La pratique du judo féminin en France et en Angleterre de l’entre-deux-guerres au début des années 1970 : entre traditions et sportivisation, entre tutelle masculine et émancipation

(extraits du texte de Haimo Groenen)

CRIS. Université Lvon I

 

 

Le judo est implanté en Angleterre après la prernière guerre mondiale, puis en France au milieu des années 1930.. Des femmes y investissent rapidement la discipline japonaise, mais y restent durablement minoritaires. Ces deux pays pionniers du judo européen constituent des modèles pour d’autres nations, notamment en matière de méthodes d’entraînement.

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Jusque dans les années 1950, le judo y est défini à la fois comme une méthode d’éducation physique, morale et mentale, un moyen d’autodéfense, un sport, un art, ou encore une philosophie. Durant cette phase d’implantation, le judo reste majoritairement une discipline distinctive, où s’exprime un élitisme social niais aussi et surtout culturel. La dimension éducative du judo prime malgré l’instauration progressive de compétitions et de championnats nationaux et internationaux, Les championnats d’Europe et du Monde masculins sont créés respectivement en 1951 à Paris et en 1956 à Tokyo. Leurs homologues féminins sont créés respectivement en 1975 et 1980.

 

Après la libération, le judo connaît en France et en Angleterre une première phase de développement mais il faut attendre les années 1960 pour qu’il y devienne un grand sport d’envergure nationale. Le judo est alors considéré avant tout comme un sport compétitif sans que ses fondements axiologique et éducatifs soient évacués pour autant.

 

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Nous voudrions montrer que jusque dans les années 1970, la pratique du judo féminin se particularise dans une certaine mesure par rapport à l’entraînement masculin, Cela s’observe dans les finalités et les objectifs poursuivis, les normes de référence et les pratiques, tandis que des différences apparaissent aussi entre la France et l’Angleterre. Enfin, l’influence du modèle japonais s’exerce parfois de manière différente selon les pays, les acteurs et les secteurs du judo considérés.       
Les pionniers du judo français sont favorables au judo féminin. Néanmoins, les milieux du judo français, dirigés exclusivement par des hommes, ne lui témoignent qu’une attention limitée. Ils adoptent généralement une position conservatrice et traditionnelle en matière de pratique physique féminine et maintiennent les femmes sous tutelle masculine. Les milieux du judo anglais manifestent plus d’intérêt pour le judo féminin et autorisent progressivement les femmes à participer à la gestion de leur discipline. Comparé au cas français, le judo féminin anglais intègre davantage de pratiques sportives compétitives. Ces différences tiennent aux conditions d’implantation du judo féminin, aux conceptions défendues par les pionniers et tenants du judo, aux revendications des judokas féminines et au degré d’émancipation de la femme dans les sociétés françaises et anglaises.          
La pratique du judo féminin anglais et français entame à la fin des années 1950 une évolution qui conduit, selon les pays et les fédérations concernées, à une sportivisation plus ou moins marquée ou au contraire à une contre sportivisation.

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Le judo compte plusieurs formes de pratiques traditionnelles se différenciant dans leurs finalités et le degré d’opposition à l’adversaire. Le shiai est un vrai combat réalisé dans une logique compétitive, Le randori est un combat d’entraînement sans enjeu lié au résultat, réalisé dans le respect des deux principes fondateurs du judo : entraide ct prospérité mutuelle d’une part, utilisation optimale de l’énergie physique et mentale d’autre part. Enfin, les kata sont des démonstrations techniques très codifiées réalisées par deux partenaires. Ils illustrent les principes axiologiques, techniques et tactiques du judo, et sont jugés à partir de l’efficacité, de critères esthétiques et du respect d’un protocole.
Le judo se particularise aussi à travers la présence de grades qui hiérarchisent les judokas et traduisent leur degré d’expertise. Les kyu et les ceintures de couleurs se différencient de la ceinture noire (obtenue à partir du premier dan) et des dan supérieurs. Le passage des grades constitue un objectif partagé par tout judoka structurant fortement et durablement les objectifs et les pratiques d’entraînement.   

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Le jiu-jitsu est présent à Paris au début du XXème siècle, mais il faut attendre le milieu des années l930 pour que le judo acquière son identité propre et se distingue de son ancêtre, en particulier au plan axiologique. Cette émergence est l’œuvre de M. Feldenkrais,

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D’une manière générale, et quel que soit le sexe, les finalités poursuivies à travers la pratique du judo renvoient au développement physique, moral mental, à la self-défense et au loisir sportif.

Les motivations ne s’orientent pas prioritairement vers la préparation des compétitions et des championnats nationaux. Ces rencontres bénéficient néanmoins d’une attention croissante chez l’élite à partir de la fin des années 1940 puis chez la masse masculine. Le passage des grades et de la ceinture noire focalise par contre toutes les attentions. Les examens ne sont pas réellement différenciés selon le sexe. Ils comportent un examen technique, une épreuve portant sur l’efficacité combative du judoka qui doit affronter successivement plusieurs adversaires en shiai et une évaluation de la valeur morale et mentale du judoka. Enfin, à partir de lu ceinture noire, les judokas passent aussi l’examen du kata.       
Pour la masse des pratiquants, les objectifs concernent prioritairement la technique, mais les dimensions morale et mentale structurent toujours également fortement l’entraînement. Les normes physiques dominantes sont la vitesse, la souplesse et l’adresse. La forme et la condition physique sont valorisées à partir des années 1950 dans le cadre d’une pratique compétitive masculine, sans constituer un facteur de performance dominant.

 

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