A l’ombre de la flamme d’Olympie ...

Le sport est né il y a environ cinq mille ans en Égypte, probablement tandis que l’invention du sport professionnel revient sans doute aux Romains ; certaines mosaïques laissent apparaître des sacs d’or et d’argent aux pieds des vainqueurs.

 


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LA FEMME ET LE SPORT

       DANS L'ANTIQUITE

 par Marc Renaud

 

 

 

Un instant fermons les yeux sur les concours californiens et les technologies du bodybuilding de nos recordwomen dernier cri et regardons un peu leurs soeurs millénaires.

L'Égypte nous a laissé de la femme de beaux souvenirs historiques -les puissantes reines Néfertiti et Cléopâtre par exemple - et d'encore plus belles images: portraits de longues filles bronzées au noble visage, s'adonnant parfois presque nues à la musique, à la danse, aux acrobaties. Lors des fêtes, on apprécie la légèreté athlétique dont elles font ,preuve dans l'exécution de culbutes avant qui décompose la fin du mouvement, au moment où la jeune fille se relève, culbutes arrière, roues, sauts périlleux, équilibres sur les mains. Liberté physique qui n'allait sans doute pas sans liberté sociale...

 

 

 

 

Les Indo-Européens eux aussi, s'opposant nettement par là aux peuples hébraïques pour lesquels la première Ève, plus éveillée que son niais de mari, est l'image même du péché, ont donné à la femme une place honorable. Ainsi le panthéon grec comprend autant de divinités féminines que masculines, et les petites filles avaient autant que les garçons de possibilités d'identification symbolique: Héra, la déesse du foyer, mais aussi Artémis, la sportive chasseresse, la robuste Atalante, les intrépides Amazones.

Pourtant, la gymnastique, élevée en Grèce au rang d'une véritable culture, morale et sociale autant d'ailleurs que physique, ne concernera vraiment la femme que dans certaines cités bien précises, celles qui ont gardé le souvenir des libertés féminines de l'âge archaïque (qu'on se rappelle les belles Crétoises participant aux corridas, ou dans l'Odyssée la jeune femme Nausicaa, venue à la plage pour la baignade et les jeux, sans exclure non plus quelque aventure...). C'est évidemment Sparte qui le mieux gardera – et institutionnalisera - ce souvenir. La brillante cité du VIe siècle avant J.C. choisira en effet de donner à tous ses membres une éducation chevaleresque, faite de beaux-arts et de sport (éducation qui, c'est vrai, se dégradera hélas par la suite en un pur entraînement soldatesque). Ainsi l’a voulu Lycurgue le demi-légendaire législateur de la cité : « Par son ordre, les filles s'exercèrent à la course, à la lutte, au lancement du disque et du javelot. Il voulait que la semence de l'homme, fortement enracinée dans des corps robustes, produisît de plus beaux enfants. Écartant la mollesse d'une éducation casanière et efféminée, il n'habitua pas moins les jeunes filles que les jeunes gens à paraître nues dans les procession. La nudité des jeunes filles n'avait rien de déshonnête, elle les habituait à la simplicité, les engageait à rivaliser de vigueur et faisait goûter à leur sexe un noble sentiment de fierté, à la pensée qu'elles n'avaient pas moins de part que les hommes à la valeur et à l'honneur. "(Plutarque, Vie de Lycurgue).

 

La nudité des filles ne fait que répondre égalitairement ici à celle des garçons : pour un Grec, il est naturel que le sport se pratique nu, en témoigne le nom même de gymnastique, formé sur l'adjectif gymnos "nu", Plus tard, à l'époque classique, les filles de la sportive cité étonneront et choqueront les autres Grecs. Ce qui ne les empêchait pas d'être émoustillés... Dans l'île de Chios, les activités sportives deviendront même une attraction touristique : "La coutume spartiate d'exposer les jeunes filles nues aux regards des étrangers est très appréciée ici; dans l'île de Chios, il est plaisant de se rendre au gymnase et au stade pour y regarder les garçons luttant nus avec les jeunes filles, nues également. (Athénée, Banquet des sophistes)

 

En dépit des exemples, les brillants Athéniens en resteront dans l'ensemble à une conception plutôt ménagère de la femme. Il n'y a guère que les femmes légères qui puissent accéder aux exercices du corps. Il faudra le philosophe Platon, dans le traité Les Lois, pour prendre le sport féminin au sérieux et préconiser exercices physiques et préparation militaire pour les filles comme pour les garçons. Dans une conception assez étroitement utilitariste il est vrai.

 

Dans l'Italie pré-romaine, la femme connaîtra avec la civilisation étrusque un moment de bel épanouissement, y compris sur le plan physique: " les femmes étrusques ne négligent pas leur corps et prennent souvent l'exercice, nues, en général avec les hommes, mais parfois aussi entre elles; il n'est pas honteux en effet pour une femme de se montrer nue", (Athénée, Banquet des sophistes). De fait, après plusieurs siècles d'une domination romaine plutôt puritaine, les femmes d'Étrurie se remarquaient en encore sous l'empire par leur beauté, leur fierté, leur énergie.

 

Arrivera plus tard la misogynie juive : pour Saint Augustin, la femme est un cloaque, pour Clément " d'Alexandrie, les femmes devraient mourir de honte à la pensée d'être des femmes. Nous voici parés pour de jolis siècles d'obscurantisme... Il n'en est que plus consolant pour nous de regarder s'exercer comme un dernier défi à la triomphante obsession du péché, deux des huit jolies culturistes siciliennes de Piazza Armerina (IVe siècle) qui ont su nous garder vivante depuis les profondeurs du temps leur lumineuse promesse de mosaïque.

 

 

(extrait de Cdécritures 101 – novembre 1983)

 

 

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illustrations « antiques » parues dans le magazine Petite détente en novembre 1983