temps, il a fallu que des hommes utilisent la coercition par l’usage de la force physique pour affirmer un état, parfois une idée. Depuis toujours, des légendes véhiculent des exploits fabuleux où la part d’action physique orientée vers le combat corps à corps dynamisent le corps et l’esprit.

Voilà qui nous amène donc à celui des chroniques de la saison 2007 2008 :

Bob Morane (l’imaginaire)
La technique (la réalité vécue, les deux pieds (si possible) sur le tatami)
Philosophie d’un art dit martial aujourd’hui, chez nous en Europe occidentale (un art de vivre)

Nous ne sommes pas nés pour vivre comme des brutes mais pour suivre la vertu vers la connaissance. Ainsi s’exprimait Dante projetant ainsi une idée de grandeur dans le vécu humain. Il en est pourtant tout autre, assez généralement et le besoin de violence semble hanter la race des hommes depuis la genèse. Aujourd’hui pour canaliser cette brutalité dans un monde que l’on souhaite chacun plus doux, des exutoires existent que sont les éléments virtuels de notre société. Littérature, cinéma, et tous les autres arts sortis de l’imaginaire.

Quelquefois, la confusion existe alors de la réalité et de la fiction. Mais nous avons besoin des deux, nous ne saurions vivre sans l’immatériel.

Ainsi donc, un besoin d’art martial existe, profond et la dualité de notre pensée moderne souhaite qu’il nous apporte une philosophie de vie réelle et qu’il canalise certains de nos penchants vers une virtualité reposante.

Faire vivre les dragons pour mieux les tuer, laisser Bob Morane dans les livres tout en étant certain qu’il pourrait en sortir.

Pour réussir à être « bien dans sa tête » en notre vingt-et-unième siècle, en Europe, il est important d’user de certains stratagèmes qui remettent en place les mondes virtuels et réels et nous obligent à les voir et à les contraindre à notre mode de vie plutôt qu’à les subir. Tout style de vie doit comporter un engagement du cœur et de l’esprit. Jiu-jitsu va nous aider à réussir cette fusion qui chez d’aucuns est duel.

Pratiquer Jiu-jitsu, c’est devenir plus humain, n’est ce pas ?
Ce qui ne signifie pas que nous allons éluder la part importante de l’art martial qui reste la défense de soi contre l’agression extérieure.

Nous quitterons la philosophie et surtout la liturgie des mots chers à l’Européen (et aux latins et francophones plus particulièrement) dès la prochaine chronique pour entrer dans la gestuelle elle-même.

Au départ d’un imaginaire nous démontrerons la réalité d’une technique, plus tard, nous reviendrons à la philosophie qui sous-tend le geste.

Comme il serait agréable de penser que mon idée du jiu-jitsu vous ait aidé à être ce matin moins énervé, moins surmené, de ne pas être ce mourant prématuré des maladies psychosomatiques du merveilleux progrès technique qui nous entoure.

Devenir l’homme qui contrôle, qui maîtrise le temps et les choses ...
Rêve ou réalité ?

Plus banalement ... commençons par un simple geste.
Un gentil monsieur porteur d’une ceinture noire enseignait l’autre soir dans une école, devant mon étonnement de la manière dont ses élèves étaient habillés, il me sembla comprendre qu’il ne savait pas qu’une manière particulière de boucler une ceinture existait ... un simple clic, ... (voir ce dessin sur le forum)

Et pour s’amuser une projection « par la ceinture » ... décrite dans la chronique technique d’ici quelques jours ...

Bon début d’hiver dans vos dojos ....

Xian.

 

Réalité et fiction

L’idée de parler réalité et fiction est certes intéressante mais m’obligerait à de très nombreuses diversions et je vais donc la réserver à un autre endroit que ce site qui n’a ni vocation littéraire ni intention de se faire critique de livres ou de scénarii de cinéma ou télévision.

Pour le jiujiutsuan (on dit aujourd’hui pour copier les mots japonais : jutsuka) la fiction n’existe pas vraiment puisque sans cesse il se soustrait à elle pour se plonger dans la réalité la plus physique qui soit : le parfait contrôle de ses gestes, de son corps, de son esprit.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est-ce pas : Apprendre sans cesser jamais d’être soi.

Comme notre vie quotidienne et toute la civilisation qui nous entoure est fabuleuse et que nous n’avons nulle envie de nous y soustraire pour devenir moine contemplatif et spectateur de nos propres péripéties, nous avons donc choisi de pratiquer Jiu-Jitsu pour son côté « bonne santé physique et mentale » et pour son côté « Je serai capable de me défendre ou de sauver les miens si d’aventure malheureuse je devais être agressé ».

Accessoirement l’étude de cette recherche de bonne santé et de forme physique convenable et pratique mène aussi à la paisibilité, à la tranquillité de lâme, à la possibilité d’en user des préceptes et principes dans le vécu professionnel, familial, social.

Pratiquer jiu jitsu, c’est s’apercevoir que la compréhension est un éclair d’intuition, une expérience unique que l’on ne peut transmettre, partager ou expliquer. Un jour on est jiu-jitsu.  Un jour on découvre cela parce que l’on a comprit que l’on cherchait l’absolu dans l’illusion, que l’on cherchait une réalité profonde dans le flou de mille et une pensées assaillantes.

Il n’est pas surprenant que l’interprétation du jiu-jitsu « vu » ait débouché sur les films d’arts martiaux Hong Kong, sur les livres emplis de héros qui sans peur et sans reproche dominent leurs adversaires d’une part et sur d’intarissables spéculations métaphysiques d’autre part.
Ce geste mille fois répété pour arriver à un sommet unique inexistant (puisque chaque pratiquant arrivera autre part), cette recherche de la perfection d’un mouvement totalement indéfini est pour le jiu-jitsuan la règle constante. Il ne s’agit pas d’apprendre les seize ou les vingt techniques – que serait-ce ce challenge alors que les techniques sont cent, mille, millions... — qu’importe de mémoriser ou même d’appliquer telle ou telle méthode ?
Il faut découvrir sa vraie nature et la laisser se traduire par des actions propres et inédites. Atteindre ce but est arriver à la libération, le doute s’estompe car on a réalisé la seule action possible en réponse à la situation donnée.

Rewind ... le magnétoscope tourne à toute vitesse en arrière et l’on s’aperçoit que pour en arriver là il aura fallu tant d’heures de pratique, tant de moments intenses, se dominer pour réussir le mouvement... ce n’était pas si facile
(exemple sur le forum, défense contre coup de couteau).

Bon sang, Xian n’avait-il pas promis de nous parler plus de techniques, de développer des appréciations à propos, précisément des mouvements « obligatoires » à connaître dans les fédérations françaises et belges ...
Si si, je n’ai pas oublié, ... je ne vous ai pas oublié...
Parfois il faut savoir reprendre un peu de souffle ...

Tout arrive à point à qui sait attendre...
Une partie de notre enseignement, une partie très importante est basée sur « Japon » qui est traditionnellement cœur plutôt qu’esprit et qui laisse peu de place au rationnel au dualisme à la conversation de salon ... Le regard sur les techniques est important et je ne manquerai pas d’en parler, beaucoup, prochainement. Mais ce n'est pas simple : ici plus que partout ailleurs, le geste ne peut s’expliquer par des mots, la théorie du jiu-jitsu ne se comprend pas par l’intellect, elle entre en soi un jour, sans que l’on sache comment : bruit de tonnerre, vitesse de l’éclair, un matin, je suis Jiu-Jitsu.

A bientôt, Xian.

 

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Quitter les arts martiaux