Voici une histoire (brève) du Jiu- Jitsu.

On trouvera une histoire plus complète dans l’ouvrage Cdécritures 347, HISTOIRE DU JU JITSU (paru le 7 juin 2003)

 

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L’histoire des arts martiaux du Japon peut se décrire en trois temps :

Le temps du Bu-Jitsu. À cette époque, les techniques de combat étaient plus ou moins primitives (Jitsu : technique ; Bu : guerre), expérimentées empiriquement au cours des terribles guerres civiles aux XIIème et XIIIème siècles. À partir du VIIème siècle, où le Japon adopte le système chinois de centralisation politique, commence l’ascension irrésistible des classes militaires. Dans cette lutte pour le pouvoir, les clans féodaux (uji) se livrent des guerres impitoyables. Les techniques de combat individuelles fleurissent, sans qu’il y ait encore systématisation

Le temps du Bugei. L’insécurité devenant permanente, la guerre étant un phénomène endémique, les techniques utilisées par le samouraï sont plus strictement étudiées et codifiées (gei : méthode, accomplissement). Peu à peu la manière de combattre inclut des concepts autres que purement techniques. C’est l’époque où s’individualisent les écoles (ryu) proposant des méthodes concurrentes.

Le temps du Budo. En 1603 le Shogun Tokugawa Ieyasu établit son gouvernement militaire (bakufu) à Edo. Ses successeurs mettent fin aux guerres civiles incessantes et imposent une longue paix jusqu’en 1868. Les anciennes techniques guerrières furent par la force des choses dérivées de leur véritable fonction ; sous la férule du gouvernement d’Edo, l’esprit belliqueux du samouraï devint peu à peu un esprit docile, sublimant l’art de la guerre, n’en retenant plus que les règles et les principes d’entraînement. Le Bugei tendit vers des buts d’éducation et d’éthique plus que vers un stade d’achèvement physique ; en évoluant de la "technique" (Jitsu) à la "voie" (do), les anciennes méthodes bassement utilitaristes devinrent véritablement des arts martiaux rituels. La nouvelle raison d’être de ces arts imprégnés de philosophie était le travail du pratiquant sur lui-même, à la recherche de la maîtrise de soi à travers le geste gratuit. La recherche était plus spirituelle que physique. C’était l’époque des ko-budo (les anciens Budo, à ne pas confondre avec les ko-budo issus d’Okinawa, et qui font usage d’armes agricoles diverses comme le nunchaku, le saï, le tonfa et le kama). En 1868, à la fin du bakufu des Tokugawa, l’intérêt pour les choses du passé était alors si faible que les budo faillirent disparaître. Puis, grâce au travail acharné de quelques vieux Maîtres, ils regagnèrent de la popularité dès la fin du siècle. Actuellement, il nous faut donc parler des shin-budo (les nouveaux budo).

Les arts martiaux japonais sont extrêmement divers. En Occident, les seuls d’entre eux que nous connaissions sont le Ju-Jitsu, le Judo, le Karaté, l’Aïkido et le Kendo. "Bugei-ju-happan" est une expression datant des débuts de l’ère d’Edo signifiant les "18 arts martiaux"… Mais lorsque l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que la classification est plus difficile qu’il n’y paraît. Dans le bouddhisme, le chiffre 8, lorsqu’il est combiné à d’autres chiffres, représente ce qui est illimité... Il faudrait donc traduire par cette expression par "une quantité d’arts martiaux". Un ouvrage paru en 1843, le "Bofitsu-ryuso-roku", dénombre au moins 159 écoles majeures d’arts martiaux, divisées en huit grandes familles, dont celle du Ju-Jitsu. D’autres sources indiquent une centaine d’écoles de Ju-Jitsu à la fin des Tokugawa, dont une quarantaine de styles majeurs.

Au milieu du XIXème siècle, la situation du Ju-Jitsu est des plus confuses. Il n’est plus possible d’effectuer une quelconque discrimination correcte entre les écoles (ryu), tant les interférences deviennent évidentes. Trop souvent les techniques sont les mêmes sous des vocables différents. De nos jours, Ju-Jitsu est un terme générique englobant toutes les techniques de combat à main nue. En fait, une foule d’autres appellations recouvraient la même réalité. Ainsi on employait jadis indifféremment les termes Chogusoku, Genkotsu, Gusoku, Chikarakurabe, Nakushi, Kogusoku, Kempo, Toride, Yawara, Wa-Jitsu, Shikaku, Kumiuchi, Koshi No Mawari, Aïki-Jitsu, Taï-Jitsu, et Hakuda. Le plus souvent ces techniques envisageaient également le combat avec armes, d’où certains rapprochements techniques et stratégiques. L’interférence entre les techniques "avec armes", notamment avec le sabre, et celles "sans arme" est évidente. Qui plus est, l’isolement géographique et le manque de contacts en raison des distances ou de l’autarcie due aux guerres incessantes ont souvent été la cause de recherches parallèles et de l’élaboration de techniques jumelles pourtant parfaitement étrangères les unes aux autres, chaque fondateur d’école étant persuadé de son originalité. En outre, les confrontations violentes sur les champs de bataille ont tout naturellement provoqué des "échanges" superficiels de techniques dont le vainqueur a souvent cherché à tirer profit afin de parfaire sa propre méthode. Il faut aussi évoquer les "cas d’espionnage" entre Maîtres d’écoles rivales, toujours prompts à s’attribuer les mérites d’une nouvelle découverte technique. Ceci explique le secret dont était généralement entourée l’instruction au dojo (salle d’entraînement des arts martiaux, littéralement "lieu où l’on cherche la voie").

Enfin, la grande diaspora des techniques se cache sous une foule d’écoles baptisées des noms de clans, des centres d’instruction, des Maîtres d’armes qui en ont établi les bases, ou des principes particulièrement mis en avant dans tel ou tel style. Une nouvelle école peut s’établir simplement parce que son initiateur, Maître authentique ou ronin désœuvré, juge bon d’apporter quelques très légères modifications à des techniques apprises ailleurs, à tort ou à raison... Un Ronin étant un samouraï sans Maître parce qu’il a été exclu du clan (qui le déclare alors Hamon, sorte de "hors la loi") où à cause de la destruction de la famille de son seigneur (par défaite militaire ou disgrâce impériale). Ainsi libéré de sa parole et de son devoir, portant sur lui sa seule fortune (ses armes), il devenait chevalier errant (littéralement "de la vague"). Se lançant sur les routes, il pouvait devenir aussi bien bandit de grand chemin que redresseur de torts au service des plus faibles. Fort et insaisissable, jalousé pour sa liberté et craint pour sa valeur, tel est le Ronin, héros de nombreux romans de geste au Japon comme en Chine (son homologue chinois est le Wu Hsia, sorte de Robin des Bois dans de nombreuses histoires plus ou moins légendaires : les Wu Hsia Hsiao Shuo). Car le chemin, même non balisé par des repères généralement admis et rassurants, peut être une Voie Royale... Et qu’importe même si la route manque pour aller au but, il suffit de la tracer !

Parmi les principales écoles de Ju-Jitsu à la fin des Tokugawa on trouve les noms suivants :
Daito, Hakutsu, Jukishin, Juki, Kito, Kushin, Miura, Sekiguchi, Shibukawa, Shin-no-shindo, Yoshin, Tenjin-Shinyo, Takenouchi, Soshuishitsu, Genkai, Tsutsumi-Hozan, Yagyu-Shingan. Ces trois dernières écoles appartenaient au Yoroi-Kumi-Uchi, méthode de combat rapproché où les deux adversaires étaient censés s’affronter en armures, toutes les autres armes offensives ou défensives ayant fait défaut… Le but était alors d’immobiliser l’adversaire afin d’en obtenir une rançon, ou de chercher à percer son armure à l’aide d’une courte dague effilée, yoroi doshi.

Il convient d’ajouter à cette liste, loin d’être exhaustive, de nombreuses écoles de BuJitsu, notamment de Ken-Jitsu et de Iaï-Jitsu (sabre) qui incorporaient dans leur enseignement des procédés de combat rapproché à mains nues. Parmi elles figure la célèbre Tenshin-Shoden-Katori-Shinto-Ryu, école martiale subsistant encore de nos jours et à la tête de laquelle se trouvent de très grands experts au katana (sabre) et à la naginata (hallebarde). On voit que les éléments composant ce que le grand public ne connaît que sous le nom de Ju-Jitsu sont pratiquement illimités. Il est par suite évident qu’il ne peut pas y avoir "un seul" mais "des" Ju-Jitsu. Cette complexité s’est nouée au cours des siècles.

Les premières écoles de Ju-Jitsu, aussi élémentaires fussent-elles à cette époque, sont largement antérieures aux sources écrites que l’on trouve dans l’ancien Japon, tels les chroniques guerrières et les makimono (archives laissées par les fondateurs sur des rouleaux de parchemin relatant l’histoire de l’école depuis ses origines, posant les principes de base, voire éclairant de dessins sommaires les techniques spécifiques de l’école). Mais il n’est guère possible d’aller au-delà de ces seules sources authentiques car la tradition orale déforme, embellit et induit en erreur tout chercheur sérieux. On trouve cependant généralement trois versions pour expliquer l’origine du Ju-Jitsu :

 

On peut douter de l’hypothèse de certains nationalistes nippons selon laquelle l’art du Ju-Jitsu serait né des seules trouvailles des samouraï. En effet, que ce soit dans le domaine des techniques ou dans celui des concepts mentaux qui leur donnent souvent naissance, le Ju-Jitsu a été marqué par une influence chinoise. Néanmoins, le professeur Sumitomo Arima, un contemporain de Jigoro Kano Shihan a écrit dans un livre paru en 1908 : "Nul doute donc que le Ju-Jitsu ne soit un produit japonais !", en citant, à l’appui, que dès l’an 24 avant J.C., l’Empereur Suinin ordonna un combat entre les deux lutteurs Nomi no Sukune et Taima no Kuehaya, combat à coups frappés, puisque le premier remporta la victoire en défonçant les côtes du second à coups de pied... Certes, tout n’est pas importé, le Japon ayant eu ses propres arts martiaux dont il a également pu s’inspirer… Aussi loin que remonte l’histoire, on y connaissait le sumo (lutte) et le Chikarakurabe (épreuves de force pure). La troisième version est probablement la plus proche de la vérité : l’intermédiaire de japonais voyageant en Chine ou celui de commerçants chinois venus dans l'île a permis un apport fondamental de l’Empire du Milieu.

Cependant il est impossible d’établir une filiation exacte. Il est probable que la première osmose sérieuse eut lieu au XIIème siècle, grâce au passage du Bouddhisme zen de la Chine (Chan) au Japon. Sans doute certains lettrés et moines chinois apportèrent-ils également des éléments de kung-fu (notamment le fameux Shaolin-Zu-Kempo développé au monastère Shaolin après la mort de Bodhidharma), l’entraînement martial allant chez eux généralement de pair avec leurs préoccupations philosophiques ou métaphysiques. On trouve d’ailleurs à ce sujet l’histoire, inverse, d’un moine bouddhiste japonais, Ennin, du Mont Hiei, qui voyagea en Chine de 838 à 847 et qui séjourna longuement dans les villes de Lo-Yang et de Kai-Feng, toutes deux très proches du Shaolin... C’est d’ailleurs au XIIème siècle, d’après le vieil ouvrage qu’est le "Gukansho", que Minamoto no Yoritomo, lui-même fondateur du gouvernement de Kamakura, pratiquait habilement le Ju-Jitsu… On l’appelait alors Tegiki ("mains habiles") ou Tedori ("maniement des mains dans le combat"). Ayant besoin d’hommes forts pour asseoir son autorité, Minamoto exhortait ses samouraï à pratiquer toutes les formes d’arts martiaux. L’indication du "Gukansho" paraît donc très crédible.        
Une autre trace sérieuse, au point que nombre d’historiens japonais y voient le véritable acte de naissance du Ju-Jitsu, est laissée au XVIème siècle par Hisamori Takenouchi, fondateur de l’un des styles majeurs.

Enfin, deux autres précurseurs apparaissent au XVIIème siècle. Le premier est chinois, et vécut de 1587 à 1670, après avoir été naturalisé japonais en 1659. Il apporta le Go-Ti et le Chin-Na chinois, ainsi que des formes de kung-fu (Kakutei-Jitsu en japonais), au temple Kokushoji (ou Shyokoku) de Yedo où il enseigna son art à trois ronin nommés Fukuno Masakatsu (ou Hichiroemon), Miura Yoshitatsu (ou Yojiemon) et Isogai Jirozaemon. Ces trois disciples, qui fonderont chacun leur propre école (Fukuno-Ryu, Miura-Ryu et Isogai-Ryu), sont considérés comme les patriarches du Ju-Jitsu par de nombreux styles qui prétendent en dériver. Même si le Ju-Jitsu existait déjà avant lui, ce chinois providentiel fut responsable d’une soudaine expansion de l’art. Il s’appelait Chang Yuan Pin (Chin Gempin en japonais), et la légende prétend qu’il était moine au Shaolin du Honan avant de se rendre au Japon, où il enseigna le bouddhisme dans un temple nommé Kosho-Ji (ou Kokusho-Ji). Cette homme aurait introduit au Japon la Boxe de Shaolin connu sous le nom de Shuai-Jiao (lutte chinoise), ainsi que le K’inn-Na (art des saisies et des luxations).

Le second personnage important de cette époque, rival du premier dans la recherche de la paternité du premier Ju-Jitsu codifié, fut Shirobei Akiyama, un médecin de Nagasaki qui aurait étudié en Chine trois méthodes de Hakuda et 28 techniques de Kwappo, science plus connue sous le nom de Kuatsu (procédés de réanimation). De retour au pays, il fut déçu par la superficialité de ses disciples et se retira dans un temple pour une longue méditation. Après 100 jours de contemplation intérieure, en plein hiver, il eut soudain l’illumination (Satori) en voyant une branche de saule ployer sous la neige avant de se détendre, libérée… Cette défense naturelle, toute en souplesse, de l’arbre si frêle l’impressionna beaucoup… Il créa sa propre méthode de Ju-Jitsu et l’appela Yoshin-Ryu ("Ecole du cœur de saule").

 

 

Extrait de l'ouvrage :
Découvrir le Ju-Jitsu, collection Budoscope, éditions Amphora
Copyright Roland HABERSETZER

 

Résumés de situations diverses … (qui seront commentées dans les pages suivantes en construction)

En France le ju-jutsu apparaît de façon très remarquée à l'automne 1905. Le combat organisé entre Georges Dubois, spécialiste des sports de défense français, et le professeur Ré-Nié place la méthode japonaise au premier plan de l'actualité sportive parisienne. Les articles sur le ju-jutsu se multiplient dans les journaux spécialisés et dans les grands quotidiens. Le 14 janvier 1906, dans le sport Universel illustré, on peut lire : "Tout est au jiu-jitsu ! Les rues, les journaux, les théâtres, les music-halls retentissent de ce mot magique qui sonne comme un clairon de victoire." L'emphase du journaliste révèle l'ampleur du succès.

Début septembre, l'ouverture d'une école de ju-jutsu, au 55 rue de Ponthieu près des Champs-Elysées, est à l'origine de publications régulières vantant les mérites de la méthode japonaise. Apparemment irrité par tant de publicité, Georges Dubois s'insurge. Le jiu-jitsu : c'est l'emprise de la race jaune dans une tradition gréco-latine jusque-là respectée. Il adresse à la revue l'éducation Physique un article ironique contre "ces japonais qui viennent en Europe tordre nos articulations avec un sang-froid. On apprenait à tomber noblement, sur des coups loyaux. Survint le Jiu-Jitsu. Oh ! avec lui ce ne fut pas long. Tout ce que vingt siècles enseignèrent de lutte gréco-latine s'envola sous sa pichenette. Rien n'existait que les secrets nippons."

 

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LE COMBAT REGNIER-DUBOIS

Georges Dubois, maître d'armes et de boxe, est également professeur d'escrime de la Fédération des sports et de la chasse, il sera plus tard maître d'armes à l'Opéra-Comique de Paris. C'est surtout un homme de tradition qui pratique les sports de défense français. Il est connu comme un "boxeur redoutable" et "un faiseur de poids et haltères de premier ordre". Dubois mesure 1,68m, pèse 75 kilos. Il a 40 ans. Son adversaire a japonisé son nom en devenant professeur de ju-jutsu. Il s'appelle, en fait, Ernest Régnier. Il a 36 ans. Son poids est de 63 kilos, sa taille de 1,65 m. Régnier a pratiqué la boxe, mais surtout la lutte, formé par le célèbre François le Bordelais. Les règles du combat sont simples. " Tout était autorisé sauf mordre, crever les yeux et blesser le bas-ventre. Nous pouvions donc nous briser un membre ou nous étrangler, sans préjudice de certains coups frappés avec le "coupant de la main" encore plus dangereux."

Plusieurs fois retardé, le duel est fixé au 20 octobre. Il se déroule en plein air, "par un vent glacial", sur la terrasse de l'un des bâtiments de l'usine de carrosserie Védrine, à Courbevoie. Un ring de douze mètres sur douze est aménagé, entouré de banquettes. Régnier porte un veston, Dubois une jaquette et des gants rouges. La rencontre n'est pas publique. Seuls sont admis les initiés qui en chapeau haut-de-forme attendent. Le journaliste de l'auto écrit : "il y a plus de cinq cents invités !... Le Tout Paris sportif était présent. Les célébrités de la boxe coudoyaient les rois de l'automobilisme, les escrimeurs célèbres se pressaient autour du ring, la presse sportive était là au grand complet."

L'arbitre prononce le sacramentel : "allez messieurs !" les deux hommes s'observent. Sur une feinte de Ré-Nié, Dubois attaque par un "chassé" que son adversaire esquive. Sur le corps à corps qui s'ensuit, Dubois projeté à terre, essaie d'étrangler Ré-Nié, mais celui-ci se saisissant du poignet lui porte une clé de bras. Dubois pousse un cri terrible et s'avoue vaincu. La passe a duré 6 secondes exactement. "Le coup est dénommé arm-lock en Angleterre et s'appelle udi-shi-ghi en japonais" Le professeur Ré-Nié vient de consacrer "le triomphe de la méthode japonaise sur la méthode française".

Au lendemain de sa victoire, Régnier reçoit "plus de soixante demandes" d'hommes de lettres désireux d'écrire avec lui un ouvrage sur le ju-jutsu. C'est ainsi que Guy de Montgaillard, l'écrivain et poète du Lauragais, participe à la rédaction d'un ouvrage au titre évocateur, les Secrets du jiu-jitsu.

 

 

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LES DEMONSTRATIONS ANTERIEURES

Le ju-jutsu n'est pas une pratique inconnue des Parisiens, mais aucune des exhibitions antérieures n'a eu le succès du combat Rénier-Dubois. A la fin du XIXe siècle, de nombreux Japonais sillonnent l'Europe et étudient le fonctionnement des sociétés occidentales. Leurs voyages sont parfois l'occasion de démonstrations privées. Le commissaire de la ville de Paris rapporte la visite, en 1901, du procureur général de la ville de Tokyo. Peu impressionné par la stature d'un des représentants de l'ordre, l'administrateur japonais explique à son collègue français les techniques en usage dans la police nipponne. Il donne alors une démonstration improvisée qui pourrait être une des premières initiations de la police française. Il est fort probable que des rencontres semblables ont eu lieu dans d'autres circonstances notamment dans le cadre des relations militaires.

La première démonstration publique semble avoir eu lieu lors de l'exposition universelle de 1900, mais elle passa presque inaperçue. Trois ans plus tard, la venue de deux jujutsuka, Raku et Eida, sur une scène de music-hall, à l'Alhambra, avait momentanément éveillé l'intérêt des Parisiens. Elle est restée sans suite.

Il existe une différence essentielle entre ces présentations anecdotiques et l'"événement sportif" et mondain de l'automne 1905. Car l'ouverture d'une salle près des Champs-Elysées ainsi que la campagne publicitaire qui l'accompagne s'inscrive dans la démarche de celui qui souhaite implanter le ju-jutsu en France, Edmond Desbonnet.

 

 

 

EDMONT DESBONNET ET LE JUJUTSU

Depuis 1899, Edmond Desbonnet fait connaître, à Paris, une méthode personnelle et originale fondée sur l'utilisation des haltères légers. Le système qu'il propose offre la santé par les exercices musculaires. Passionné par la force, admiratif de la beauté plastique et de la statuaire antique, ce Lillois d'origine est "l'inventeur" de la culture physique, le précurseur du culturisme. Par sa méthode il souhaite doter le jeune homme "appelé à servir sa patrie" de muscles résistants et de procurer à la jeune femme la "force nécessaire à l'accomplissement de sa mission, grandiose entre toutes, la maternité". Il participe ainsi à la "régénération de la race", le courant médical du début du siècle qui lutte pour l'amélioration de l'hygiène et de la santé.

Interrogé peu avant sa mort, en 1953, Desbonnet se souvient de ses premiers contacts avec la méthode japonaise. Étant en Angleterre en 1905 pour arbitrer des exercices de force, je me rendis à mon club habituel et là, on me dit : "Vous êtes très fort, mais pourriez-vous venir à bout d'un petit homme de 50 kg ?" je ne pus m'empêcher de sourire. Devant mon scepticisme, on m'offrit de voir, de faire même un combat et on me conduisit au Bartisu-club. J'y vis deux petits Japonais, plutôt gringalets, et je me dis avec une grande satisfaction, pour ne pas dire suffisance, qu'avec 41 cm de tour de bras et le reste à l'avenant, je n'en ferais qu'une bouchée... Présomptueux que j'étais ! (.....) Fort de cette expérience, je désirais vivement présenter ce nouveau sport à Peris, et de l'enseigner dans mon école comme lutte de self-défense par excellence."

Le Bartisu-Club de Londres est la première école européenne de jujutsu. Il est fondé en 1899 par un ingénieur anglais, W.E.Barton-Wright, qui propose une méthode personnelle inspirée du ju-jutsu et appelée le "Bartisu". Etablissement de culture physique et de gymnastique médicale, le club est fréquenté par l'aristocratie londonienne. A son retour à Paris, Desbonnet contacte Ernest Régnier, un "bon petit lutteur de gréco-romaine, (...) gagnant difficilement sa vie". Je lui montrais quelques passes. Il accepta avec plaisir et partit pour Londres. Desbonnet met cette période à profit pour louer un trés beau local aux Champs-Elysées, le faire décorer luxueusement et préparer activement une intense publicité.

Après la victoire de Régnier, le succès dépasse les attentes : "immédiatement tout le high-life de Paris vint s'inscrire : le prince de Caraman-Chimay, le duc de Broglie, le prince Murat, le comte Grëhfulle, les artistes Coquelin, Albert Lambert, Mounet-Sully, les docteurs Dartigues, Pagès, Ruffier, le colonel Ferrus, les hommes les plus éminents des lettres, des arts, de l'industrie, etc."

Les premiers "jiu-jitsueurs" font partie de l'élite aristocratique parisienne. Ce sont les mêmes qui s'enthousiasment pour les exploits aériens des frères Wright et qui se retrouvent dans les grands cercles d'escrime, les clubs de yachting ou d'équitation. "La première semaine je fis 25000F de recettes. Ré-Nié ne suffisait plus à la tâche. Son fils devint jiu-jitsuiste, ainsi que mon instructeur Gasquet. Les sportifs amateurs les plus connus, Albert Surier, Maitrot, James Ruffier, vinrent s'entraîner pour écrire des articles sur cet art merveilleux. Partout les grandes villes de province demandaient des démonstrations."

 

 

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Pour les anciens belges : rappel de la constitution au Collège des ceintures noires de la commission ju-jutsu 1980 :

 

R. Cardon, C. Custers, R. Custers, R. Decraemer, P. Dermine, C. Drèze.

 

En 1980, le CNCNB était constitué de 90 ceintures noires « judo », 31 jiu-jitsu, 30 aïkido, 27 karaté, 5Tai-jitsu, 1 kendo, 1 îaido, dont 1/3 étaient membres de la LBAM.

 

C’est aussi en 1980 que j’ai rencontré pour la dernière fois Kenshiro Abbe qui devait disparaître en 1985. Bien plus tard, on dira qu’il pratiquait un Jiu Jitsu traditionnel, oufti, les mots reviennent à la mode, l’ayant rencontré plusieurs fois (la première chez Julien Naessens en 1960 au Budo Club Bruxelles qui était installé alors dans l’ancien cinéma de la rue Royale Sainte Marie) je peux affirmer que jamais il n’a utilisé les termes jiu-jitsu, comment l’aurait-il pu, lui qui avait été élevé au sein du DAI NIHON BUTOKUKAI.

Kenshiro Abbe avait beaucoup d’affinités avec le Sumo, le Judo et le Kendo que son père pratiquait et enseignait.

 

En 1951, il devient le rédacteur de Judo Shinbun, le magazine Japonais de Judo et le directeur d’une des ligues nippone de Judo. En parallèle il est également nommé arbitre officiel des championnats de police et des tournois nationaux du Japon.

 

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En 1955, Maître ABBE, désormais 8ème Dan, est invité au Royaume-Uni par la « London Judo Society ». C’est par ce biais qu’il viendra régulièrement en Belgique. Déjà il était porteur de titres prestigieux : 8ème Dan de Judo, 6ème Dan d'Aïkido  ,6ème Dan de Kendo ,5ème Dan de Karaté.

Profondément influencé par la philosophie de Maître UESHIBA, dont il fut l’élève pendant 10 ans, il développa sa propre vision des arts martiaux : le Kyushindo. Premier Maître à enseigner l’Aïkido au Royaume-Uni. Son amitié avec Tadashi ABE l’amena à diriger plusieurs stages en France.

 

Ce qui nous ramène à cet autre Abe déjà cité dans les pages « arts martiaux » de l’Univers illustré.

 

Tadashi Abe fut un élève turbulent de Morihei Ueshiba qui vint enseigner l’aiki-jitsu en France lorsque Minoru Mochizuki cessa de le faire une première fois. Comme Abbe, il n’est pas non plus pratiquant de Jiu-jitsu. La confusion entre les arts martiaux ne cesse d’exister et il faut y voir sans doute une volonté des pratiquants du XXème siècle très commerciale et non philosophique. Tadashi Abe nous a quitté en 1984. On en parle dans le Cdécritures 040.

 

On trouve désormais (depuis 2008) sur la « toile » de nombreuses photos et bien des textes de pratiquants ou de journalistes des grands maîtres d’arts martiaux. Je laisserai donc le soin aux lecteurs de l’Univers illustré de fouiller un plus grand labyrinthe encore en cherchant son bonheur à gauche et à droite, parfois les informations sont intéressantes, parfois elles sont farfelues, souvent elles permettent de se faire une « certaine idée » à un « certain moment » d’une certaine personne. Rien n’est immuable, fort heureusement.

 

Pour chercher à l’ Univers illustré on se rend ICI.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En complément : communiqué.

 

 

Péripéties … Bien entendu on ne peut établir une histoire du jiu-jitsu sans parler des innombrables querelles de clochers qui émaillent la grande aventure humaine de cette philosophie depuis sa naissance…

Exemple récent dont je parlerai par ailleurs :

 

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