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Les archives, par ordre chronologique.
25 juin 2003 : CHRONIQUE N° 1. Alors donc, nombreux sont les lecteurs du « web » qui recherchent des informations les plus diverses à propos de cette discipline au nom imprécis : Ju Jitsu, Ju Jutsu, Jiu Jitsu .... Des curieux se demandent sil sagit de karaté, dautres recherchent à travers la pratique dune gestuelle conventionnelle la voie mystérieuse de lOrient. Jai presque été tenté décrire la voix. On se tait pour bien apprendre, pour bien comprendre et façonner au mieux ce que lon fait, et par pudeur. Progresser et évoluer est une aventure personnelle, en art martial plus encore quen toute autre discipline. Mais la gestuelle nest pas tout, lesprit veut son compte, il veut connaître, savoir, découvrir. Et le temps passe, et lancien se retourne et regarde ceux qui déjà le remplacent sur le tatami, le temps est passé. Et le regard du disciple, droit devant remercie le Maître. « Je nai jamais vu plus belles postures de ju-jitsuka que celle de mon Maître Iso », Jigoro Kano Durant des siècles, les secrets furent jalousement gardés, se déroulant de rouleaux décritures en rouleaux décritures. Depuis Irving Hancok des centaines douvrages ont été publiés parlant de ces « jutsu » et de leur efficacité légendaire, héritage dun passé révolu, d'une tradition ancienne et d'un savoir-faire affiné par plusieurs générations de chercheurs, de champions, d'experts. D'abord fortement teinté d'exotisme et d'étrangeté, lenseignement des techniques sest codifié peu à peu et fait lobjet dune promotion constante. Lengouement des choses de lOrient, la recherche dun certain mystère, le rêve de lefficacité réelle et les idées les plus diverses à propos de la pédagogie des arts martiaux ont souvent conduit le néophyte sur des chemins de traverse. Des différences fondamentales demeurent entre les arts martiaux, que ce soit dans leur forme, dans leur but actuel ou dans leurs ambitions respectives. La confusion, souvent diffusée en toute bonne foi, favorise malheureusement un certain mercantilisme. Chaque discipline a bien entendu sa place et sa valeur, il entre dans la perspective de cette chronique qui pourrait être hebdomadaire de proposer un discours jiu-jitsu qui convienne au pratiquant de qualité, au nouveau venu au dojo comme à lassistant du professeur, un discours clair, débarrassé du mysticisme et des querelles de clochers, un propos qui souligne la beauté du geste, qui comprend le message du compétiteur moderne tout autant que celui du disciple traditionaliste nippon. Il pourrait y avoir ici les mots que les enseignants ne trouvent jamais le temps de dire tant la correction des détails de la gestuelle mange les minutes. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 12 juillet 2003 : CHRONIQUE N°2 : La gestuelle Précisément .... Lhomme est formé par lhérédité, léducation, lauto-éducation. Seule cette dernière composante est volontaire et personnelle. Il ny a donc que sur elle et par elle que lon peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent. Les arts martiaux originels (issus de la guerre) même dans leurs formes les plus violentes ou stupides semblent nous permettre de grimper dans la pyramide des hommes, de lhomme-moule à lhomme-victime passant dune infinité détats à une autre grandeur. Une évolution se dessine qui nest pas sans créer de langoisse. Lart guerrier devient une voie, parfois un rituel, ici machinal, parfois traditionnel. Ce rituel devient gestuelle, ainsi, pratiquer ju-jutsu, cest décider dun concept, dun mode de vie, dun état dâme. Pratiquer régulièrement : une gestuelle contre l'aliénation sociale. Tout commence par une porte que lon pousse... Un premier déclenchement intempestif dhormones, ...il ny a que simulacre et aucun danger mortel, quelques uns rient à se faire peur. Et peut-être un jour à navoir pas peur. Quelle merveilleuse aventure commence là ! Entrer ici, cest décider de ne pas se contenter dêtre cet homme normal qui nous guette du fond de sa moyenne ou du haut de sa norme. Ici, au dojo ( le mot est magique ), je vais inviter un autre, un adversaire, à entrer dans mon jeu de vie et men échapper pour littéralement me défaire de lui en le trompant, en effectuant du détournement de pensée ou de geste. Le Ju-jitsu devient alors un art vital passionnant. Ici, au dojo, je vais développer mon potentiel propre, mes dons, ma créativité, mon dynamisme, ma joie de vivre et ma santé. Le dojo, voici donc un premier mot mystère, voilà le premier voile mystique. Est-ce ennuyeux de dégonfler des baudruches, de faire éclater en pétards ce que dautres ont appelé bombes... le dojo cest un local. Nest-ce pas ? A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 21 août 2003 : CHRONIQUE N°3 : Le dojo Le fait dêtre inélégamment vêtu de cet étrange costume de coton blanc, de ceindre une vraie ceinture, et de monter sur les tatamis suffit à émouvoir nimporte qui. Montrer son incompétence totale en matière de saisie, de lutte, de chutes ou même du simple salut, et ce, devant quelques dizaines dindividus, cest plutôt gênant. Comment suis-je arrivé ici, où suis-je ? Au dojo. Voici le
premier mot mystère, voilà le premier voile mystique. Un local ? Pourquoi faire ? Un local nest rien. Cest un endroit, cest un lieu. Cest le lieu où les membres du groupe se rencontrent Cest léglise, cest le temple, cest la salle darmes, cest la salle de réunion. Nest-ce pas simple ? Cest
le dojo, - qui nest guère luxueux. La pensée séparée du corps na plus de place dans cet univers sans émotivité. Les
mudanshas en face, les yudanshas à droite du Maître, homme simple marchant en
éclaireur sur la voie que tous ont librement choisie. Le maître est
impassible, indifférent aux agitations extérieures et aux petites tempêtes
intérieures qui perdurent. Le dojo nest pas forcément rassurant de prime abord. Une
ombre, une crainte, un homme, naturel, on respire, un instructeur est là,
où à tout le moins un ancien, un habitué, un de ceux qui viennent ici régulièrement.
Le regard et les paroles seront daccueil,
lhôte, face au
visiteur, se sent investi dun rôle
pédagogique et éducatif, déjà je me sens invité, sécurisé, déjà, je suis lapprenti budoka. Le dojo est un diamant aux milles facettes où chacun se plaît à se retrouver, seul face à lui-même et seul face aux autres, et avec les autres face au monde intérieur, au monde extérieur, sous la houlette du Sensei, ce garant accepté et reconnu des élèves, des postulants, des disciples. Le dojo nest donc pas lieu débats, terrain de foot ou de tennis, là où chacun agit selon soit bon plaisir, ici, nous sommes dans le laboratoire de la vie, centre de recherche, de communion et de méditation, les murs du monde se sont effacés, cette salle de gymnastique décole, ce hall omnisport communal, ce grenier aménagé, lusine désaffectée sont devenus champ dexpérience où lon se retrouve face à soi-même, à son devenir. Au fur et à mesure des années de pratique, linvité a acquis des connaissances et passe régulièrement la porte, rejoint les vestiaires, noue sa ceinture, il est chez lui, il est dans cet endroit quil aime et respecte, il ressent quelque chose de vital. Il a salué les uns et les autres, pensé à ce Sensei qui connaîtrait des secrets, les secrets de cette vie, de la vie et de la mort, cet homme qui lui a laissé entendre quil ne sagit pas simplement dapprendre ou de comprendre le pourquoi et le comment des choses, mais dêtre en harmonie avec soi-même et la nature ambiante, à la recherche de cette vérité une et infinie, inaccessible étoile. Le comportement dun Budoka maîtrisant son art ne dépend ni du lieu, ni du moment. Le dojo est en soi, le monde alors devient mon dojo et je larpente avec aisance et sérénité. Le monde est mon cur, mon dojo, ce lieu magique où souffle lesprit exaltant du Budo. Note personnelle : le dojo dErnage ma sauvé la vie, sans lui je me serais perdu dans le chaos universel, grâce à lui jai maintenu la puissance charnelle qui mattache à Pomme et jai fait, nous avons fait Sophie, sans mes deux femmes et mon havre de paix, mes obsessions mauraient éparpillé dans le tumulte du banal quotidien. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 13
septembre 2003 : CHRONIQUE N°4 : C'est parce que le centre est immobile que
la roue tourne Certains parlent des méfaits quengendrent notre façon de vivre et font le procès dune civilisation à laquelle ils participent activement. Il est trop facile, et totalement inutile, de noircir lavenir de lhumanité en refusant de reconnaître les bienfaits du progrès technique et dadmettre les améliorations quil ne cesse dapporter à nos conditions de vie. Notre société est ce que nous en avons fait, ce que nous en faisons chaque jour en dépit de la critique. La société est un ensemble dindividus et il est naturel que chacun sinterroge sur ses propres capacités. Cest dans notre société que nous perdons notre personnalité, ce nest que dans cette société, en tant quélément actif et responsable, que nous allons la retrouver. Cest à partir de cette réalité quil faut se pencher sur notre façon dappréhender le jiu-jitsu. Plutôt que de subir ou dengager le combat contre les dragons, de fuir ou de rompre, lengagement dans la pratique de lart martial est une réponse intelligente et active vers un autre mode de vie, vers un autre mode de penser, vers une nouvelle manière dêtre et cela sans renoncer brutalement à tout ce qui existe. Au-delà des motivations externes et sentimentales propre à chaque individu, la raison d'étudier un art martial est d'entraîner le corps et l'esprit à survivre dans ce monde social donné, de se pencher avec lucidité et honnêteté sur une façon denvisager la vie et dy chercher le palliatif aux troubles de quelque nature quils soient, que la vie actuelle ne manque pas de créer. La question de savoir si leffort individuel dans la recherche dun mieux-être social est suffisant na de réponse ferme et définitive que le jour inéluctable de notre mort. Le « jiu-jitsu » a développé une philosophie indispensable à sa pratique et qui s'avère incontestablement utile dans la vie quotidienne. Lart martial originel allie techniques et philosophies pour conférer l'assurance indispensable pour défaire ladversaire, dabord physique et individuel, au-delà, social. Il est assurément martial donc dirigé vers lidée de briser l'esprit de l'adversaire, de détourner son pouvoir, et de le faire changer de voie pour qu'il puisse suivre la vôtre. La notion subjective du bien et du mal y est donc infiniment présente et conditionnera votre courant de pensées. Le jiu-jitsu, ouvert sur le monde qui nous entoure depuis sa diffusion mondiale sous la dynamique de Jigoro Kano, peut donner espoir et force à ceux qui les ont perdu. Chaque technique a été conçue originellement et modifiée, peaufinée, travaillée, adaptée pour vous apprendre à façonner votre corps et vous expliquer comment fonctionnent vos muscles et vos nerfs. Le jiu-jitsu, cest dabord prendre conscience de son corps et ensuite den prendre et den garder le contrôle et lintégrité. Le mérite du jiu-jitsu est de ne pas privilégier une séquence par rapport à une autre, davantager tel ou tel mouvement et ainsi dapprendre à affronter un adversaire et, avec une seule révolution, de le contrôler et le vaincre. Le mouvement physique devient petit à petit idée directrice et sapplique aux principes de la vie sociale. Cest dabord lapprentissage dune stratégie de base avec tout ce quelle comporte dattitudes, de déplacements, de mouvements, de techniques proprement dites avec tous leurs enchaînements. Cest léducation commune du corps et de lesprit, dans la perspective dune fusion, dune union permanente génératrice de puissance enrichissante. Les imperfections nées de lapprentissage des techniques ne sont dues quau regard que chacun porte sur lui-même et sur le monde qui lentoure. Bien comprendre le principe dont relève une technique permet d'appréhender aisément sa finalité, ainsi son acquisition s'en trouve facilitée. Sans doute le plus difficile est-il dacquérir lidée chère aux Orientaux, de non résistance. Cette idée de non-résistance évoque souvent, pour nous Occidentaux, la non-combativité et peut-être aussi une attitude qui consiste à ne pas lutter, «le non-lutter» pour employer la terminologie des taoïstes ou des bouddhistes zen. Ne pas réagir « contre » ne signifie nullement subir passivement, avec résignation. Jiu Jitsu ne sabandonne pas aux événements. Il est au centre de laction, le centre de la roue est immobile, lavez-vous remarqué ? " Cest parce que le centre est immobile que la roue tourne." Ainsi, le jiu-jitsu a intégré le « céder pour vaincre » puis sest posé la question de lutilité de la victoire. La société bouge, se transforme, lart martial aussi. Le désir de vaincre, de réussir est le premier maillon de la chaîne qui nous rend prisonniers de forces contre lesquelles nous luttons et qui un jour nous abattront. La recherche de la victoire conduit le combattant à perdre son indépendance vis-à-vis du combat quil ne domine plus. Ainsi, le jiu-jitsu ne sest-il pas joint à la course sportive, refusant une inutile compétition dans un monde où lhomme ne se trouve plus placé dans lalternative de vaincre ou de mourir, jiu-jitsu donne le choix de décider. Aussi, lorsqu'on pratique cet art martial, est-on capable de reconnaître une situation et, fort et confiant, de refuser d'y prendre part. Lutter, vivre cest aller volontairement avec les événements, avec les choses de la vie et non pas contre elles, ou encore se laisser emporter, manipuler. A bientôt, Xian. [1 commentaire(s) sur ce texte] 16 octobre 2003 : CHRONIQUE n°5 : Technique et violence
Récupérés par la "Société", les Arts Martiaux que l'on enseigne sans précaution ne débouchent sur rien, ne dévoilent rien, n'apprennent rien. Celui-là
qui était violent se sent trompé, lésé, violenté plus encore. L'homme qui, à travers les arts martiaux, choisit la voie de la violence est un faible, écrasé par ses propres peurs d'un monde qui le rejette sans cesse parce que lui-même toujours rejette ce monde-là. La peur - la peur de la douleur que l'on pourrait ressentir conduit la plupart d'entre nous aux arts martiaux. La réponse à la violence n'est pas la technique. La
réponse de l'art martial est d'aller du doute de soi à la domination de soi. La violence est une énergie naturelle qui nous pousse à un affrontement. Dans un affrontement, on ne peut rester intègre que lorsque l'on garde la faculté de choisir - et même la fuite est un choix. La technique apprise donne une potentialité de violence. Dès l'instant où le combat n'a pu être évité - jusqu'à l'instant précis où il est stoppé, il a fallu être capable de violence. Il a fallu appliquer une technique. Jiu-Jitsu vous mène à la maîtrise. La Maîtrise, c'est lorsque la non-violence résulte d'une décision de l'esprit dans un corps capable de violence. La passivité est toujours perçue par autrui. Si cet autrui est figé dans un mental d'agression, l'agression sera inévitable. Ju Jutsu profond et véritable, ressenti en soi comme la gestuelle de base dun équilibre corps esprit laisse perplexe les non-pratiquants, il inquiète les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des irréductibles de la compétition. En se servant du corps comme d'un moyen (étude des techniques) on en cherche et on en développe toutes les possibilités fonctionnelles. La dignité de l'homme exige qu'il obéisse à une loi plus haute que celle de la violence. Vengeance et revanche se doivent dêtre absentes du dojo. Pas de compétition
possible. Je ne parle pas ici de techniques dentraînement émulatives et
nécessaires mais bien entendu de la recherche médiatisée de la gloire comme
but humain final ! Au dojo,
nul pratiquant ne s'abandonnera aux remous infernaux de la violence, aux
gestes agressifs et incontrôlés. La connaissance de la technique, la compréhension de l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la pratique au dojo.
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18 novembre 2003 : CHRONIQUE n°6 : J'ai rêvé le Japon Pour nombre de pratiquants voire de simples aspirants du jiu-jitsu, le Japon est un but de voyage spirituel souhaité, rêvé, quelquefois atteint, le plus souvent décevant. Tout homme arrivant au but géographique fixé se trouve ainsi confronté avec une réalité si différente de son rêve, lEverest nest quune forte colline, le miracle ne sest pas produit ce jour-là place Saint-Pierre, aucun dieu nest dans la Pierre Noire. Au-delà de lillusion fracassée par la banale réalité, le concept Japon est encore plus difficile à saisir. Lerreur fondamentale est de croire que les cultures orientales dau-delà de lIran ont les mêmes buts humains que léducation « Croissant fertile » dont nous sommes le plus souvent issus (Juifs, Chrétiens, Musulmans), nous a donnés, lerreur persiste lorsque lon présume que les hommes des deux cultures veulent être raisonnablement heureux, et quils doivent atteindre un sens déquilibre au milieu des mêmes tensions et difficultés de la vie. Tout cela est accentué depuis un demi-siècle par une progression technique des civilisations, un mélange des biens sans contrepartie spirituelle. Les Maîtres décrits dans les ouvrages du XXème siècle sont disparus, restent leurs images et le foisonnement des idées quils ont apportées. Cela seul survit, leurs dojos sont devenus des immeubles de villes tentaculaires ou des musées. Que va donc faire au Japon un pratiquant de Jiu-jitsu du XXIème siècle ? Il va le plus souvent débarquer à Narita et se plonger dans une ville déroutante qui lui fera penser au New-York cinématographique, il va sinsérer à linstant dans la multitude, la foule dense, grouillante, bruissante incessamment, le Japon comme tout lOrient est une fourmilière. A Tokyo, le voyageur sera écrasé par le gigantisme architectural et la douceur étonnante de rares jardins aux tracés inconnus, le choc permanent dune culture dun modernisme effarant et de points de recueillement où lon simagine le désert, la lande, linfini. Autour des jardins impériaux, les joggeurs ne cessent de tourner, il y a tant à voir, mais le premier rendez-vous ne peut être que pour le Kodokan. Rien ne ressemble moins au Kodokan que le Kodokan. La Mecque du judo est loin du temple Eishoji où débuta Jigoro Kano. La déconvenue survient alors, tiens tous les Japonais ne pratiquent pas les arts martiaux, le judo nest pas le premier sport national, le jiu-jitsu est confondu totalement avec le judo, les revues locales ne citent pas de noms de champions, ne parlent pas dun Maître qui ferait une démonstration. Les agences touristiques ne connaissent pas les adresses que fédérations qui vous semblent célèbres... Le pratiquant se consolera en découvrant dautres villes, toujours les mêmes paysages, étrangement toujours les mêmes sourires, ambigus, les mêmes yeux ronds, se moqueraient-ils ? A lheure du repas, il nest pas certain que les mixtures remixées ouvrent lappétit. Le moyen simple de parer à la désillusion du voyage dans un monde inconnu et devenant hostile au fur et à mesure que le temps sécoule est de sarmer de patience, vertu orientale majeure, de décider que le Japon est un pays normal où les gens courent du matin au soir derrière le même bâton relais que le Parisien, le Londonien, le Berlinois...de la même manière mais peut-être pas dans le même but. La consultation de lannuaire téléphonique permettra de trouver quelques autres adresses de Maîtres dont on a entendu parler où dont telle ou telle revue a donné les coordonnées. La meilleure idée étant de partir dEurope avec en poche des adresses remises par des entraîneurs japonais séjournant chez nous. A défaut, toutes les petites villes ou tous les quartiers de grandes villes sont équipés de centres sportifs souvent ultramodernes (rien à voir avec la photo dojo 1920 des habituelles revues) et lon peut sinscrire très facilement aux cours les plus divers. Il nest pas rare de trouver dans ces centres plus de trente disciplines différentes enseignées chaque jour dès huit heures du matin. Fouler un tatami japonais, être au cours parmi des élèves japonais voilà qui enfin arrive. En ce qui concerne le jiu-jitsu, on saperçoit très vite que le niveau de technicité des élèves est assez différent, mais le plus déroutant sera la manière dagir de linstructeur. Ici peu voire pas de paroles, de laction très vite après un petit quart dheure déchauffement, de gymnastique appropriée, chez les judokas et les aïkidokas, cest très similaire à ce qui se fait en Europe, pour les autres, cest souvent la découverte de mouvements peu classiques. Pour le Japonais, jiu-jitsu est une gestuelle avant dêtre une philosophie, il sétudie lentement et par reproduction visuelle et sensitive presque exclusivement. LOriental donne sa confiance au Maître où ne le fréquente pas. Lélève imite, copie, reproduit le geste quil voit, perçoit, ressent. Le cours est assez court, mais la pratique qui suit est elle, assez longue, souvent deux heures, et active, pas délèves en bordures de tatamis, pas de genou en terre pour souffler, Hi (dire aïe), face à face, hi, voire kiaï, attaque, défense, attaque défense attaque à plusieurs défense, souffle court, attaque défense, linvité pâlit, les Japonais sont très courtois, semblant ny rien voir, la cadence soriente vers un autre pratiquant, le groupe tourne, la dynamique vous épargne quelques minutes. Deux semaines de séjour, cest la bonne mesure pour une première fois... La conversation, lorsquelle est possible linguistiquement fera comprendre au voyageur que la finalité spirituelle a ici, aussi, fait place le plus souvent à des considérations matérielles immédiates, bien-être physique, aspect sécuritaire. Le voyage se termine, les souvenirs sont dans les sacs et valises, quelques photos et des gestes, des gestes, des geste, quelques uns que lon reproduira demain, tous les autres quon oubliera, sauf le voyage, sauf que le « spirituel » précisément est entré, est passé en soi alors quon ny pensait pas, quon ny pensais plus. Le bonheur de linstant pratiquant est venu des moments les plus quelconques qui auront laissé trace dans la mémoire. On retrouve avec un autre regard la salle à laquelle on est habitué, on saperçoit avec étonnement quelle a succombé aux rites, quelle ne vit quasi plus que par symboles, médailles, liturgies, diplômes et autres carottes, le retour aux sources qui na été quun voyage dans plus de modernisme encore laissera tout de même des pistes de réflexions, la compréhension quautour de lOrient sur cette ronde terre se trouve notre Occident avec ses valeurs propres et quil est bon de savoir que de chaque côté on aspire encore à atteindre un mode de vie satisfaisant en se soumettant à une discipline éprouvée par le temps, sous la direction dun Maître. Le Maître ne se trouve pas au fond dun dojo lointain, il est dans notre cur, il conduit notre pensée, il guide nos gestes.
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ne peut lignorer, les bons vux de Stéphane sont en avant-première, cest bientôt
lan neuf.
Comme lui, je participerai donc à la fête tendre et chaude au cur : vivre un an de plus. La
chronique mensuelle (de Xian) trouve donc sa vitesse de croisière, venant à
point nommé pour implémenter la pratique et le quotidien sous-tendus par les
news, le site électronique Ju-Jutsu et le
forum des
pratiquants. Il ne sagira nullement de faire lhistorique des arts martiaux japonais ou de présenter tel ou tel mouvement comme la méthode unique et absolue, infaillible. Il existe pour les uns une littérature abondante, pour les autres de nombreuses démonstrations farfelues et suffisantes. Il importera plutôt ici dexaminer autrement comment une discipline physique martiale, de guerre donc, de destruction, peut devenir acteur et moteur dune civilisation humaine du bonheur et du confort, quelle relation elle peut avoir avec les philosophies de lâme et la conquête du moi individuel et occidental. Certains dentre nous pratiquent sportivement, dautres techniquement, certains se donnent corps et âme, parfois en vivent, quelques uns réfléchissent et se perdent dans la contradiction abyssale de lantinomie orient occident. Une année se termine, vécue intensément, une autre souvre où je vais tenter le pari hébertiste, la démonstration simpliste de lassurance dune saine conduite de vie : la pratique régulière dun art martial fortifie, la rencontre des civilisations peut se faire au travers de techniques corporelles, la paix du cur peut être atteinte par la pratique guerrière de lart martial à mains nues fondamental : le JU-JUTSU. Le combat, affrontement entre deux individus, deux clans, deux collectivités, deux nations, existe depuis la genèse, il est vain de le nier. Il nest pas non plus heureux de croire inutile le précepte latin vis pacem para bellum et de se forcer à un pacifisme bêlant qui démonstrations multiples et séculaires faites, mènent peut-être à un courant de pensée humaniste (mais à quoi sert-elle lorsque cet homme-là disparaît ?). La violence est de notre quotidien, JU-JUTSU nous aide à la canaliser, à la dominer, à nous conserver notre place dhomme, dhumain. Les expressions populaires : « la peur au ventre » ou « avoir des tripes » évoquent en un langage rude la place physique réelle quoccupe laction mentale qui sous-tend nos actes glorieux ou les raisons de notre fuite devant lévénement. Ainsi, on trouve dans ces termes primitifs ce que démontre le long discours médico-social qui tente de théoriser la gestuelle que nous pratiquons. JU-JUTSU, se plaçant au-dessus de la raison sociale courante, va donc nous aider à ne pas devenir ventre mou, à ne pas nous diluer sous de fausses conceptions éthiques ou esthétiques. JU-JUTSU va nous aider à être à lécoute de nous-même et donc des autres, nous sentir à notre place, à créer ce champ magnétique favorable à lévolution que nous avons nous-mêmes choisie. Ainsi
donc, arbitrairement sans doute, mais comme en tout il faut se donner une
méthode de base, voici les dix thèmes que je vous proposerai en 2004. Toutes
vos remarques et idées sont les bienvenues.... Bonne
lecture à tous. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 16 janvier 2004 : CHRONIQUE n°8 : Retour au dojo
Parce que
le dojo est notre maison et quau seuil
dune année nouvelle nous allons y prendre nombre de bonnes résolutions,
nous allons balayer devant chez nous et chasser les mauvais esprits qui sy seraient introduit tout au long de lannée dernière. Nous avons tant à faire que nous ne pouvons quotidiennement
tout voir. Des nouveaux
sont venus qui regardent avec curiosité lancien,
seul dans son
coin, là un couple mixte dont les partenaires se jettent, brutalement
dirait-on, au sol, plus près : deux autres en silence, ceint de couleur marron
engagent une sorte de ballet, cest
nage no kata dira un
observateur. Déjà je
vous ai entretenu de la conception de ce lieu de notre pratique trop souvent
hélas centre sportif, salle de gymnastique décole,
arrière salle
de fête où nous transportons tant bien que mal quelques posters, des images
presque pieuses, lun ou lautre objet, un katana
peut-être. On installe les tatamis, on séchauffe,
on débute, tout sefface, ne restent que les pailles de riz compressées,
aujourdhui mousses confortables, et les ombres
blanches qui se déplacent. Le moniteur, le professeur, parfois le maître qui nest, on sen souvient, que celui qui marche plus en avant sur le chemin, auront créé le dojo et les élèves vont y vivre pleinement une heure ou deux, parfois plus. Les nombreux sites de multiples clubs et fédérations tentent donc de recréer limage du dojo, lieu simple de la pratique de lart martial, et cest bien, parlons ici du nôtre, le jiu-jitsu. Le
sportif, le curieux ne sait rien du dojo qui se situe dans la rupture soudaine
davec la banalité dune journée
quotidienne, maintenant si simple, douillette, confortable pour entrer non dans
un local mais dans lesprit, le désert de la méconnaissance
perpétuelle, le chemin
enthousiasmant de notre propre découverte, dune
auto - progression
interne et externe et de notre accomplissement. Un temps viendra où lon fera la découverte de linutilité de la parole, de la nécessité du silence, ce moment sera pénible, de plus en plus en désaccord avec la civilisation occidentale en vogue, en mode, à la recherche de ses propres bases. Nous ne sommes ni Orientaux, ni Japonais, nous ne pensons pas que la lumière vient du soleil levant mais nous avons la sagesse de croire que des gestes répétés de centaines de millions de fois quasi quotidiennement depuis près de mille ans ont créé un bout de chemin qui peut nous être utile. Leurs gestes nous épargnent des craintes, leurs mouvements nous isolent dun abêtissement collectif. Un jour, quand nous serons forts, nous aussi, nous créerons des gestes et leur utilité naura plus de raison dêtre, les élèves que nous sommes à défaut, dêtre, qui sait, devenus des Maîtres, des Sages auront découverts une autre manière de vivre, une harmonie vitale, un bien-être complet auquel participent les siens et la nature qui les entoure. Croyez-moi, croyez en vous, déjà vous avez franchi une porte, déjà vous avez accepté de marcher pieds nus, déjà vous avez revêtu un habit anormal, déjà vous avez dit bonjour et même vous avez salués des inconnus... Ici, lattention détournée du moment présent et des choses
extérieures vont
transformer « celui qui est venu » en « pratiquant », parfois lun de
ceux-ci en disciple. A bientôt, Xian. [1 commentaire(s) sur ce texte] 20 février 2004 : CHRONIQUE n°9 : Le débutant Javais pratiqué le judo puis en 1959 le close-combat et même le
combat tout court en passant le brevet commando et son application pratique. Linquiet qui vient demander « comment on sinscrit » a toujours une bonne raison qui nest pas celle qui amène le
candidat adepte à lun ou lautre sport individuel ou de masse. Ainsi, avouerai-je quen 1960, jai grimpé, le cur battant, le très mauvais escalier de fer qui menait chez celui qui fut assurément mon guide en la technique : Georges Leroy. Mais, mon cur ne semballait pas vraiment pour les arts martiaux, quelques jours auparavant, désuvré au centre de ma grandville, jétais resté en admiration, non devant le technicien du jiu-jitsu qui présentait ses élèves en démonstration, mais devant lun deux seulement, un sourire éblouissant par dessus un pyjama blanc : Elle était à mes yeux et cest la moindre des choses, plus quÈve navait dû être pour Adam, la femme. Elle était
donc avec eux comme un garçon, sauf que cétait
une fille. Je suis toujours débutant. Pendant
les cours, les débutants ne comprennent pas constamment les explications du
professeur. Sur les tatamis, le cérémonial, les exercices de mise en
condition physique et mentale qui précèdent le plus souvent une séance dentraînement le déroutent. Au cours de lapprentissage de
la technique
proprement dite, il nest jamais question de force ou de
puissance, et
lefficacité du mouvement quon lui
montre et quon
lui enseigne est, lui dit-on, liée à la personnalité du couple Tori Uke
(Shite Nage), au « kokyu » quil possède et
quil a su, après de longs moments de pratique, développer en
lui. Finalement il apprendra que le « kokyu », clef de voûte de lefficacité, ne doit son existence en chacun de nous quà la
connaissance et à la maîtrise du hara et du ki autant quà la puissance de la technique de combat. A bientôt, Xian. [2 commentaire(s) sur ce texte] 21 mars 2004 : CHRONIQUE n°10 : Technique et violence (ou non-violence) Gandhi disait : « La non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper... » La réponse de lart martial est daller du doute de soi à la domination de soi. Il y a là peu de place pour lexpression de la violence pour autant que lon ait pris soin de dissiper les fantômes de lâme, ceux qui créent par ignorance le sentiment de peur. La violence nexiste quen contre-pied de langoisse. Banalement supprimons la terreur, disparaissent alors toutes ces manifestations infantiles et brutales. On relira avec soin la chronique doctobre 2003 qui abordait très martialement ce sujet. Les événements récents les plus divers nous démontrent que la violence nest produite par aucun art, seul le cur de lhomme recèle cette étonnante contrepartie de la peur qui le fait devenir monstrueux au-delà de toute expression humaine. Ju-Jitsu moderne, essentiellement défensif et sans intention de combat, laisse perplexe les non-pratiquants, en ce quil nenseigne pas de stratégie offensive, sa virilité inquiète cependant les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des parloteurs de salon qui résolvent les problèmes du monde face à leur écran de télévision. Une technique de jiu-jisu, cest un point de départ, une trajectoire et un point dimpact. Cela peut être agrémenté, amplifié, amené à contraindre lautre, lui démontrer que nous navons ni haine ni passion à son égard. Cest la mise en place dun système mental et physique très différent de celui qui consisterait à opposer à ladversaire une force beaucoup plus grande que celle quil peut déployer et capable de lanéantir, pour un temps du moins, en ne faisant croître en lui que le désir de vengeance ou lattente dune revanche. Une technique de jiu-jitsu est la démonstration de la victoire de lhumain sur linstinct animal. La connaissance de lart martial permet dentrer dans le monde, sans y être poussé par la folie et par la peur qui est le chemin sûr daller vers le néant. Je persiste à enseigner que lapprentissage dune gestuelle technique basée sur des études anatomiques poussées nous apprenant à nous servir de notre corps et à en développer toutes les possibilités fonctionnelles nous permettant de vaincre un adversaire quelconque nous amène à la maîtrise de cet adversaire, sans combat et donc sans violence. Le « vis pacem para bellum » latinisant me semble être en ce qui concerne lindividu une maxime convaincante. La connaissance du combat, l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la non-violence. La non-violence, cest la connaissance profonde de la technique qui permet dêtre paisible, serein. A lagression improbable qui guette lhomme sûr de lui, la réponse se doit dêtre froide et juste, sans violence du cur malgré les gestes qui peuvent paraître à un témoin extérieur comme la violence la plus extrême. Cette démonstration est apaisante pour lun comme pour lautre. Pour sen convaincre, il suffit de sanalyser un peu, lautocritique face au miroir de la réalité du tatami. Sans nous éloigner de ceux-ci observons notre comportement, avons-nous tendance à devenir violent, oui et quand ? Quand nous pensons que nous agissons « de travers » et que le maître nous observe, quand nous pensons que le partenaire « résiste » pour nous chagriner, quand nous donnons des opinions aux actions des autres élèves, quand notre ego devient irrationnel, en un mot, quand apparaît lappréhension dun événement contrariant... Revenons deux pieds fermement ancrés sur le tatami, redessinons notre mouvement nimaginant rien dautre que le cercle décrit par notre stabilité mobile, notre cur sapaise, la violence séloigne et nous réagissons correctement, le geste devient précis, efficace. A létude initiale de la technique destructrice incluse dans le bu-jutsu, sest substituée une pratique dintégration dans la société, dans lunivers humain. A bientôt, Xian. [1 commentaire(s) sur ce texte] 20 avril 2004 : CHRONIQUE n°11 : Violence et insécurité Le début du siècle ressemble à celui du siècle précédent. Le sociologue allemand Max Weber soulignait en 1921 : « Les Blancs des États du Sud des États-Unis qui ne possédaient rien et qui menaient souvent une vie misérable lorsque manquaient les occasions de travail libre étaient à l'époque de l'esclavage les véritables porteurs de l'antipathie raciale - totalement étrangère aux planteurs - parce que leur "honneur social" dépendait directement du déclassement des Noirs ». Ainsi donc naissait ou été exacerbé le sentiment de peur et celui de racisme, la notion dinsécurité, celle de violence qui lui est contiguë. La violence naît de linsécurité et ceux qui sacharnent à lutter contre linsécurité par une autre violence ne sont que vecteurs de lamplification de cette violence. Il nimporte pas de faire ici un cours de politique générale ou de disserter des relations sociales, le débat est infini, circonscrivons-le dans notre sphère momentanée, celle de la pratique et de létude du jiu-jitsu. Si, en peu de temps, cest la troisième fois que je reviens sur ce sujet, cest quil est préoccupant sans doute et que la dérive sociale se marque aussi dans les pratiques physiques ou spirituelles qui sont nôtres. Le full contact des années soixante-dix a brisé lélégance du karaté, a terni son image, la poussé dans des retranchements dont il ne sort plus. Il semble facile dexpulser sa violence vers les autres surtout lorsque lon simagine avoir atteint un certain niveau de technicité. Il faut avoir le courage de se dire que la violence est née de la peur, que la peur est née de lignorance, que la pratique de lart martial corrige cette vision, remplaçant la peur par des certitudes et ces certitudes par la paisibilité. Pratiquer lart martial, cest tendre à cette sagesse et donc ne plus craindre la violence dautrui, ne pas céder au sentiment dinsécurité, le mot est dit : linsécurité nexiste pas ! Linsécurité nest quun sentiment, un état, un complexe dinfériorité ou de supériorité. La domination de la violence passe par la maîtrise de son corps, de ses gestes, de ses pensées. La maîtrise passe par leffacement de lémotion au profit de la vision réelle des choses, des événements, des êtres. La vision jiu-jitsu est celle qui est naturelle, simple, lil est une machine reproductrice dimage : Point. Je vois ce que je vois, je vois le réel et je nimagine rien. RIEN. Si rien est remplacé par quelque chose alors naît la peur, qui sidentifie assez stupidement à la peur davoir mal, peur de la brutalité, peur du changement détat. La notion de base de la pratique de lart martial en revient donc à évacuer les craintes, les angoisses, les peurs, surtout la frousse, la trouille, la pétoche enfin tous les termes sont bon, le bobo que lon va subir, le traumatisme aie aie aie ... Il est facile, assez simple, de jouer sur le registre de la peur et de proposer des « solutions » populistes à des causes collectives. Le jiu-jitsu, par le bien-être physique et moral quil apporte est une approche de solution individuelle pour autant quil soit abordé par le pratiquant sous cet angle merveilleux et infini de la découverte de lesprit sain dans un corps sain. (en complément, relire les chroniques 5 et 10) Bonne pratique à tous, merci pour vos commentaires... A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 24 mai 2004 : CHRONIQUE N° 12 : Le Japon Il ne sagit bien entendu pas de revenir ici sur les propos dune chronique précédente ou encore de raconter pour la millième fois le voyage de lun ou lautre européen un peu fou qui sembarque pour rencontrer un Maître lointain. Pour nous, pratiquants lart martial originel, le Japon est une sorte de rêve que lon souhaite ne jamais atteindre et toujours y arriver. La déception est immense quand on saperçoit que « ces gens-là » ne sont pas comme nous, elle lest encore plus lorsque lon savise que très exactement, « ces gens-là » sont vraiment comme nous. Mon premier Japon est celui de lécole élémentaire, une toute petite série de sortes dîles dessinées à lest de lAsie, un tout petit pays de rien du tout alors quà la page précédente de mon atlas sétale la France, sur une double page. Mon second Japon est celui dont ne parle jamais Monsieur Suzuki San, qui salue tout le temps et essuie ses lunettes, il mimpressionne et me chagrine, tant de gentillesse apparente aurait-elle pu amener ses concitoyens à venir détruire Pearl Harbor et à mitrailler Buck Dany et madame Holmès dans une île pacifique, sans compter quen lobservant bien, il ressemble un peu à Monsieur Mitsuhirato qui vous infectait dun coup de radjaïdjah...La curiosité est un défaut qui se transforme en qualité majeure lorsque je veux savoir tout de ce troisième Japon dont me parlent les uns et les autres, des gens en pyjama qui se jettent par terre ! On peut donc aiguiller ses tensions intérieures, on peut trouver des plaisirs enfantins à se saisir virilement et des satisfactions intellectuelles à tenter de comprendre linimaginable : apprendre une sorte de guerre et être en paix. Japon aurait-il compris avant nous que le chemin de la paix des hommes passe par le réapprentissage de tous les gestes qui sauvent, de tous les signes qui respectent, de toutes les attitudes qui socialisent. Ainsi, Japon exercera contradictoirement sur le pratiquant honorable que nous sommes une attraction soutenue par un exotisme facile fortement contrarié désormais par le rapprochement des peuples causé par lévolution fantastique des voyages aériens. Les manifestants de 1978 contre le nouvel aéroport de Narita ressemblent étrangement aux marcheurs opposés à Chartres ou Bierset. Le premier ministre jaune est aussi souillé par les scandales des affaires quun vulgaire socialiste dEurope de louest. Le peuple le plus industrieux du monde du Xxème siècle est gagné par lAmerican way of life qui aujourdhui montre ses limites... alors retour à de nouveaux Maîtres, faut-il les chercher ? le troisième millénaire sera sans doute celui de luniversalité qui, en ce qui nous concerne directement a débuté un soir à Paris lorsquun géant Hollandais maintint en hon gesa gatame un nounours japonais. (Deux cent cinquante kilos à eux deux mais une page tournée dans lhistoire dun sport japonais que nous aimons.) Et voilà que notre retour aux sources sannonce encore plus décevant, le premier sport au Japon est donc le base ball, la première manifestation sportive populaire est sans nul doute le sumo. Le judo codifié de Kano est un sport banalisé comme dautres activités, sportives, artistiques, musicales dont il reste cependant le rituel (immuable ?) zarei, ritsurei....Si lon sait encore le kendo, le kyudo, il y a autant dignorant du ju-jutsu là-bas que chez nous. Quimporte, Japon restera pour nous qui y allons ou ny allons pas, qui le rencontrons ou le côtoyons à notre manière le centre même de nous-mêmes. De nous-mêmes , ... Que cherchons-nous en Ju-jutsu, en Japon, sinon, nous-mêmes, et notre propre victoire : Zen, la transmission de lidée en dehors de tout enseignement, qui ne sappuie sur aucun mot, qui est la nature même de la pensée humaine et plus spécialement pour nous au travers dune gestuelle imitative, jamais limitative. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 29 juin 2004 : CHRONIQUE N° 13 : Victoire par la paix Juger et critiquer lidéal des autres empêche laccessibilité à la sérénité indispensable à une vie heureuse. Une vie heureuse est un idéal de paix et dexistence dont le sens nest pas identique pour tous, ladmettre est une forme dintelligence et savoir aussi que certains pourraient vouloir nous contraindre à leurs conceptions est une notion de sagesse. Il importe donc de comprendre, admettre et réaliser ladage latin "si vis pacem para bellum". On hésitera toujours à tenter de forcer un homme fort. Le monde évolue et les choses changent, les époques passent, les hommes restent presque immuables, semblables aujourdhui à ce quils étaient au fond des cavernes. Le maître de Jiu-Jitsu découvre en son art le bonheur de vivre, sil veut le communiquer aux autres, souvent il ne pourra empêcher la violence, cest le paradoxe ultime, comment prôner la paix, la donner, sans blesser, diriger, ordonner. Sans doute celui qui récemment a approché le plus la voie est Morihei Ueshiba, parti du jiu-jitsu guerrier, martial, vers lharmonie des âmes et des curs. Le chemin est long et difficile. En Occident, peu sont convaincus du bien fondé de lesprit de paix des maîtres de Jiu-Jitsu dont la communication ne semble intéresser personne. Evoqués partout, les mots paix et amour sont aujourdhui vidés de leur sens, lhumanité séloignerait-elle des vérités menant au bonheur, lhumanité a-t-elle peur de découvrir la paisibilité ? La guerre est un principe régénérateur de civilisation et la paix un espoir caressé. Par le biais de notre discipline, sportive ou profondément spirituelle, allons vers cette paix, forts de nos gestes martiaux qui renversent les obstacles devant nous... chacun sur notre sentier, chemin,voie, poursuivons chaque jour cet effort de dominer le mal pour accéder au bien. Entraînons notre corps et notre esprit, vivons debout comme des hommes, en paix, sans connaître la peur du combat. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 16 septembre 2004 : CHRONIQUE N° 14 : A propos de Xian Pour ceux qui arrivent par hasard, pour ceux qui nous rejoignent, il importe sans vanité de situer lauteur... Brièvement
donc, on peut se faire une opinion de Xian en sachant quil a commencé les arts martiaux à dix-huit ans,
pratiqué quasi quotidiennement « Jujitsu » sans interruption durant
trente-cinq ans, étudiant, professant, dirigeant, quil a été
linstigateur de plusieurs cercles
darts martiaux et a écrit de nombreux articles en langue française ou
anglaise. Il est titulaire dun certain nombre de titres en arts martiaux, et principalement en ce qui concerne le jiu jitsu, il est très heureux davoir obtenu un grade de ceinture noire jiu-jitsu décerné par Georges Leroy quil remercie profondément et sincèrement pour lavoir guidé sur « la voie » et Minoru Mochizuki (récemment décédé) quil remercie tout autant pour lavoir mené au titre de Kyoshi. Courant de la première semaine du mois, vous trouverez donc ici un moment de réflexion... Les sujets
à venir dès octobre ... Cette chronique ne se veut pas magistrale, votre suggestion dun sujet à développer, qui vous tient à cur, est la bienvenue. Bonne
rentrée à tous ! A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 2 octobre 2004 : CHRONIQUE N°15 : Le pouvoir de tuer Note
liminaire. ***** Msieu, msieu demande cet autre, vous en avez déjà tué ? Combien demande un troisième... Mon maître (qui fut garde du corps dun général célèbre) et moi-même qui ce soir-là rentrait dAfrique centrale nous avons soupiré, souri et lancé assez haut et fort : Prenez un partenaire, randori, les gars
! Opérons un raccourci, saisissant pour certains, affolant peut-être mais par trop réel, jiu-jitsu est une technique, une science, un art, le développement dune philosophie qui de la nécessité de la réponse à lagression individuelle est devenu un outil de précision capable de donner la mort. Trente ans détudes sérieuses et de recherches techniques anatomiques offrent le savoir, le pouvoir de vie et de mort au postulant. La maîtrise du jiu-jitsu est la domination du pouvoir de tuer. Cet aphorisme répondra succinctement à nombre de questions sous-jacentes comme : quest-ce quun maître, voire un disciple, le Ninjutsu est-il différent du jujutsu, et plus banalement, le jujutsu pour quoi faire ? Le jiu-jitsu comme tout art martial, peut-être plus simplement comme tout art, est un révélateur impitoyable de notre nature cachée, il noffre aucune possibilité de tricherie ni de dépassement artificiel comme aller de la peur vers la violence ou du doute de soi vers la domination de lautre. Le jiu-jitsu est âme et corps du vrai budo (pour parler « moderne » puisque : comment le budo pourrait-il ne pas être vrai ?) Mais ici aussi comment savoir, comment se détromper, comment quitter lignorance ? Budo est une activité de l'amour. C'est l'activité de préserver la vie de tous les êtres, et non de tuer ou de se battre. L'amour est la déïté gardienne de tout. Rien ne peut exister sans elle. Jiu-jitsu est la réalisation de l'amour des humains. Je suis maître es jiu-jitsu, je peux le faire mourir, je peux donc le laisser vivre. Moi le premier, jutsu est égoïste ! Tuer, efficacité, la technique est-elle efficace (sous entendu : suis-je capable de me débarrasser de lautre, de le faire disparaître, de lanéantir) Pourquoi cette question revient-elle sans cesse ? Influence du cinématographe ? Demande-t-on
à un peintre si son vert de Véronèse est plus efficace que la terre de Sienne
? Compare-t-on en terme d'efficacité Ésope et Baudelaire ? Au-delà
des premiers mois, des premiers émois, on cherche selon lécole que lon fréquente, un style le plus efficace
qui soit, selon son idée personnelle, pour combler un désir inconscient de
domination sur son entourage. La notion est bestiale, essentielle à lévolution de lespèce, à sa survie, dès les premiers
jours. Nous avons le désir de dominer. Puis, il y a la découverte primaire : L'art du combat est l'art de détruire la vie. Plus lespèce salourdit, (à quand les dix milliards dindividus sur notre bout de terrain vague ?) plus la notion de survie se modifie, la raison sinfiltre, les raisons prennent le pas sur les émotions. La survie individuelle aujourdhui passe essentiellement par la compréhension de la survie collective, je peux rester moi, je peux même être seul mais, seul avec tous les autres sur le radeau commun ! Je vis parce que dautres vivent. Je passe de la nécessité de dominer à celle de protéger légalité. Cest sans dominer que le maître est. Vouloir dominer lautre est indice dun piétinement évolutif spirituel navrant. Nous sommes égaux. Nous lavons toujours été et nous ne le savions pas, il a fallu comprendre les agressifs et les lâches, les couards et les téméraires, les hommes et les fous de dieux. Des maîtres orientaux des temps anciens ont étudié le combat. Ils en ont fait un art. Ils ont élaboré des techniques gestuelles de lutte d'une grande efficacité quils ont combinées à la compréhension de lénergie vitale. Pour eux, le Ki (japonais). Cette découverte est de tous temps et de tous lieux, des forêts gigantesques équatoriales aux lichens rares de toundras nordiques, partout lhomme sest battu, a étudié la guerre, a mis en pratique des techniques pour attaquer et se défendre de lui-même. Les mêmes gestes ont existé en pays de Loire, chez les Iroquois et en Cochinchine. A lagression ont répondu des études de protection, des gestes techniques, des automatismes, des méthodes... les temps se civilisent, on fit faire à loutil ce que les mains ne faisaient plus, au lieu détrangler, on perfora, on pourfendit puis on séloigna, larc, larbalète, larquebuse, la rocket « propre », partout on nomma des pratiques, on les déguisa plus tard en gestes religieux, en activités sportives. Ju Jutsu néchappa à la norme que parce quil était insulaire, éloigné et quune civilisation différente sétait développée dans larchipel. Larrivée de Perry remit les pendules à lheure, on allait faire de lhumanisme, du sport, un homme de son époque pensa que les vieux maîtres étaient ... vieux...Jigoro Kano et le modernisme japonais tentèrent de bousculer des techniques pour les enfermer dans des règles, démontrer que ces pratiques étaient obsolètes, querelle habituelle des anciens et des modernes, provisoirement enlevée par les adeptes du sport, ce fut un grand bien, Pearl Harbor et Nagasaki démontrèrent à suffisance que le sport pas plus que la musique nadoucit les murs. Les maîtres survivants décidèrent donc de poursuivre leur chemin prenant en compte lévolution du monde strictu senso plutôt quà croire fadaises et politiques. Et précisément, cette évolution rejoignait leurs pensées profondes : si vis pacem para bellum nest pas antonyme de liberté, égalité, fraternité. On peaufina donc le jiu-jitsu, chacun sa méthode, certains se donnèrent pour mission de concentrer, de résumer, de démontrer que la complexité pouvait se simplifier, ils affirmèrent haut et fort : Jiu-jitsu existe. Jiu-jitsu actuel nest pas plus identique à celui de 1450 que la carriole des rois fainéants ressemble à la Rolls de la reine dAngleterre. Le monde évolue et les choses changent, le but est resté identique : pour le moyen de transport, simplement se transporter, pour le jiu-jitsu, simplement rester en vie, en vie heureuse et en bonne santé. Lennemi ciblé fut mon autre moi-même, sans oublier lautre, sans être naïf, sans rousseauisme. Ayant acquis ce pouvoir, il ma été proposé de lenseigner. Je nai pas enseigné le pouvoir de donner la mort. Celui qui apprend à donner la mort sengage dans une voie dauto-destruction. Le pouvoir de tuer est celui de garder en vie, rien à voir avec la capacité de tuer. On ne vient pas au dojo pour cela. Des tueurs, jen ai connus, jen vois même tous les jours. Ils sont dans les réunions daffaires, au bal, dans les salles dattente, sur les trottoirs, un geste un regard, une attitude, je peux jurer être face à un tueur. Un tueur qui, les circonstances ne sy prêtant pas, ne tue pas. Ils sont bons maris, bons pères, bons patrons, bons fils, ils attendent patiemment la révolution, lattentat, la guerre, parfois seulement la radio du voisin qui tonitrue. Tout un peuple peut se lever un matin à Kigali et génocider un million de voisins... Garder en vie, cest atteindre un niveau technique où le mental et lefficacité physique ne se manifeste plus dans la destruction de lattaquant mais dans lart de sauver deux vies : la sienne, la vôtre. Le pouvoir de tuer amène à la coexistence pacifique et harmonieuse dont le secret réside précisément dans ce pouvoir dorienter à sa volonté pensées et actes, forces et potentialités vers un comportement de maîtrise des forces vives et daccès à lamour universel. Alors, quand on a compris le pouvoir de tuer, alors on a compris le sens de la vie. Lorsque lhomme spirituel a dépassé les aspects émotionnels, physiques, mentaux, moraux et intellectuels, alors est la sagesse Budo. Cest de cette sagesse née de lart quelconque, ici jiu, ailleurs nin, aïki, ken, que naît lhomme capable de diriger ses connaissances et ses techniques vers une finalité supérieure : la compréhension mutuelle, lamour, la paix. Tout individu peut arriver ainsi à développer ses capacités essentielles pour le bonheur universel. Pratiquer JUTSU est un bon chemin. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 1er novembre 2004 : CHRONIQUE N°16 : Doju (Le nage-waza est lun des trois piliers du jiu-jitsu) Ju après
do. On est entré
au dojo, roide, un matin ou un soir, un
jour on sent quelque
chose, un premier degré de maturité, le maître vous a accordé un grade, il a
remarqué vos progrès dans lindissociable
unité de la technique du corps et de lesprit.
Pour lui, vous comprenez Taï. Le maître actuel de Jiu-Jitsu nest pas très connu, il ne passe pas à la télévision, il ne produit pas de cédé de dévédé de véhachesse, il na pas une aura médiatique, il se moque des modes des faux semblants des champions sans lendemain. Par la finalité quil donne à son jiu-jitsu, il refuse de le voir suivre les chemins quont empruntés avant lui ses disciplines filles, ceux de la fausse notoriété, ceux de la compétition par exemple, au bout desquels le savoir se mesure à la seule puissance combative physique et régulée, sans considération aucune pour la maîtrise des formes directement liées à lépanouissement et à la liberté de lesprit. Le surgissement de la compétition sportive (ersatz ridicule du combat ! - Il n'y a pas de combat en jiu-jitsu moderne, combattre signifiant s'entre-tuer) comme finalité dans les arts martiaux, la tendance à privilégier une pédagogie intellectualiste de leur enseignement, leffort pour les couler dans le moule des institutions, des administrations, des magasins de diplômes officiels en leur enlevant toute leur spécificité (lart martial nest pas un sport ou alors la définition du mot sport est à revoir !), ont très rapidement conduit à les dessécher, à les congeler, à minimiser leur richesse en les ramenant au niveau de gestuelles vides et insensées. Jiu-jitsu tends à vous mener à montrer, en toute occasion, la suprématie de lesprit sur la matière, et daffirmer sa supériorité par des actes de bienveillance ou encore de réfréner en soi le désir instinctif et viscéral dimposer sa loi par la force. Cest parce quil sait que la violence est potentielle en chacun de nous quil se refuse à nier son existence, tout comme il entend ne pas baisser léchine devant elle en faisant de sa pratique une simple activité dexpression corporelle. La réalisation en souplesse d'un ensemble de techniques, toujours en accord avec la forme d'attaque, en une série fluide de mouvements, révélait déjà dans l'art du combat des élèves de lécole Kito, la présence d'une autre dimension que celui de laffrontement bestial, cétait celui de l'accord, de l'harmonie. Certains, dont Jigoro Kano, comprirent, au travers des techniques sophistiquées et souvent difficiles à apprendre du jiu-jitsu de l'école Kito qu'ils fréquentèrent, la possibilité d'appliquer ce principe d'harmonie, non seulement dans le cadre étroit du combat réel, mais à l'ensemble des relations de l'individu avec l'univers. Ainsi, ils découvrirent et perfectionnèrent le principe de non-résistance. Ce principe est le plus souvent mal compris par les Occidentaux, fonceurs bouillants et brouillons souhaitant saffirmer par la force de leurs muscles plus que par la puissance de leur intelligence. La non-résistance est parfois dénigrée et confondue avec une certaine forme de passivité, de résignation face aux événements. Cela provient en général de ce que nous jugeons dune technique en constatant son efficacité sinon à détruire ladversaire, au moins à le soumettre et que nous appliquons des principes contraire à lexercice des sports. Cette manière de penser conduit inévitablement à trier arbitrairement et les candidats et les méthodes de préparation en fonction de la performance sportive elle-même et des qualités exigées pour sa réalisation et son amélioration. La dimension humaine disparaît. La compétition en techniques dapprentissage du jiu-jitsu est utile et nécessaire, cest l'occasion pour l'individu de développer qualités physiques et morales et d'améliorer la technique; sur un plan beaucoup plus général, la compétition est synonyme de meilleure compétence, elle ne sert en rien pour en tirer quelque gloriole individuelle. La compétition que nous pratiquons na pour but que de nous démontrer la réalité de nos propres principes de non résistance, si difficiles à maîtriser. Si les qualités de souplesse, élasticité, flexibilité et la faculté d'adaptation sont primordiales en jiu-jitsu, leur exercice exige une attitude fondamentale cohérente devant les événements quels qu'ils soient. La pratique du judo et donc de la compétition de judo est une démarche des plus intéressantes sinon primordiale pour lapprentissage du jiu-jitsu, il ne me semble donc pas possible de qualifier de jiu-jitsu ces disciplines actuelles qui font limpasse sur quelques mouvements de projection (ou inversement qui imaginent pratiquer cette science parce quelles enseignent de bâtards mouvements dimmobilisations sportives soumis à des règles de conduite). Ne confondons pas le nage waza de notre étude avec du judo dont l'unique recherche des performances a terni l'idéal, comme elle a terni l'idéal du sport. Et rappelons-nous que jiu-jitsu nest pas un sport, cest une voie, un chemin, un mode de vie. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 2 janvier 2005 : CHRONIQUE N°17 : À quoi bon l'art martial ? Cest
pour affronter des dangers personnels pouvant nuire à leur intégrité physique
que les Japonais ont perfectionné des techniques locales ou importées et les
ont nommées : arts martiaux. Alors ? Ces dangers sont remplacés par dautres, sournois, insaisissables. Nous en avons pris une telle habitude que nous ne réalisons pas à quel point lagressivité est présente dans notre quotidien, de plus en plus. Pourquoi renoncer à nos plaisirs factices, pourquoi nous aliéner un voisin qui nest que peu troublant, pourquoi se fâcher alors que lon peut parler, admettre, discuter. Ah ! Discuter ! Lagressivité daujourdhui cest limage télévisée porteuse dun message truqué,
tronqué, le dragon
qui empêche la conquête du graal est la société qui me demande de croire en
elle et non en moi. Lhomme qui veut régenter toutes les lois naturelles a donc prescrit, par exemple ... « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de se famille, notamment pour lalimentation, lhabillement, le logement, les soins médicaux nécessaires». (Déclaration Universelle des droits de lHomme, art 25) Lhomme, mon ami, parcourt donc les rues et les routes, automatiquement, sans but réel issu de sa propre volonté, pas même la répartition de son temps ou de ses actes. Mon ami est tellement conditionné à cette vie quil ne voit plus quau travers de lucarnes scintillantes, ne trouvant en lui rien qui lui permette de croire à la vie. La vie est alors remplacée par la mort. Certains ne veulent pas mourir. La pratique des arts martiaux est un chemin adéquat pour tenter de répondre aux questions, aux folies sociales, aux excès. Oser compromettre léchelle des valeurs ! Oser remettre le corps et lâme en avant ! La société actuelle, de plus en plus dangereusement religieuse, noffre aucune chance de survie à lindividu, cest contre ses pratiques que se dresse notre art martial, le jiu-jitsu. Cest en lui que nous puisons la puissance dêtre nous-mêmes. Les arts martiaux ne sont pas que de guerre, martial signifiant ici, en lart, une docte philosophie de vie où existent aussi des refuges de douceur : chanoyu, ikebana, calligraphie ...des philosophies où toute la maîtrise est en soi, où lon est soi sous et en dehors du regard des autres. Acquérir la maîtrise, être bien. Être bien dans sa peau est une définition que lon croit personnelle et qui nous est pourtant dictée par léducation, lambiance sociale qui nous entoure et lhérédité génétique. Le jiu-jitsu est japonais à lorigine, le nôtre est devenu occidental, il a gardé laspect self-défense mais il se veut darriver à la perfection de la maîtrise du comportement humain, cest notre but ultime. Laffirmation de lesprit sur le corps et non au détriment de celui-ci ou de celui-là. Lart martial a plus que jamais sa place dans notre société évolutive et doit puiser sa vigueur dans une adaptation permanente aux changements inévitables, la tradition nest là que pour cerner les déviances, elle nest pas là pour brimer les lendemains. Lhomme est en perpétuel déséquilibre, qui donc mieux que nous pratiquants pouvons comprendre tout le profit à en tirer. Les moments de vie sont transitoires, comme les techniques que nous apprenons, rien nest répétitif, pas même le six centième hane goshi de la semaine, tout est évanescent, la tentation moderne de vouloir se rapprocher de la nature ou de conserver dantiques traditions prive lhomme actuel de son aptitude à vivre ici et maintenant. À quoi bon lart martial ? À vivre bien ici et maintenant. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 14 février 2005 : CHRONIQUE N°18 : Gestuelle contre assujettissement social A ceux qui viennent... La technique du jiu-jitsu nest pas importante, ce qui est important, cest de ressentir jiu-jitsu dans le cur de son esprit. (Ex citatio Ryuko Okuyama). Xian, la passion de la recherche de la gestuelle idéale ... A la base, lecture et pratique dun ancien : Georges Hébert, ensuite les redécouvertes de Minoru Mochizuki, par le détour de lenseignement de Georges Leroy et de Moshe
Feldenkrais.... Lhomme est formé par lhérédité, léducation,
lauto-éducation. Seule cette dernière composante
est volontaire et personnelle. Il ny a
donc que sur elle et par elle que lon
peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent. Tout se passe comme si lindividu, conscient de son impuissance devant les inquiétudes, les angoisses légitimes de lhomme actuel, parfois incapable à freiner ses pulsions, à contenir sa violence au milieu de circonstances de plus en plus traumatisantes, se désintéressait dun avenir collectif quil presse de plus en plus étouffant. Sans cesse, la tête lourde, courbé vers l'avant, le regard éteint, mon frère l'homme des villes du monde avance vers la fin d'une vie qui ne semble jamais avoir commencé. Quelques fois, l'un d'entre eux entre au dojo. Bienheureux, il entre dans un monde où lavenir existe parce quil est construit par lhomme pour lhomme, en connaissance de cause, lhomme réel, bon et méchant, avare et prodigue. Si le dojo est des « nôtres », là plus quailleurs encore, il lui sera proposé jiu-jitsu, un art gestuel, une vie du corps, la découverte de soi-même et des autres. Lhomme nest pas destiné à vivre uniquement replié sur lui-même ou enfoui dans la masse. Ce nest quen donnant quil trouve son équilibre et le sens de son existence. Le refus de donner est déjà une sorte de maladie. Lhomme à qui la société enlève la réelle dignité dhomme nest le centre de rien, et surtout pas de lui-même. Il est éparpillé, le matin nannonce aucun renouveau, rien dans la journée na dintérêt pour lui. Il a toujours le sentiment que, quoi quil entreprenne, il ne fait que répondre à la demande de plus en plus oppressante des autres. Dans la rue, il nose flâner, car pour le faire il faut être convaincu de soi-même. Sil sarrête, il se croit obligé de prendre laspect dun homme saisi par une curiosité soudaine. Il ne réagit quà des sollicitations officielles et passe son temps à cacher ses rêves et ses désirs secrets, tout ce qui pourrait lapparenter à un homme fort. Jiu-jitsu calme les tensions du corps, apaise celles de lesprit. Jiu-jitsu bien enseigné apporte la maîtrise du savoir faire gestuel, vitale au combattant féodal dautrefois, transformée en maîtrise de soi authentique du pratiquant sincère daujourdhui. Apprendre à réussir... sans intention de réaliser des performances, apprendre beauté et nécessité du calme et de la détente, donner la précision du katana au geste simple puis à la pensée qui le sous-tend... Jiu-jitsu arts martiaux- nest pas la panacée universelle du bonheur et de la grandeur dâme... mais cen est un beau et agréable chemin... A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 16 mars 2005 : CHRONIQUE N°19 : Ainsi donc le printemps nous revient et avec lui nombre de bonnes résolutions : mettre en pratique tout ce que lon avait décidé à la rentrée et que lon na pas fait pour toutes les bonnes raisons que lon connaît. Les lecteurs de ce site et ceux du forum 100% ju-jutsu sont pour la plupart pratiquants plus ou moins actifs de cette étrange discipline dont on parle ici en long et en large, le jiu-jitsu. Il convient sans cesse de cataloguer les pratiquants en trois grandes catégories, sans jugement de valeur : ceux qui pratiquent pour faire un sport, peut-être même sy épanouir en devenant un « champion », ceux qui viennent pour la partie visible la plus importante : lautodéfense, enfin, lensemble des autres qui y trouvent ce quils y apportent : eux-mêmes. Tous respectables suivent des chemins parallèles issus dune branche commune qui souvent est ignorée du pratiquant, qui parfois leffraie, le choque même tant les concepts des siècles précédents sont peu en harmonie avec la vision occidentale actuelle de la civilisation et de lhumanisme. Pratiquer jiu-jitsu moderne oui, entrer en harmonie avec lhumain : oui, être angélique, non ! Le chemin du jiu-jitsu est celui de la voie de la vie réelle. Il ny a rien de virtuel rien de mystérieux. Pour tout un chacun, jiu-jitsu est surtout un ensemble de techniques gestuelles mémorisées et répétées. Alors que loccidental moderne retrouve sans cesse le chemin de laffrontement par les biais les plus étonnants, il est bon de restituer une vérité évidente : dans la pratique du jiu-jitsu, il ny a pas de place pour la compétition ou de vaines épreuves de force. Les pratiquants sont partenaires, ils se retrouvent sur le tapis resté ou devenu tatami, non pour se battre, mais pour saider mutuellement à comprendre et apprendre leur corps, leur perception de lespace et celle plus importante de la vie, le respect de la vie, la leur et celle de lautre. La connaissance apporte la compréhension et permet ainsi duser de la technique pour vivre, survivre si nécessaire. Au cours de cette chronique mensuelle, je privilégie comme on a pu sen apercevoir lapproche holistique des arts martiaux qui met laccent sur un des plus importants principes fondamentaux : la principe dunité entre les éléments intérieurs et les éléments extérieurs à la personne, sur lunité et la coordination entre les aspects externes (physiques) et internes (mentaux). Il nest pas question pour moi dy inclure des bribes orientaux religio-philosophiques. Toute mon approche est cartésienne et actuelle. Cette démarche, qui je lespère, ravit les lecteurs, ne leur donne pas satisfaction quant à la technique gestuelle en soi. Comme il nest pas question de créer ici un « cours » ou un syllabus, je pense apporter au pratiquant des informations intéressantes concernant des techniques et gestes disparus des études modernes pour des raisons valables, sincères ou non de sécurité individuelle ou morale. Ceux qui sont venus à nous pour lapproche sportive, et ses aspects stimulant la santé physique et mentale, donnant dimportance au plaisir et à la compétition ne seront pas en reste, peut-être trouveront-ils ici des éléments leur permettant de se perfectionner tout en respectant les règlements « officiels ». Ceux pour qui lapproche est utilitaire y trouveront matière à réflexion, positive et négative, comme il se doit quant à lefficacité et lapplicabilité des techniques lors dun vrai combat (lautodéfense). Il est nécessaire pour clarifier les esprits de décider dune sorte de ligne de conduite pour énoncer la litanie des gestuelles, je reprendrai donc celle de Jigoro Kano, parlant donc de lancement de jambes, dabord, évoluant ensuite vers la projection de hanche pour glisser aux sutemi, rebondir en atemi, bloquer en strangulation, conclure par la fin du combat qui na jamais existé. Première approche dans une semaine : o soto gari (voir ICI). A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 19 avril 2005 : CHRONIQUE N°20 : Randori De nombreuses questions restent souvent sans réponse quant à la compétition de jiu-jitsu et tout un chacun possède mille arguments pour ou contre. La compétition telle quelle existe aujourdhui sera abordée lors dune prochaine chronique. Il me paraît important, en préalable, de revenir sur la partie nécessaire de létude et de la pratique dun art martial que constitue le « randori ». Jai pensé quil était bon de remettre à lesprit le mot randori et sa signification. Souvent, et en particulier chez les judokas « compétiteurs », le randori est une sorte de compétition plus ou moins simulée. La plupart du temps, pour le spectateur profane, le randori est bel et bien une compétition, une joute. Bien entendu, il nen est rien. Le randori est, à mon sens, la pratique libre de lassaut consensuel instructif et totalement libre durant lequel chaque partenaire suit le libre cours de son impulsivité, cherchant à appliquer les principes quil a étudié et à comprendre ceux auquel tente de le contraindre son partenaire. Cest parce quil sait que la violence potentielle existe en chacun de nous que le pratiquant doit se refuser à nier son existence et cest parce quil est un homme actuel, civilisé et responsable, quil entend ne pas se laisser emporter par elle. Pour conquérir ce pouvoir de maîtrise de violence réelle, le pratiquant sest lancé dans létude dune gestuelle séculaire née dune violence des plus meurtrières, fascinante et libératrice dangoisse. La gestuelle sans approche de la finalité nest rien quune partition de musique que ne suivrait aucun instrumentiste. Le randori est cette application symphonique qui situe notre geste et nos connaissances dans la gamme des exécutions possibles. Le randori nest pas un combat dhommes mais un rapport de chacun des partenaires à lénergie quil utilise pour se situer dans lespace conflictuel et lordonner. Le randori est une technique détude et de mise en application des principes basiques et décomposés de notre apprentissage qui permet de communiquer notre volonté dapaisement et de faire disparaître les tensions mesquines, haineuses, aigres qui conduisent aux éclatements destructeurs. Le randori est létude de la COMMUNICATION. En jiu-jitsu, on peut penser aujourdhui que la « méthode » dapprentissage incluant le randori est née au XVIIème siècle au Japon par larrivée dun courant de pensée extérieur ( Au Japon, qui est une île, tout vient de lextérieur pour y être malaxé, peaufiné, poli, décomposé et reconstruit à la perfection) issu de lécole chinoise préconisant lintuition dans les formes de combats mano a mano. Le randori est linclusion pratique dans les recherches denchaînements de techniques de « lesprit vide ». Cest la poursuite logique de lapplication de lintelligence habile de la gestuelle. Le randori permet au pratiquant de vérifier la justesse et la précision de ses techniques de force statique et de mettre en application ses principes du développement de la force dynamique. Le randori permet de se situer au mieux dans le cours des explications et démonstrations qui le plus souvent nous ont appris « comment » mais pas « pourquoi ». Le jiu-jitsu, derrière ses techniques apparentes possède, comme tout art, des petits secrets de chacun qui feront ou ne feront pas opérer la gestuelle apprise en exercice dassaut réel voire en défense vitale. Le randori est le moment pour perfectionner les mouvements qui conviennent à notre morphologie et à notre manière personnelle de se déplacer dans lespace. La pratique au dojo du randori est une pratique libre qui ne peut être soumise à arbitrage ou à réglementation, pour être profitable, la technique ne peut devenir « un jeu harmonieux » où les enchaînements forment un ballet des corps, ce qui est spectaculaire et très intéressant au niveau de lesthétique et de la recherche de la souplesse mais ne peut apporter quune confusion quant à « lesprit du jiu-jitsu » qui est, je le reprécise : La victoire sans combat. Bonne pratique à tous, à bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 21 mai 2005 : CHRONIQUE N°21 : Progresser en jiu-jitsu ? Progresser
en jiu-jitsu ? (Avons-nous une auto-perception de notre position au sein de
cette philosophie ?) Allons-nous retomber dans la querelle des anciens et des modernes, des pour ou contre les ligues et fédérations, des pro-compétitions ou des anti-spectacles, le jiu-jitsu est-il un sport, pratiquons-nous une philosophie gestuelle ? Le discours est universel et les réponses aussi multiples que nous sommes êtres vivants et même décédés, on fait parler les morts, on leur fait dire nimporte quoi, ils ne peuvent pas répondre nous serions dailleurs extrêmement surpris si tout à coup ... Pour agir ou nous développer de façon créatrice, il nous faut commencer là où nous sommes, tout entier avec notre bagage actuel et nos défauts présents : Ici et maintenant sans réserve et sans regret. Faute d'acceptation de soi, nous sommes en divorce perpétuel avec notre point de départ, toujours en train de nous méfier de tout et de rien. Progresser en jiu-jitsu est progresser en soi, en vie. En dehors de soi-même très égoïstement et en vertu dun tel principe conçu comme fondement de la pensée et de l'action, toute tentative de discipline morale ou spirituelle demeure le combat stérile d'un esprit scindé et de mauvaise foi, cest la difficulté première que rencontre ladepte de jiu-jitsu. Notre discipline charrie moult ambiguïtés pas toujours simples à appréhender et dont profitent ceux que jai nommés dans une série de chroniques parues au début des années soixante-dix : les marchands de saucisses, gourous et faux maîtres. La réalité
est daccepter dêtre le très imparfait
que nous sommes et doser nous situer très exactement ici et maintenant sans
fausse vanité. Nous sommes un faisceau de différentes perceptions qui se
succèdent avec une inconcevable rapidité qui sont dans un flux et un
mouvement perpétuel, nous camper sur des jambes solides et avancer sereinement
en notre discipline est un premier pas encourageant. Il est plus malaisé à
réaliser quà décrire. Il faudrait pouvoir définir,
définir cest fixer, la vie est mobile, le jiu-jitsu est donc
complètement fluide. Autrement, que de désillusions ! Des
désillusions, dans tous les domaines, on ne se remet pas toujours. La faute
vient de ce que l'illusion était fausse. Avoir un but c'est avoir une motivation, permanente, un «centre magnétique» (tout ce qui correspond au but est capté), une joie réelle et solide. Comment savoir où l'on va sans but ? Le «qui suis-je, où vais-je, où cours-je ? », fait rire mais c'est aussi sérieux que la vie elle-même. Et si dans la vie on peut jouer, la vie n'est pas un jeu. Alors, en définitive, faut-il passer chez des maîtres «prestigieux », faut-il accéder à la championnite ? faut-il vouloir progresser ? La
réponse à la troisième question est affaire de personne, de personnalité, denvie dune telle vie ou dune telle autre,
daccrocher jiu-jitsu à son quotidien propre. Lorsqu'un Disciple est capable d'enseigner, le Maître se doit de le lui dire, le patronner, le protéger, l'adresser vers d'autres Maîtres plus spécialisés. Si le Disciple décide de lui-même d'enseigner, il se coupe de toute possibilité de gravir les étapes supérieures dans le giron dun Maître mais peut découvrir dautres facettes de son art. Bien sûr, ce ne sera pas avec des grades délivrés par des amis complaisants que les portes des étapes supérieures s'ouvriront. Ainsi peut-on compter le petit nombre de ceux qui sont de vrais Maîtres et font du véritable « Art Martial » actuellement dans le monde. Heureusement
il y a lensemble des élèves qui souhaite
simplement vivre auprès dun enseignant compétent et y trouve sa
satisfaction. Ceux qui progressent se repèrent facilement : il y a les
ambitieux qui ne sont pas intéressés et des intéressés qui ne sont pas
ambitieux et puis quelques uns qui aimeraient « réussir en compétition ». Je ne vais pas expliquer ici pourquoi il ny a pas de compétition possible en jiu-jitsu mais il faut admettre quil y a des techniques sportives dérivées et agréables à pratiquer, intéressantes même, on peut y devenir un vrai champion (ce qui à mon sens ne correspond pas nécessairement à devenir un escaladeur de podium) Je reviendrai sur ce sujet dans la prochaine chronique qui sera : Le mental du gagnant. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 15 juin 2005 : CHRONIQUE N°22 : Le mental du gagnant. La première raison dêtre dune pratique martiale (et avant toute considération dordre philosophique) est tout simplement de proposer un moyen de survivre à une situation conflictuelle dune violence extrême, cette assertion est la raison principale de mon opposition à lusage de termes tels : sports de combat et compétition. De longues séries de chroniques peuvent argumenter positivement ou non à ce propos. Ce nest pas pour autant quil faut dénigrer voire supprimer les shiaïs et autres kumites, assauts dirigés ou libres et de leur donner un certain piment, doffrir quelques récompenses à celui qui est choisi comme « vainqueur » de joutes amicales. Ces joutes se doivent dêtre comprises comme il se doit : des exercices de vivacité physique et intellectuelle et ne peuvent sinscrire dans aucune sorte de concours à la championnite selon les théories actuellement en vigueur dans le monde financierolympique. De toute évidence, si lon ne peut dans le cadre du jiu-jitsu, insérer la notion de compétition sportive, il nen ressort pas moins que les joutes que lon peut tenir se doivent dêtre dans le cadre et lobjectif de la discipline elle-même, il va donc sans dire que si lon participe, il faut participer « réellement », aller au simulacre de combat comme au combat, porteur dun mental de gagnant. Ce mental na rien à voir avec le gain dun titre, dune reconnaissance de supériorité par un public, de flatterie du "moi". Le piège en jiu-jitsu est plus subtil quen bien dautres disciplines, il est le concentré de tous les paradoxes, maintes fois évoqués, rarement compris et acceptés, des arts réellement martiaux, évoquant par définition la violence pure, brutale, totale. Lambiguïté est plus grande encore ici quailleurs puisque on ne peut avoir envie de "jouer" au combat quà condition de ne pas se prendre au sérieux. Jouer à échanger des techniques en gardant lesprit du jeu est possible, intellectuellement et physiquement mais est-ce souhaitable, au sens où chaque mouvement, chaque gestuelle est apprise pour être appliquée sans commune mesure avec le « jeu ». Il existe une version jiu-jitsu qui accepte volontiers les aspects « sportifs », cest pour nous pratiquants, quasi un débouché normal à une violence contenue : le judo. Le pratiquant de jiu-jitsu est obligatoirement pratiquant de judo et le judo est bien un jiu-jitsu adapté à la modernité de la pratique gymnique dun sport. La volonté de Jigoro Kano et de ses successeurs affirme clairement cet état desprit. Le mot jitsu accolé à karaté ou à dautres vocables nest quune idée moderne commerciale, elle na pas de sens actuel ailleurs que précédé du mot jiu. Il me faut donc en arriver à avouer que le titre de la chronique est aussi ambigu que notre discipline, « Le mental du gagnant » nest pas réservé au compétiteur, au sportif, au spécialiste : le mental du gagnant se gagne par une pratique sinon quotidienne du moins régulière et ininterrompue, par des heures passées à peaufiner un détail, un soupçon de respiration, un geste daspect anodin. Le jiu-jitsu bien compris, bien pratiqué doit amener à ce mental de gagnant, de gagneur, de « je vais vaincre lobstacle », il ne sagit pas daffronter nimporte quoi nimporte comment mais de découvrir dans la pratique au dojo les chemins de la vie de chaque jour, savoir où quand et comment agir en roulant en voiture, en parlant à son patron, à son épouse, à ses enfants. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 14 janvier 2006 : CHRONIQUE N°23 : Jiu-Jitsu versus Judo ou vice-versa... Le discours est philosophique et non avenu, le judo étant du jiu-jitsu. Linverse nest pas vrai en ce sens que le jiu-jitsu est un art complet, origine des arts martiaux japonais. Le jiu-jitsu moderne ne senseigne plus comme celui dautrefois, il ny a là quune évolution naturelle à toute discipline du corps et de lesprit. Plus particulièrement, le jiu-jitsu étant encore considéré par de nombreux adeptes comme une forme dautodéfense ce quil est, mais pas uniquement, il est encore souvent très dissocié du judo qui dans de nombreux cas est perçu seulement comme un sport de compétition. Du fait de ces considérations, et par la mauvaise interprétation que le grand public sest laissé donner par des marchands de diplômes et autres décorations dont sont avides les Anglo-saxons et nombre dEuropéens, la tentation a été grande pour de nombreux disciples et nouveaux professeurs dart martial de créer de nouvelles sortes décoles, de cercles, dassociations, de fédérations dissociant le jiu-jitsu du judo, certains allant même jusquà promouvoir des méthodes de soi-disant karaté et autres styles mongols ou thaïlandais sous le nom de jiu-jitsu. Contrairement à ce quil se laisse entendre actuellement, il ny a pas eu opposition au Japon entre les écoles de jiu-jitsu et le judo. Il ne faut pas confondre une rivalité commerciale ou philosophique entre Jigoro Kano et les maîtres de styles divers existant en fin du XIXème siècle avec une dissociation judo jiu-jitsu. Les techniques des anciens styles du Jiu-jitsu pouvaient être divisées en diverses catégories, mais le système de Randori du Judo Kodokan, dans lequel des pratiquants se saisissent, se compose des Nage waza (techniques de projection) et Katame waza (techniques de bloquage). Lensemble des techniques du judo se retrouve codifié dans une dizaine de « kata » qui ne sont autres quune sorte de grammaire dapprentissage. Le site « web » (cela veut dire ceinture !) 100% jutsu et de nombreux autres sites « confrères » donnent certaines idées concernant lhistorique judo et jutsu. La plupart, fortement influencés par le système du judo Kodokan « oublient » que le mot judo se retrouve il y a plus de 400 ans au Kolinkaï et que sous ce vocable ont été enseignées des techniques de projection et de frappe. Il convient donc de différencier ici lenseignement du jiu-jitsu « retrouvé » et celui qui est resté semblable à lui-même tout en évoluant, depuis 1889. En France et dans quelques pays, le judo sportif a, durant cinquante ans, complètement occulté lart duquel ledit judo est issu (les projections du Tenshin Shinyo). Devant la multiplication des recherches faites collatéralement par des anciens élèves de Mochizuki, Abe, Abbe et autres, devant la possibilité pour des Européens de voyager plus facilement en Extrême-Orient, devant larrivée en France délèves pratiquant judo sportif et jiu-jitsu réel (Anglais, Allemands, Belges, Italiens et Hollandais), devant les démonstrations impressionnantes de Plée (Karaté) et des Américains de la côte Est influencés par les Chinois de Hong Kong, le champion français Bernard Pariset a tenté de réintroduire une notion en voie de disparition ... celle des atemis. Pour mémoire, les atémis ont été enseignés au Kodokan sans discontinuer, sans connaître lexistence des techniques de karaté et autres, depuis sa fondation jusqu à nos jours. En suite à Pariset et à de nombreuses tentatives de restituer au jiu-jitsu une aura populaire perdue, la direction de nombre de ligues de judo a décidé de « réintroduire » lenseignement « officiel » du jiu-jitsu, cest évidemment une excellente initiative à laquelle nous ne pouvons quapplaudir. Il importe donc de ne pas soffusquer des différences denseignement, de niveau, de buts intermédiaires mais de penser JU-JUTSU. Il est donc logique quexistent des « mouvements nouveaux », des gestuelles « modernes ». Elles ne mettent pas en opposition les judokas et les gens qui pratiquent du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu évolutif par lui-même ou sous limpulsion de pratiquants de judo sportif se côtoient et créent ensemble un jiu-jitsu actuel. Les anciens travaillaient sur de la terre molle, plus tard sur des tapis de paille, ensuite des matelas de riz compressés... et dans la rue, le macadam remplace le gravillon, dans lherbe ou sur les rochers, le taï sabaki de lancien était fatalement différent de celui daujourdhui. Lévolution est normale et il faut bannir de la pensée le mot technique traditionnelle. Il ny a pas de tradition correcte, le monde évolue sans cesse, les interprétations diffèrent, les techniques changent. Cela ne veut pas dire quil ne faut pas commencer par le commencement et la connaissance des intégrales et du calcul quantique nest possible quen sachant additionner et multiplier... Ne pas confondre base fondamentale et tradition et donc ne pas opposer judo et jiu-jitsu. Comprendre aussi que lon peut « inventer » du Karatéjitsu, du Goshinbompa jitsu du Machinjitsu, ce ne sont que des noms décole, si lenseignement comprend lensemble des techniques judo fondamentales : 85% de létude est en bonne voie ... le reste... Ah ! le reste ... Cest vous. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 3 février 2006 : CHRONIQUE N°24 : Atéwaza. De nombreux pratiquants actuels se posent des questions concernant le Karaté jitsu dont on les entretient et mille autres variantes à base orientale coréenne, indonésienne, ... comme on ne connaît rien, on mélange tous les genres et lon imagine avoir inventé quelque chose. Nombre décoles aux noms ronflants et aux maîtres bardés de titres enseignent de simples techniques brutales nayant quune vague relation orthophonique avec le principe original de la souplesse du jiu-jitsu (art de la souplesse céder pour vaincre) et encore moins avec les magnifiques techniques compliquées et semblant irréelles du jiu-jitsu. Si le karaté est lart de la main libre, originaire dOkinawa, latéwaza du jiu-jitsu est lart dattaquer les points vitaux par pression, percussion, pincement et autres torsions. Les attaques de latéwaza enseignées au Japon depuis, au moins, le 17ème siècle sont parties intégrantes du jiu-jitsu, elles le sont restées tout autant à lécole de Kano (le Kodokan) comme à celle de Ueshiba (lAïkikaï). La pratique de latéwaza ayant pour but la mise hors combat dun adversaire par paralysie, évanouissement, syncope, elle fut exclue en Occident de la pratique du judo et de laïkido. On en arriva ainsi à l « oublier » de telle sorte que latéwaza ne fut plus au programme, pas même des quatrièmes dan et plus du judo ou de lensemble des cours daïkido. Cest probablement ce fait qui conduisit certains pratiquants vers le karaté, lesquels se réorientèrent ensuite vers le jiu-jitsu. Latéwaza comprends des techniques diverses dont la plus connue est latémi. Un atémi de jiu-jitsu est un coup frappé qui percute un point précis du corps de manière inattendue, y provoquant une inhibition qui permet à Tori denchaîner immédiatement une technique quelconque de maîtrise, au cas où, volontairement ou non, latémi nait pas été « définitif ». On peut voir dans notre discipline une technique de dissuasion, un apprentissage du combat en vue de communiquer un certain sang-froid qui nous épargnera la peur, il nen reste pas moins que la pratique du jiu-jitsu a pour but initial dôter la vie de lagresseur. Dans les affrontements entre mammifères de même race, lhomme est le seul qui en arrive au meurtre. Sans loublier, nous avons cependant une telle habitude dune société « politiquement correcte » que nous ne réalisons plus à quel point celle-ci est dune agressivité féroce, nous demandant sans cesse de sacrifier notre nous-mêmes à notre environnement socio-économique. Hormis le problème psychologique de la conception non-actuelle de la défense « totale et définitive », on voit donc tout de suite le danger de létude qui ne permet pas de « vérifier » lexactitude des faits et plus encore celui quil y a à étudier en portant les coups « devant » ou « à côté » - auquel cas, on a rien étudié du tout. Létude de latéwaza doit rester lapanage délèves consciencieux et recherchant précision et maîtrise. Apprendre à frapper ne sert à rien, les circonstances réelles actuelles ne plaçant pas Tori devant un agresseur, en short, torse nu. Il faut apprendre à porter le geste avec certitude et à pratiquer lenchaînement adéquat. La caractéristique de latémi de jiu-jitsu est dêtre donné avec décontraction. Lutilisation de latéwaza sera fonction de lagression ( violence, tempo ). Lattaque ne peut avoir lieu que par surprise elle suppose une initiative de la part de Uke et nettement une intention de nuire, elle est dirigée contre la personne de Tori. Attaque et contre-attaque sont donc deux actions réciproques qui maintiennent le dualisme et lopposition, lutilisation de latéwaza vise à rompre cet équilibre en faveur de Tori. La suite dépendra de ce que Tori souhaite faire, quel sentiment le domine. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 6 mars 2006 : CHRONIQUE N°25 : Art martial, art de vie.
Depuis une soixantaine dannées la spiritualisation sest ancrée dans la technique JITSU DO. La valeur des arts martiaux longtemps attachée à la valeur du katana pour son idée de destruction totale sest échangée pour le bien de tous en une symbolique de la maîtrise parfaite du geste et du commandement du geste. Le sabre représente à lui seul lesprit de la chevalerie qui jamais ne peut faire défaut au dojo ... et dans la vie de celui qui pratique jiu-jitsu. Le jiu-jitsu daujourdhui est une discipline comportementale souvent mal appréhendée par le novice et plus encore par le spectateur extérieur qui, sans cesse, depuis le « bon vieux temps » de Ré Nié et autres Matsuda perçoit uniquement le message « autodéfense » compris dans lensemble de la gestuelle. Cette attitude se fonde sur la vision dun jiu-jitsu saisi dans son apparence et non dans sa substance. Trop rapide et peu démonstratif, le geste, non-pensé, réel et efficace du jiu-jitsu ne correspond pas naturellement à ce quen attend un profane ou un débutant. Il faut être initié et avoir pratiquer pour saisir lessence du geste. Ainsi donc, la conclusion est simple : Entrez ! et Pratiquez ! A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 8 avril 2006 : CHRONIQUE N°26 : Chronique de printemps. Une fois nest pas coutume, cest plutôt lauteur Xian que le jutsuan (comme on disait autrefois) qui raconte... ...qui raconte laventure
de celui qui écrivit en avant propos de son manuel daïki-do il ne savait, en ce
temps-là que lon faisait de subtiles distinctions entre judo, jiu-jitsu et aïkido, aïki-jitsu, cet étonnant aveu : Les lecteurs de Xian comme ceux dErnie Clerck, les fouilleurs darchives et les anciens élèves de
Tadashi Abe auront reconnu lintroduction du
livre dart martial écrit par Jean Zin en 1960. Si je reprends cette
histoire, cest quelle a le mérite de resituer hors contexte les mots do
et jitsu qui feront lobjet
de la prochaine chronique de Xian chez 100% Jiu-jitsu.
La situation inextricable dans laquelle je fus
plongé sans y avoir contribué en rien, mincite,
dit ce professeur dart martial à Marseille ( Sho Bukaï ) à conseiller vivement ,à ceux qui ne connaissent pas laïki-do de l'étudier sincèrement.
Fasse le Ciel quils ne
regrettent pas un jour d'avoir méconnu ce conseil, car si un championnat est
une chose, une agression en est une autre. Les réflexes du champion sont trop
différents de ceux dun gangster pour
qu'ils puissent lui être toujours d'une, utilité pratique au cours dune attaque. La réponse est donc : Oui.
Le 1er mars 1959, se déroulait à Toulon le
championnat de Provence des ceintures noires par équipes. En fin
d'après-midi, le Judoclub de Provence remportait la victoire. Zin alla à la rencontre de ses élèves. Avant dentrer dans le restaurant, il jeta un coup dil derrière lui. La rue ne sentait pas « linterdit
». Rien de particulièrement trouble. Une clarté pauvre
tombait des lampes accrochées au fil médian de la rue. Des silhouettes de
filles bougeaient à peine à lextrémité des
trottoirs. À onze heures et demie, après avoir dîné assez rapidement, les élèves et leur professeur se séparèrent à la porte du restaurant. Jean Zin se dirigea vers sa voiture. Tirant les
clefs de la poche de son manteau, il sapprêtait
à ouvrir la portière, quand une paire de phares jaunes léblouit, un court instant. Les lumières
devinrent veilleuses et il vit une 403 foncer
dangereusement dans létroit passage. Or, lhomme semblait en décider autrement. De taille supérieure à la moyenne, les
épaules larges, sans manteau pour embarrasser ses mouvements, il grogna,
méprisant : Une seconde après, il sut qu'il allait frapper.
Il devina la feinte. Le coup suivit. Lhomme,
en effet, de très bas, monta un swing quil appuya de tout le poids de son corps. Il effaça son visage de la trajectoire du poing,
par un simple taï-sabaki (mouvement qui consiste à tourner le corps sur le
pivot dun seul pied ) arrière. Jean Zin pensait que l'incident allait s'arrêter,
là. Mais l'homme n'était pas ivre et, pour lui, cela ne faisait que
commencer. Par la portière de la voiture, on lui passa une bouteille. La main
crispée sur le goulot, il revint sur ses pas. Impossible de croire plus longtemps à un hasard.
Il s'agissait d'une action concertée. Sur l'arête de la porte cochère, le
boxeur tenta de briser le fond de la bouteille. Il était à moins de deux
mètres de Jean. Zin engagea le combat par une application du
premier principe positif. Avant que la bouteille ait pris son élan, il frappa
le bras qui la tenait, tandis que de lautre
main, il lançait une patte de chat au visage de l'homme. Celui-ci tomba à la renverse. Sa nuque heurta les barreaux d'une
fenêtre. La bouteille éclata à quelques centimètres de sa joue. Il s'écroula,
étourdi, le visage ensanglanté par les débris de verre. Mais, le quatrième se jetait déjà sur lui, le
poing droit cuirassé de pointes de fer. Un déplacement latéral et Zin écarta
du tranchant le poing américain qui lui visait la figure. En même temps, il
contrait dun coup naturel (tsuki) au plexus solaire. Son atemi dévia très légèrement. Son
adversaire tomba sans perdre connaissance et réussit à s'accrocher à un pan
de son pardessus. Les pavés, à cet endroit, recevaient davantage la clarté d'une des lampes. Jean Zin, toujours dans la même position, vit, tout à coup, une ombre sallonger. Il se savait cerné, mais pensait avoir,
provisoirement du moins, fait le vide autour de lui. Car c'est ici que la phrase: « Sans
l'aïkido, je serais sans doute mort » trouve son explication. Il était temps. Des truands ressortaient maintenant des bars armés d'automatiques tandis que le timbre avertisseur d'un fourgon de police retentissait. L'épilogue de l'affaire ne concerne pas les arts
martiaux. Le public contemporain a hérité des jeux du cirque un certain goût pour le sang et les plaies du héros. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] Quelquun de plus « fort » physiquement, visiblement, vous pousse avec toute sa puissance... Vous cédez sous cette poussée par un retrait ou une esquive si rapide quon ne la visualise pas, lagresseur perd léquilibre ... vous venez de découvrir le principe de base du jiu-jitsu. A linstant où il a conçu lagression en lui, vous lavez su, vous lavez compris, ce nest pas un pressentiment, vous êtes entré en harmonie avec lui, alors, vous avez découvert le principe de laïki-jitsu. Vous navez pas lesprit rousseauiste, vous ne souhaitez pas que ladversaire reproduise son geste, vous maîtrisez le malandrin dune désarticulation ou dune pression nerveuse. Vous découvrez la possibilité de ne pas détruire et de diriger, vous entrez dans le monde humaniste de lauto-défense. Ces découvertes par déminents personnages néliminent pas les égos respectifs et leur enseignement na pas empêché les rivalités au sein des écoles, encore moins lorsquen Europe vinrent le propager Jigoro Kano du Kodokan et Minosuke Kawaishi du Budokukaï. Ceci sajoutant à cela, avec une confusion regrettable en lisant les idéogrammes japonais judo et jiu-jitsu et leur traduction en français (ou anglais, allemand, italien) De cette formation bicéphale naquirent les Collèges des Ceintures Noires dune part et les Fédérations « officielles », pro olympiques dautre part. Nous navons pas encore laissé assez de temps au temps pour appréhender correctement le pourquoi et la conclusion actuelle à en tirer. Cela pourra être lobjet dune prochaine chronique ou dun ouvrage plus complexe, bien que de nombreux auteurs et historiens se soient déjà penchés sur le sujet. On parlera une fois de plus de la tradition et plus spécifiquement, je pourrais développer le thème : le temps ne passe pas, cest nous qui passons, dès linstant que nous appliquons le principe maître de lart martial : ici et maintenant. Pour être tradition, il faut quun usage ou une coutume existe depuis un moment assez long dans cet espace temps. La chasse à la palombe en Médoc, qui a débuté dans les années trente, est qualifiée de traditionnelle, lest-elle pour autant. Sans doute y aura-t-il là à débattre et à raccorder le sujet à langoissante question de nombreux enseignants de jiu-jitsu : Sans référentiel original japonais, l'art semble dénaturé, l'art s'éloigne petit à petit de ses origines. Ce nest pas une affirmation, ce nest pas une constatation, cest un questionnement. Nombreux sont ceux qui ont tenté et tentent encore de trouver des réponses à des questions non formulées, souvent imprécises, ils tentent alors de fréquenter des « maîtres ». Ce souci, cet effort, pour connaître, s'informer, découvrir ce qui se fait ailleurs, est lun des moteurs les plus extraordinaires de cette discipline du jiu-jitsu. On constate ainsi quelle nest ni sclérosée ni ésotérique. La recherche dautres méthodes, la pratique active de disciplines connexes permet à la connaissance de senrichir et de véhiculer ses propres enseignements, la transmission se fait ! Cette accumulation par brassage débouche sur des nouveautés, des créations que lon trouve ailleurs existant depuis des lustres. Ici aussi, il y a matière à nombre de chroniques. Avant daborder la saison prochaine où les chroniques deviendront plus martiales ( mais je nose plus employer le terme qui pourrait dans lesprit de certains porter à confusion avec un chroniqueur bien connu dart ...martial ) je voudrais rappeler que le jiu-jitsu (toutes écoles confondues, y compris le tenshin ou laïkijitsu daïto ryu) est une technique souple qui ne soppose pas à la force de ladversaire et au contraire utilise celle-ci pour la retourner, trop de pratiquants actuels provoquent la confusion en utilisant des techniques de karaté dans ce quils nomment jiu-jitsu et qui nest que lutilisation de techniques diverses en auto-défense, lauto défense est une pratique utile, ce nest pas un art martial et ce nest certes pas du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu est donc lutilisation parfaite du principe de non-résistance et mentalement de lapplication de techniques même violentes, pour se défaire dun agresseur éventuel. Et si cela mène à la destruction de l'attaquant, ce n'est qu'une conséquence inévitable et non un acte prémédité. Comme le dit le Livre du Tao : «Les choses les plus fragiles au monde ont vaincu les choses les plus dures.» Cest cela aussi quil faut savoir, je crois quil faut rappeler aux pratiquants les notions de travail du corps et de lesprit dans létat desprit actuel du jiu-jitsu sans oublier cette sacro-sainte efficacité dont on me rebat les oreilles et qui pourtant à mon sens fait fort défaut ... : exemple critiqué, je suis allé voir le mouvement Armlock with Finger Hold. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 9 juin 2006 : CHRONIQUE N°28 : Le tanto Nous reviendrons, juste avant de nous accorder un moment de repos le mois prochain, sur ce dont il a été question à la fin de la chronique précédente. Le propos sera plutôt pour linstant de saccrocher à la chronique technique qui nous parle dune défense contre tanto. (Le tanto, pour ceux qui ignorent les vocables japonais, est ce que lon qualifie darme blanche, une sorte de couteau pointu avec une lame tranchante dun côté). Ce tanto faisait partie de larmement habituel du samouraï et était donc utilisé au combat, avec ou à défaut du katana (sabre). Hier, tenu à deux mains, le katana était une arme efficace et redoutable, aujourdhui encore, lorsque, sur un tatami, son porteur touche larme, les pratiquant comme les spectateurs frémissent. Le katana ne sert plus à attaquer ou à tuer, il est la représentation de lesprit du Bushido. Il nen va pas de même avec le tanto qui ressemble trop à une arme peu encombrante, facile à transporter que pourraient utiliser des malfaiteurs. Ainsi, si le porteur de tanto au 21ème siècle est assez rare, ce qui lest moins, cest le malandrin équipé de couteaux les plus divers, du canif suisse au gildwell de Baden Powell en passant par les lames de survie à la Rambo et aux cutters de peintres et autres terroristes. Faut-il apprendre à se prémunir contre ces types dattaquants ? La
réponse est évidente : oui. Il faudra cependant être convaincu quen dehors des cercles de combat
professionnels (armée, police etc...) létude sera toujours sommaire et imparfaite pour des
raisons psychologiques. Nous ne sommes plus des guerriers. Faut-il ou non sen réjouir est un discours
apparenté. On a donc réintroduit dans nombre de cours de jiu-jitsu ou dauto-défense des techniques de protection contre un attaquant qui serait armé ainsi. Il est important de comprendre que dans ces études collectives ordinaires, le but nest pas orienté vers la réalité de la défense contre une telle agression mais bien dacquérir un sang-froid, une maîtrise, une pensée forte qui permet de maîtriser la situation AVANT lattaque. Lutilisation de techniques apprises ne devenant indispensable quaprès léchec de la négociation, du conditionnement de lautre à une paisibilité retrouvée. Lenseignement
de base sera donc compris comme une méthode dacquisition dautomatismes
de déplacements et de gestes qui pourront, le cas échéant, espérons
jamais, être utiles. Je souhaite que jamais vous néprouviez cette sensation physique et psychique que peut provoquer une grande peur. Vous vous trouverez alors « débranché » de vos centres de décisions et incapable de vous opposer à l'offensive. Lapprentissage mille fois répété du geste sur les tatamis doit compenser cette faiblesse en cas durgence, remplaçant votre pouvoir décisionnel par un automatisme réflexe. En autres choses, cest à cela que sert notre apprentissage de jiu-jitsu : répondre à des questions vitales par des actions appropriées, même non réfléchies. Ces chroniques sont des pages de réflexion, la prochaine
conclura une saison encore et les textes nous reviendront dès septembre,
tentant alors pour une saison nouvelle de mettre laccent sur nos capacités individuelles de production et
dutilisation dénergie
pour notre bien-être. Voir la chronique technique s'y rapportant A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 13 octobre 2006 : CHRONIQUE N°29 : Jujitsu FFJDA Le problème inquiétant du Ju-Jitsu en France ... Patatras, la
nouvelle arrive dans mon « mail », je dis émile, alors que me
promenant le long des remparts de Château dOléron, je venais de rencontrer Princesse, une
magnifique chienne qui promenait par là son maître et ses camarades, des
judokas qui ne demandaient certes pas tant de haine ou de considération. Ceux qui me connaissent et ceux qui sans mavoir rencontré me font
lamitié de me lire depuis plus de quarante ans savent quel
attachement jai pour le
jiu-jitsu et son enseignement. Ils liront donc sans surprise que je me
roule de rire, cest le mot !
à lécriture pompeuse
de ce dixième dan ! Lire sans sesclaffer :
.../... la International Ju Jitsu Federation (IJJF) organisme qui depuis 1968,
est "lorganisation-mère
mondiale de tous les styles de lart martial japonais Ju Jitsu
.../... mest réellement
impossible. Pauvre homme qui na
pas dû voyager beaucoup dans le Japon avant 68, encore moins après
1990 ... Bien entendu, chacun sait dans le milieu du judo que le jiu-jitsu,
ancêtre du judo, était un ensemble de procédés de défense comprenant :
projections, strangulations, torsions, élongations et coups. Incontestablement
lautodéfense était sans
doute la plus ancienne des sources du jiu-jitsu devenu judo, sa raison
première. Dire que les techniques de combat sont aussi anciennes que les hommes nest pas à rappeler ou faut-il encore le répéter souvent ? Ainsi donc, des milliers de techniques et densembles de techniques ont été inventées et perfectionnées. Les ensembles et sous-ensembles ont été nommés et dans chaque région du monde se sont affinés et ont évolué vers les sociétés modernes qui peuplent la Terre. De nombreux éléments communs existent et les méthodes de combat à mains nues sont si nombreuses que lon ne peut raisonnablement définir quelle est la meilleure, tant soit-il quil en existerait une supérieure aux autres. Dans lévolution des techniques, certaines sont oubliées, dautres ressurgissent, réinventées pour des besoins nouveaux. La société actuelle européenne du début du troisième millénaire ne ressemble pas à la société qui peuplait cette région du globe il y a cent ans à peine Il est donc logique et naturel que les manières de considérer le combat à mains nues et ses finalités aient évolué et que des prises de conscience différentes existent quant à ces méthodes et leur enseignement. Dans le cas particulier de la discipline appelée JIU JITSU
(que lon écrira ou
prononcera à sa guise), on se souviendra dabord quil sagit dune discipline
complexe dont les origines sont typiquement japonaises (ce ne sont pas les
apports indiens, mongols et chinois qui font lâme de cette méthode). Régulièrement, il est important de resituer historiquement la discipline que lon pratique et den comprendre ainsi, mieux, les tenants et les aboutissants. Régulièrement aussi lenseignant est confronté à quelques questions exprimées par les novices et le grand public : Combien dadversaires avez-vous tués, qui est le plus fort, qui est le champion, comment casse-t-on une brique, est-ce que cela fait mal, ... et puis plus insidieuses, votre méthode est-elle agréée, est-elle meilleure que celle du voisin, est-elle la plus efficace, quid de vos diplômes, avez-vous une carte daffilié, êtes-vous membre du parti, si jai les pieds plats puis-je faire du jiu-jitsu ? Est-ce la même chose que le wa justsu, le sudoku est-il plus facile, les tchimboum tralala ... Je demanderai un effort considérable à ceux qui posent la (les) questions aujourdhui : merci de relire les chroniques précédentes où se trouvent les réponses (à tout le moins des réponses) (ils y trouveront également quelques détails me concernant, ce qui leur permettra de comprendre que je sais de quoi je leur parle) sans sattacher à la particularité franco-belgo-luxembourgeoise des sociétés, fédérations, associations ... La question est sous-tendue par une demande de lun dentre nous, inquiet peut-être, déstabilisé par les pressions extérieures, qui sait ? : Que pensez-vous du Jujitsu Français de la FFJDA? La question nest pas anodine puisquelle se situe chronologiquement après un événement, connu de quelques uns, qui a mis en cause la fédération française de Judo et un organisme auto proclamé où trône un certain Surace. (Ce nest pas péjoratif, cest semble-t-il le patronyme dun monsieur qui se déclare me dit-on dixième dan de jiu-jitsu.) Jai, sur la liste de communications attachée au site 100% JuJitsu de lami Sutefuan, donné il y a quelque temps un avis sur les techniques présentées sur le site web de cette école mondialisante (faut vivre avec son temps !) dont le power big chief semble être ce dénommé Surace et donc on sait ce que jen pense. Dans les chroniques que jai écrites au début des années quatre-vingt, jai parlé régulièrement de ce que jappelais à lépoque « les marchands de saucisses » ... ils nont pas disparu, au mieux, ils sappellent désormais kings of the hotdogs. Du Jiu-Jitsu français (sic !) pratiqué à la FFJDA, je ne pense strictement rien, le terme français accolé me rend transi, le Jiu-Jitsu ne saurait être français. Soyons clair, certains ont appelé des méthodes plus ou moins intéressantes jiu-jitsu mais ont rapidement modifié le nom de leur école ou de leur méthode, cest ainsi que Roland Marotaux qui passa comme beaucoup dentre nous à la montagne Sainte Geneviève sintéressa au jiu-jitsu mais finalement intitula son école AIKI-GOSHINDO plus récemment japonisée en MAROTO-HA, on trouve un autre pratiquant qui, par osmose peut-être, a intitulé sa méthode : AIKI MAKOTO, on ne sait pas très bien qui copie qui, qui sinspire de qui, le cas est fréquent et les disputes de clocher sont traditionnelles sur lancien territoire des Gaules. Ainsi Alain Guingois élève dudit Maroteaux créa, dit-il, le Goshinkaï s'inspirant, non pas du Goshinkaï du toujours prolixe Maroteaux mais de techniques énergétiques chinoises et des arts martiaux japonais. Que disent Sailly et dautres, eux-aussi ayant connu les turbulences de lHakko (jiu jitsu !) importé par Maroteaux (encore lui qui décidément a fait beaucoup, le pire et le meilleur !) mais aussi disent-ils parfois par Quéro ou Thierry Riesser Nadal. Cocatre, Lalande, Correa, Porras, Masnière et bien dautres encore ont fait de même. Exit donc, les jiu-jitsu de formes diverses créées par des personnages attachant ayant les uns et les autres des qualités évidentes et des défauts aussi grands. Ce qui ne porte aucun jugement de valeur sur leur enseignement réel, quel quen soit le nom. A la FFJDA, on se souviendra de lépoque Courtine et Pariset et des luttes de pouvoir interne avec les anciens du collège des ceintures noires qui eux pratiquaient encore les fameuses techniques de self-défense mises au point par Kawaishi. Le jiu-jitsu enseigné par les écoles affiliées à la FFJDA est un complément au cours de judo qui a été ajouté à la suite de l'apparition de l'Atémi Jitsu de Bernard Pariset et de ce qui s'en est suivi. C'est une belle initiative mais elle a créé une confusion de plus dans la tête des novices et des étudiants de la FFJDA (et des autres ligues apparentées). Je pense que cest de cette confusion que tentent de tirer profit certains enseignants qui ne visent quà obtenir quelques subsides étatiques et autres reconnaissances, ah oui, l Unesco ! Sûr quil y a un quinzième ou un trentième dan qui y pontifie et octroie ainsi des titres de reconnaissance universelle. Au lieu dun nom dorganisme international, jaurai préféré lire un nom de personnage que lon peut rencontrer en chair et en os. Je pense quune
erreur fondamentale a été commise en assimilant judo et jiu-jitsu au
sein dun enseignement
globalisé qui non seulement ny
était pas préparé mais qui dans son ensemble tirait autour de lui un
monde de « compétition » et de course aux titres sportifs. Le judo
moderne est un sport, le jiu-jitsu nen
est rien. Javais attiré lattention il y a plus de dix ans en
Belgique sur cet état de fait quand Madame Leleu, excellente judokate sétait lancée dans laventure
du fighting etc... On ne compare pas des choux fleurs et des abricots. En se perfectionnant techniquement, le JiuJitsu enseigné à la FFJDA peut devenir plus attrayant et « efficace » (ça veut dire quoi ?) sil consent à quitter les réflexes sports pour intérioriser les techniques et le cas échéant les remettre sur le terrain qui nest plus alors un dojo. Mais ce nest aucunement le but du jiu-jitsu. Il existe de nombreuses écoles de combat de rue, de combat
des chefs, de combat de coqs ! Rien à voir avec notre discipline dans
laquelle nexistera jamais de
« coupe du monde de quoi que ce soit dautre que de démonstration de pureté technique encore
faudrait-il trouver un jury capable, comment décerner des titres autres que
sympathiques à un artiste ? Shin tai jin disait Jigoro Kano. Lessence du jiu-jitsu et de la plupart des arts martiaux japonais est profondément non-violente. Elle repose sur le principe de non-résistance qui consiste à utiliser lattaque de ladversaire pour le mener à sa propre perte. Celui qui se défend, au lieu dessayer de bloquer le mouvement adverse, lesquive et le canalise de façon à le retourner contre lagresseur. Si ladversaire pousse, il suffit desquiver ou de le tirer pour quil tombe de lui-même. Sil tire il ny a quà le pousser. Plus lattaque est puissante plus le choc en retour est désastreux. Le principe de non-résistance conduit lattaquant à devenir la victime de sa propre attaque et à récolter le fruit de ses mauvaises intentions. Amis de la FFJDA, vous êtes sur la bonne voie, ne vous laissez décourager ni par les turbulences aléatoires et médiatiques ni par les vociférations des cabots. Pratiquez, perfectionnez-vous, acceptez les critiques et transformez les en chemin de victoire sur vous-mêmes, cest la seule victoire intéressante. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 17 décembre 2006 : CHRONIQUE N°30 : Comment pratiquer ? La mode est ludique et aux vacances, dans quelques jours, certains quitteront les tatamis pour une, deux, trois semaines. Ce nest pas important en ce qui concerne le jiu-jitsu. Lapproche de la discipline peut-être différente selon le but que lon sest choisi voire sans but précis. Hors donc, en sabstenant de pratiquer, on perd un peu de souplesse, on oublie quelques détails denchaînements, on se fragilise quelque peu moralement mais, comme le vélo ou la natation, cela va repartir dans le bon sens à linstant même où se déchaussant, lon reprendra pied sur le tapis de sol. Cest donc peut-être un excellent instant pour parler de « comment pratiquer ». Le comment est, nest-ce pas évident, lié au pourquoi, à cause de quoi, qui suis-je ... Plus tard viendra le dépassement de lapprentissage. La réalisation parfaite dun mouvement, en dehors de toute recherche defficacité, suppose la compréhension du corps et des sensations qui le guident, qui provoquent les différentes attitudes posturales créant lenchaînement souple et la continuité. Cest cette compréhension qui va devenir le fil conducteur de létude vraie et sincère du jiu-jitsu. Cependant, comme en toute science, avant la maîtrise commence lapprentissage. On ne pourra quitter celui-ci que lorsque lon aura réalisé ladéquation : je pratique parce que jaime, je veux, je suis. Laisance des mouvement découlera bien sûr des heures de pratique intense mais aussi de cette confiance en soi conquise et du moment merveilleux où lon atteint le stade où le corps va créer le mouvement en dehors de toute technique apprise, le corps va vivre par lui-même et servir dinstrument à lesprit pour reprendre une attitude dordre , de paix et dharmonie, en soi, par rapport à soi et aux autres. Cest ainsi que le jiu-jitsu prête à de longs apprentissages contraires, blocage ou esquive, inspiration ou expiration, dépendant du tonus musculaire autant que de la vivacité de lesprit. Toutes chose extrêmement compliquées pour nos frustes esprits occidentaux. Herrigel décrit très bien notre incompréhension, nos doutes et nos angoisses lorsque nous abordons une discipline « orientale ». Nous y reviendrons sans doute souvent. Comme il faudra remettre en cause de nombreuses fois nos savoirs, nos affirmations, nos vérités. Voir ce qui est, puis ne plus le voir pour simplement le savoir. Arriver à cet état de plénitude dans lequel existent les différences mais où elles nont plus de valeur. Arriver à commencer, arriver à débuter, enfin se dire : oui, je ne sais rien, je commence, japprends. Japprends tout le temps. Alors, ce commencement ? Il en existe mille abords, il est naturel en Europe, aux Amérique de le prendre par le côté physique de la chose. Ainsi donc, quelque soit lâge, la forme, la santé, on sastreindra à une préparation physique, elle est essentielle, il nest pas évident que soit à la portée de chacun, de brut en blanc, de concevoir des efforts importants cardiaques, musculaires, articulaires. La préparation doit être consciencieuse, les étapes ne peuvent être brûlées. Au dojo, le professeur ou son assistant veillera à ce que le pratiquant respire selon un rythme ordinaire puis quil assouplisse ses articulations et ses muscles. Les exercices musclant et les assouplissants seront alternés, traction et extension seront effectués de manière antagoniste. Pour ceux qui souhaitent aller au-delà du commun et faire ici un « sport actif » voir du « sport de combat de haut niveau » lamélioration de lendurance et de la résistance seront une activité séparée et réservée. Elle sera plus importante en durée que celle des apprentissages basiques et des mouvements classiques du jiu-jitsu. Si pour chacun une musculation isométrique est intéressante, celui qui pratique du judo ou du karaté en vue de faire de la compétition sastreindra à une gymnastique plus spécialisée, sans oublier le « durcissement »... Comment pratiquer : poser le mental et le physique en adéquation, je citerai quelques exemples pour vous en démontrer la nécessité dans la « chronique technique » que vous retrouverez dans une dizaine jours... En attendant, bousculez vos habitudes : aérez-vous ! A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 11 février 2007 : CHRONIQUE N°31 : Ceintures, grades et récompenses. Point de vue parmi dautres idées. Japprends en souriant quil existerait des enseignants au niveau supérieur et même des enseignants au niveau secret. Cest fort bien. Je regarde les « sites web » et les démonstrations publiques des uns et des autres et je suis heureux de voir que, comme Monsieur Jourdain pratiquait la prose sans le savoir, je connais des techniques « secrètes et défendues ». Celles qui figurent dans la publicité dun certain Van Rijt reprend même des mouvements basiques que les ceintures jaune et orange que jai entraînées apprenaient pour passer « la verte » et que les tenants de la méthode de judo Kawaishi connaissent bien. Il n'y a pas de mystère, il n'y a pas de secret, il y a plusieurs façons d'appréhender l'idée de grades, de maîtrise et de toutes ces choses dont nous parlons volontiers dans les dojos, qui ne sont qu'une philosophie de la vie qui vaut ce qu'elle vaut. Sans doute aussi est-ce un peu mon premier "prof" qui a déteint... il aurait eu horreur que quelqu'un l'appelle Maître, et son prof avant lui... Celui-là était allé en Chine et au Japon en un temps où c'était plus loin que la lune ... (1905). Celui-là a pratiqué jiu-jitsu durant toute sa vie, son élève le meilleur (mon prof) aussi... et j'ai eu l'honneur de moi-même pratiquer avec bien des "hauts gradés" quand jétais "petit". Ce que je suis encore, me demandant chaque jour quand deviendrai-je à mon tour "grands" ? A part mon prof... qui m'a décerné mes premières "ceintures", je pense sincèrement navoir obtenu que deux grades, celui de ceinture noire de jiu-jitsu décerné par Georges Leroy et celui de ceinture noire Nihon jutsu délivrée par Minoru Mochizuki, chez lui à Shizuoka. Ce ne
sont ni les premières, ni les seules, mais elles seules semblent avoir marqué
« quelque chose » en moi. J'en reparlerai un jour dans un mot, une chronique
ou une publication, on verra. Grades ! Ceintures ! Sans doute sagit-il dun sujet que nous avons déjà développé, rien nempêche cependant dy revenir encore. Une école darts martiaux est une société initiatique où un individu vient chercher une méthode pour se construire, parfois pour se surpasser, il abandonnera généralement ce dernier désir sil reçoit lenseignement qui lui convient. Cet enseignement se donnait autrefois dans des cercles étroits, familiaux, tribaux, locaux. Lélève observait le maître, ses assistants, ses disciples et espérait arriver à un degré de maîtrise parfait, il ny avait pas dautre récompense. Lélève apprenait à dominer ses craintes de lui-même et des autres, il apprenait à se connaître, à se comprendre, à se situer en lui et par rapport aux deux mondes quil fréquentait : celui du dojo, celui de la vie extérieure au dojo. La technique martiale quil apprenait nétait pas un but à atteindre mais un moyen pour se découvrir. Chez certains maîtres, plus sages que dautres, des idéaux de fraternité sociale, de courage, de loyauté étaient enseignés au travers des techniques. La conquête de la maîtrise sur le tatami se répercutait alors dans la vie quotidienne si celle-ci était une part profonde de lélève. Certains, comme dans les couvents et abbayes, entraient définitivement « en dehors » de la vie réelle pour se consacrer à leur art, uniquement. En Occident, cest à dire chez les descendants des aryens indo-européens blancs et monothéistes, les motifs culturels et religieux sont tels que peu de pratiquants sont capables de suivre un enseignement dart martial traditionnel oriental. Cet enseignement est oral et basé sur lobservation du geste et sa restitution par lélève. Les Maîtres nexpliquent pas le geste et encore moins les péripéties morales, mentales et physiques à accomplir pour le pratiquer. Lélève fait son chemin propre au résultat de ses efforts de concentration à reproduire le geste quil pressent comme « bon », juste. La manière rationnelle, et même très cartésienne pour les francophones, dexprimer les choses et de les vouloir détaillées est un frein à lapprentissage naturel. Il a donc semblé nécessaire détablir une nomenclature, une litanie des choses à faire et de comment les réaliser. On a catalogué des méthodes, des procédés, certains ont même fabriqué des bibles alors quici rien nest dogmatique, tout est inspiration. Lintuition et la spontanéité devraient être la règle, elle ne lest pas, elle ne le fut pas, tant et si bien que Kawaishi ayant cerné le problème par sa fréquentation des « Européens » en Amérique du Sud et en France, particulièrement, mit au point une théorie originale basée sur une organisation numérique des mouvements à connaître pour progresser harmonieusement. Il fallait encore que lélève comprenne et surtout montre « aux autres » - ces autres si nécessaires à lesprit de lOccidental - quil avait progressé et que lon puisse montrer du doigt ceux qui stagnaient, qui navançaient pas. On mit donc des paliers, on y ajouta des « temps détude et de pratique ». On ne devenait pas ceinture noire ( c'est-à-dire « pratiquant ») seulement parce que lon avait acquis le sens de la technique mais aussi parce que lon avait administrativement grimpé une échelle subjective de valeurs et que lon sétait astreint durant un temps donné sous la diligente surveillance dun instructeur dûment mandaté par celui qui se donnait comme tenant du savoir, le Maître. Le jeu des couleurs yoyo a plu et les querelles de clochers, ligues et fédérations ont pu sépanouir. Tel bon judoka est exclu de la fédération parce quil se serait donné en spectacle, parce quil aurait « vendu » son savoir en devenant catcheur un soir, la belle affaire Kawaishi sous le pseudonyme de Matsuda fut un redoutable champion de catch, initiateur à nen pas douter du fameux jiu-jitsu brésilien ! Dautres que jai bien connus mirent du beurre sur leur tartine en devenant lAnge blanc ou El Demonio. Lépoque nétait pas rousseauiste et les subsides officiels ou le mécénat ne faisaient pas encore recettes. Le système des couleurs de ceintures fut bénéfique à lapprentissage collectif du judo et des autres arts martiaux. Sy adjoint quelques autodésignations pour les paliers suivants. Il y avait les grades kyu (de jaune à marron), on ajouta quelques fantaisies pour mineurs dâge et pour différencier le sexe ce qui est assez rigolo et démontre à suffisance que lon a rien compris à lidée de base de ces grades. Il fallait promouvoir les dirigeants et les fantoches, on instaura des dans qui ne signifiaient rien la plupart du temps. Heureusement, la philosophie et le commerce, ont restitué plus ou moins un bon ordre en ces sujets. Lorsquil sagit dune parodie dart martial devenu sport, la victoire en compétition et les titres remportés vous donnent une idée de votre valeur réelle, lorsque vous pratiquez de lart traditionnel ou dattaque et de défense, votre grade ne vaut que par celui qui vous la accordé et votre valeur nest que celle de ce moment présent, ici et maintenant. Et si dans le forum ou la liste des correspondants de lejiujitsu.net vous veniez nous parler de votre ceinture, de votre grade ? Venez nous raconter votre émotion, celle de la première, celle du passage dan, celle qui vous a fait transpirer, celle que vous haïssez .... A vos plumes ! http://www.lejujitsu.net/leforum/index.php A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 18 mars 2007 : CHRONIQUE N° 32. Il y a quelques années, jai dû faire face à la déferlante Bruce Lee qui venait submerger les candidats pratiquants de jiu-jitsu européens et déstabilisait quelques uns dentre eux au nom dune « efficacité » redoutable. Plus proche de nous, jai assisté à larrivée de miraculeuses potions magiques brésiliennes et de toutes sortes de techniques dites nouvelles aux noms exotiques, sans compter, du fait de conflits armés ici ou là, de la venue de « spécialistes » issus des théâtres du « combat réel ». Récemment, jai revécu quelques scènes absurdes (comme cette diatribe Surace dont il fut question lors dune précédente chronique). Le Jiu-jitsu est une technique surannée à lefficacité périmée est un discours que les maître darmes entendent très régulièrement, de génération en génération avec accentuation du discours depuis 1907, ce nest que normal, la société « civile » modifie ses concepts, ses préceptes. Sous le couvert de pacifications intenses et de moralité universelle de nombreuses communautés tentent dimposer des philosophies et des démarches à son profit et donc de convaincre dune approche plus humaine que les autres. Le jiu-jitsu que nous pratiquons avec sincérité est un concept technique et moral qui ne sembarrasse pas des modes et des cultures quant au fond, quimporte donc les emballages divers sous lequel il est distribué, seuls comptent donc les messages réels dautodéfense sociale et individuelle quil véhicule. En temps « ordinaire », qui est celui que nous nous souhaitons vivre comme hommes civilisés et responsables du XXIème siècle, nous pratiquons le jiu-jitsu pour son aspect physique positif. Au-delà, pour ceux qui le souhaitent, nous nous entraînons réellement au cur dune discipline sportive agréable qui maintient notre corps en bonne santé. Les techniques de défense à mains nues du jiu-jitsu qui sont à lorigine des sports japonais modernes (judo, aïki-do, karaté) par leur concept physique de distance approche contact conviennent parfaitement comme gymnastique dentretien pour notre corps et comme approche mentale de la relation humaine. Lhomme étant un animal peureux aux accents dominateurs, il importe également, bien entendu, de maintenir dans lenseignement et létude du jiu-jitsu sa fonction dautodéfense et surtout de la maintenir intacte quant à la possibilité réelle de maîtriser un malveillant, un agresseur, un assassin. Il est donc indispensable détudier et de pratiquer sans cesse ces gestes séculaires issus de la recherche de lhomme désarmé face aux techniques de destruction de « robots » armés ou non. Le réflexe de défense naturel ne suffisant généralement pas pour stopper un absurde combat, il faut simprégner de lâme du dojo et concevoir une étude de techniques physiques simples à comprendre et à mettre en uvre en toutes circonstances de la vie quotidienne. Une technique dautodéfense nest donc pas simplement une répétition de gestes automatiques destinés à détruire la source dun conflit. Sil faut arrêter une agression avant quelle vous cause dommage, il importe également den annihiler les causes, de neutraliser les événements successifs qui amènent à des destructions inopportunes, de lempêcher de renaître. Ainsi, sajoute à la dimension primitive citée ci-dessus (distance, approche, contact) le schéma parade (ou esquive) action maîtrise. Notre jiu-jitsu par lenseignement de ces deux voies « avant et pendant », par lapplication du précepte vital « ici et maintenant » va donc bien au-delà dune étude gymnique, dune technique de réponse à lagression, il se présente en réelle dimension morale de sauvegarde de soi-même et des autres, de mise en place dun effet social de dissuasion de violence et de collaboration avec lautorité légale. Pour arriver à cette maîtrise, nous allons donc contraindre notre corps à subir des techniques et à trouver les moyens personnels de les appliquer en toutes circonstances. Le chemin nest pas simple et la tentation dimaginer quon accède à la connaissance facilement est constante, tout autant que celle de rejeter cette connaissance en cédant à lillusion de lefficacité par lapprentissage dinutiles gesticulations destinées à séduire les gogos. Plus loin, il faudra encore dominer notre autosatisfaction de se croire dominant voir invincible, sentiments dangereux tout autant que la colère ou la violence gratuite. Refuser de subir et refuser de se battre doit être la clé dune ligne de conduite de lhomme moderne que nous sommes. Ne pas tolérer que lon nous agresse et ramener lagresseur à une position humaine consciente doit être une règle constante qui nous valorise et nous grandit. A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] 11 avril 2007 : CHRONIQUE N° 33 : Stages de Pâques. Les vacances scolaires de Pâques amènent souvent le début des « stages » offerts aux étudiants des diverses disciplines sportives et intellectuelles. Notre jiu-jitsu néchappe pas à la règle... Les stages atteignent-ils le but recherché ou ne sont-ils que la poursuite de cours habituels ? Les stages sont-ils profitable ou ne sont-ils que des attrape-nigauds ? Un stage doit-il être gratuit ou payant ? Il nest pas de philosophie sans secrets de lâme, notre discipline néchappe pas à la règle et nous voulons faire mentir ladage des Platoniciens qui affirment que le corps est le tombeau de lâme. Le cursus habituel en est trop souvent incapable du fait du peu de temps que les autres activités sociales que nous avons-nous laissent. Alors donc, nous souhaitons pour cela et pour progresser mieux et plus rapidement, participer à une activité supplémentaire : le stage est une des réponses. Cest même la bonne réponse dans un grand nombre de cas heureux. Je me souviens de mes participations aux Flots bleus (stages de judo avec des Geesink, Pariset et autres amateurs judokas du Trèfle, du Racing et dautres clubs qui devinrent des pépinières de champions). Cest dailleurs à ce moment-là que jai commencé à ruer dans les brancards et à comprendre les anti-doctrinaires, les anti-fédéraux, les anti nimporte quoi. Je me souviens de mon premier « stage » de jiu-jitsu, autour du fabuleux technicien qui se nommait Georges Leroy, nous étions six, en religion, cinq fois quatre heures continues, sur trois jours. Je savais tout : jétais déjà ceinture noire de judo, javais été moniteur de close-combat en un temps et un lieu où ne pas être sur ses gardes signifiait disparaître brutalement, javais pratiqué de laïkido à Marseille chez Zin, à Bruxelles chez Murashige, je fréquentais assidûment cette salle de Georges Leroy, mais aussi celle de Van Niewenhuyse. Au bout dun quart dheure sur le tatami, ce vendredi de Pâques-là, pâle et transpirant jai su que je ne savais rien. Le « stage » ne doit pas être une sorte de camp scout ou la poursuite un peu plus active dun cours ordinaire. Le stage ne doit pas être nécessairement donné par « un ponte » « une figure » « un champion » mais par la différence apportée en votre âme, être un moment intense de communion avec vous-même. Notre discipline est égoïste et notre progression physique et mentale absolument personnelle : le stage est le lieu privilégié pour se rendre compte de son niveau et de son désir daccéder à autre chose. Le stage doit être la découverte, chaque fois une découverte, de lesprit de lart martial, il doit permettre de trouver le juste chemin entre hara et ki, puissance et souffle, il doit consacrer des minutes intenses à la technique et réserver des creux émotionnels, des vides, des points de réflexion et de méditation. Le stage ne sera réussi que si vous y participez ! Ah ah ! La belle affaire, la grande découverte sexclament certains. Ce nest pas si simple : il ne suffit pas de sinscrire et de payer, ni même de venir ni denfiler son keikogi : il faut être présent de corps et desprit et actif à chaque seconde. Ne pas laisser séteindre le feu allumé au moment de larrivée au dojo. Prendre connaissance de son identité physique et de sa puissance mentale ici et maintenant est le but principal du stage. Le stage doit donc avoir un objectif et ne pas être « un cours supplémentaire ». Doit-il être payant ? Cest évident, il faut une infrastructure et des gens qui sen occupent, ils font un travail, ils doivent être rémunéré. Le maître de stage, vient vous offrir non seulement du temps mais aussi un savoir plus particulier, lui aussi doit être rétribué, pour ses efforts. Si lobjectif nest pas atteint, ce nest que de votre fait et non du leur. Bien entendu, il ne sagit pas de sinvestir auprès de charlatans ou de courir derrière un leurre, il faut sassurer, par contacts et rencontres que le maître de stage nest pas une belle affiche rodomontante mais un réel manager capable de vous « booster » par sa personnalité et sa manière de dynamiser les séances. Le jiu-jitsu est votre passion ! Si votre dojo est fermé durant les vacances scolaires, nhésitez pas à pratiquer ailleurs, pourquoi pas lors dun stage ... Si vous y allez avec des pratiquants de votre club SURTOUT regardez les de loin et pratiquez avec dautres, avec de plus haut gradés, avec des plus costauds ! Cest le moment de se débarrasser de toutes les mauvaises habitudes... une dernière anecdote ? Lorsque jai rencontré pour la première fois Minoru Mochizuki, javais préparé mille questions pièges ... je suis monté sur le tatami, lassistant du Maître après mavoir salué a saisi mes poignets, je nai pas pu me dégager. Jai ravalé mes questions... A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] Prologue des chroniques 2007-2008 A bientôt, Xian. [0 commentaire(s) sur ce texte] Si le jiu-jitsu est bel et bien issu de pratiques
séminaristes chinoises et mongoles du Moyen-Âge, les techniques que nous
pratiquons ( ici en Europe occidentale ) sont la compilation détudes approfondies japonaises,
modifiées au cours du temps par des pratiquants chercheurs. Ainsi, en
Belgique un grand costaud du régiment de cavalerie caserné à Mons au début du
XXème siècle fut envoyé en mission en Chine, fit un séjour au Japon, se
passionna pour des sports de lutte et sassociant en 1902 à un professeur descrime fonda un club
de gymnastique où lon
enseigna la canne, la savate et cette nouvelle lutte japonaise qui commençait
à faire parler delle à
Londres et à Paris, un sport qui disait-on permettait aussi de savoir
se défendre contre les brigands et autres malandrins. Comme la mode était au
japonais, cet Alexandre Minne se fit appeler ITO, il avait un frère cadet,
Maurice, qui un peu plus tard se fit surnommer Okita. Voilà qui nous amène donc à ce que sera lesprit des chroniques de la saison
2007 2008 : Bob Morane ? Sans doute avez-vous entendu parler de Bob
Morane, chanté par le groupe Indochine, il a été inventé par Charles Henri
Dewisme. Comment peut naître un aventurier ? Cela existe-t-il ? La
limite entre limaginaire et
le réel permet-elle de parler dun
héros de papier et dune philosophie martiale en même temps ?
Il faudra bien que jen parle
puisque des éditorialistes cinaciens lont mentionné, des « anciens » sont venus me
relancer : « Alors raconte » Vieillir ... une réalité qui na rien dimaginaire
et que nous appréhendons chacun à notre manière. Jiu-jitsu est ici un
rempart certain à la dégénérescence qui nous guette, la pratique dune gestuelle physique et dune philosophie mentale nous
permet de ne pas absorber trop souvent, trop régulièrement de ces
médications qui sont comme la langue dÉsope,
tout et son contraire. Les progrès fabuleux de lart médical permettent trop
souvent la survie en faussant le jeu de la sélection naturelle des
cellules de notre corps. Une vie active nous maintient en bonne santé...
malheureusement, ni nos manières naturelles, ni les pharmacopées ne peuvent
encore pour le moment,
lutter contre le temps, ce temps immobile que nous faisons passer trop
vite. La pratique des techniques corporelles et mentales peut et doit être une arme efficace dans la lutte contre le déclin, dans lamélioration des personnes tant sur le plan physique que psychique. L'exercice systématique des fonctions physiologiques mène progressivement à l'harmonie vitale de l'être humain. Lorsque cet exercice est une étude mentale et morale de surplus, tel le Jiu-jitsu, on ne peut que sy trouver bien puisque le regard est tourné vers la conquête de soi-même et lacquisition saine dune grande force de caractère qui incitera à la sagesse. En ce qui concerne la technique en soi, je redirai souvent
que je ny connais pas
grand-chose, que lapprentissage avec Minoru Mochizuki n'avait
rien d'un mirage zen : haraï goshi pour vous mettre en jambe et puis le
plaisir dêtre projeté dans
les poutres du plafond par la magie de son diabolique sacrifice en
rond, je lai déjà
dit. Bah, je vais tout de même tenter de vous parler de Kawaishi et de sa
self-défense (voir en dehors du site 100% Jutsu chez : http://kyoshi.wordpress.com/) et
aussi de certaines manières apprises chez cet homme qui pesait le double de
mon poids et me projetait lui-aussi, quelle manie ! dans les poutres
supportant les tubes au néon qui éclairaient blafardement le dojo du 409. Je
dirai des mots de la méthode des 16 ou des 20 techniques dites « de
programmes » (Cest dans
100% Jutsu mais pas dans cette rubrique-ci) et ... et de tout ce
dont on aura encore le temps de nous entretenir. Je souhaite que la lecture de ces chroniques vous apporte du plaisir à comprendre mieux lesprit Ju (do-jutsu-gei) et vous permette de maîtriser mieux encore la pratique de votre art et la compréhension de mondes aussi différents que votre Europe locale habituelle et le Japon. Salutations budo, [0 commentaire(s)
sur ce texte] Réel et virtuel, le monde moderne, le monde actuel. De tous temps, il a fallu que des hommes utilisent la coercition par lusage de la force physique pour affirmer un état, parfois une idée. Depuis toujours, des légendes véhiculent des exploits fabuleux où la part daction physique orientée vers le combat corps à corps dynamisent le corps et lesprit. Voilà qui nous amène donc à celui des chroniques de la saison 2007 2008 : Bob Morane (limaginaire) Nous ne sommes pas nés pour vivre comme des brutes mais pour suivre la vertu vers la connaissance. Ainsi sexprimait Dante projetant ainsi une idée de grandeur dans le vécu humain. Il en est pourtant tout autre, assez généralement et le besoin de violence semble hanter la race des hommes depuis la genèse. Aujourdhui pour canaliser cette brutalité dans un monde que lon souhaite chacun plus doux, des exutoires existent que sont les éléments virtuels de notre société. Littérature, cinéma, et tous les autres arts sortis de limaginaire. Quelquefois, la confusion existe alors de la réalité et de la fiction. Mais nous avons besoin des deux, nous ne saurions vivre sans limmatériel. Ainsi donc, un besoin dart martial existe, profond et la dualité de notre pensée moderne souhaite quil nous apporte une philosophie de vie réelle et quil canalise certains de nos penchants vers une virtualité reposante. Faire vivre les dragons pour mieux les tuer, laisser Bob Morane dans les livres tout en étant certain quil pourrait en sortir. Pour réussir à être « bien dans sa tête » en notre vingt-et-unième siècle, en Europe, il est important duser de certains stratagèmes qui remettent en place les mondes virtuels et réels et nous obligent à les voir et à les contraindre à notre mode de vie plutôt quà les subir. Tout style de vie doit comporter un engagement du cur et de lesprit. Jiu-jitsu va nous aider à réussir cette fusion qui chez daucuns est duel. Pratiquer Jiu-jitsu, cest
devenir plus humain, nest
ce pas ? Nous quitterons la philosophie et surtout la liturgie des mots chers à lEuropéen (et aux latins et francophones plus particulièrement) dès la prochaine chronique pour entrer dans la gestuelle elle-même. Au départ dun imaginaire nous démontrerons la réalité dune technique, plus tard, nous reviendrons à la philosophie qui sous-tend le geste. Comme il serait agréable de penser que mon idée du jiu-jitsu vous ait aidé à être ce matin moins énervé, moins surmené, de ne pas être ce mourant prématuré des maladies psychosomatiques du merveilleux progrès technique qui nous entoure. Devenir lhomme
qui contrôle, qui maîtrise le temps et les choses ... Plus banalement ... commençons par un simple geste. Et pour samuser une projection « par la ceinture » ... décrite dans la chronique technique dici quelques jours ... Bon début dhiver dans vos dojos .... Xian.
Lidée de parler réalité et fiction est certes intéressante mais mobligerait à de très nombreuses diversions et je vais donc la réserver à un autre endroit que ce site qui na ni vocation littéraire ni intention de se faire critique de livres ou de scénarii de cinéma ou télévision. Pour le jiujiutsuan (on dit aujourdhui pour copier les mots japonais : jutsuka) la
fiction nexiste pas vraiment
puisque sans cesse il se soustrait à elle pour se plonger dans la réalité la
plus physique qui soit : le parfait contrôle de ses gestes, de son
corps, de son esprit. Comme notre vie quotidienne et toute la civilisation qui nous entoure est fabuleuse et que nous navons nulle envie de nous y soustraire pour devenir moine contemplatif et spectateur de nos propres péripéties, nous avons donc choisi de pratiquer Jiu-Jitsu pour son côté « bonne santé physique et mentale » et pour son côté « Je serai capable de me défendre ou de sauver les miens si daventure malheureuse je devais être agressé ». Accessoirement létude de cette recherche de bonne santé et de forme physique convenable et pratique mène aussi à la paisibilité, à la tranquillité de lâme, à la possibilité den user des préceptes et principes dans le vécu professionnel, familial, social. Pratiquer jiu jitsu, cest sapercevoir que la compréhension est un éclair dintuition, une expérience unique que lon ne peut transmettre, partager ou expliquer. Un jour on est jiu-jitsu. Un jour on découvre cela parce que lon a comprit que lon cherchait labsolu dans lillusion, que lon cherchait une réalité profonde dans le flou de mille et une pensées assaillantes. Il nest pas
surprenant que linterprétation du jiu-jitsu « vu » ait
débouché sur les films darts
martiaux Hong Kong, sur les livres emplis de héros qui sans peur et
sans reproche dominent leurs adversaires dune part et sur dintarissables spéculations métaphysiques
dautre part. Rewind ... le magnétoscope tourne à toute vitesse en arrière
et lon saperçoit que
pour en arriver là il aura fallu tant dheures de pratique, tant de moments intenses, se dominer pour
réussir le mouvement... ce nétait
pas si facile Bon sang, Xian navait-il
pas promis de nous parler plus de techniques, de développer des
appréciations à propos, précisément des mouvements « obligatoires »
à connaître dans les fédérations françaises et belges ... Tout arrive à point à qui sait attendre... A bientôt, Xian.
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Quitter les arts martiaux