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LA SCIENCE est en quelque sorte la plus prodigieuse des aventures humaines. Grâce à ses connaissances scientifiques, l’homme a appris à dominer la terre, à vaincre ses concurrents et ses ennemis; il en est arrivé à construire des sortes de muscles, des genres de cerveaux plus puissants que ses propres muscles et que son intelligence. Or, la science connaît des progrès sans cesse nouveaux, des bonds en avant de plus en plus rapprochés dans le temps. Chaque génération assiste à des mutations et la courbe de ces changements adopte une pente croissante. Jusqu’à quelles cimes conduira-t-elle l’homme? Atteindra-t-il les étoiles, retombera-t-il aux abîmes ?

L’explosion scientifique amorcée au 16ème siècle est historiquement un phénomène unique. Quelques civilisations la mésopotamienne, la gréco-romaine, la chinoise ont atteint de véritables sommets, mais seule l’occidentale a adopté une approche scientifique et dynamique, dont la force est apparemment illimitée. Les échecs des premières civilisations s’expliquent mal, mais ils n’en ont pas moins mis un terme à leur développement. Avec une régularité monotone, ces civilisations s’épanouirent, déclinèrent. Aucune d’elles ne réussit, comme la civilisation occidentale voici quatre siècles, à franchir le seuil critique, à aborder une ère de progrès continus.
 

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Une question se pose : qui doit transmettre les connaissances ? D’abord les scientifiques, mais aussi ceux qui ont pour tâche de les vulgariser, tels                 
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L’Agriculture, c’est aussi une science

 

LE MESSAGE DE LA SCIENCE.

 

 (Jean Rostand)

 

 « Comme tout animal supérieur, l’homme est un agrégat de plusieurs trillions de cellules… il apparaît comme un édifice prodigieusement complexe d’électrons, qui doivent à la forme particulière de leur groupement le singulier privilège de pouvoir  affirmer leur existence… C’est là que se préparent les plus hautes manifestations de l’esprit : le génie de Newton, les angoisses d’un Pascal….

 

 

 

Il semble bien du reste, que cette pensée ait pour seule fonction d’assister au jeu de la machine qu’elle a l’illusion de commander. L’acte dit volontaire se réduit vraisemblablement à une résultante de réflexes…Les plus graves décisions morales, où l’homme attache tant de prix, apparaissent alors comme de purs effets des stimulations sociales, et quand il croit se soumettre librement aux impératifs sacrés qu’il croit s’être  choisis, il n’est qu’un automate qui s’agite conformément aux intérêts du groupe dont il fait partie.

 

 

 

D’où vient l’homme ? Sa formation fut rigoureusement fortuite. Accident entre les accidents, il est le résultat d’une suite de hasards, …. Il naquit sans raison et sans but comme naquirent tous les êtres, n’importe où…D’une lignée animale qui ne semblait en rien promise à un tel destin, sortit un jour la bête saugrenue qui devait inventer le calcul  intégral et rêver de justice. Certes, à se souvenir des ses origines, il a bien sujet de se considérer avec complaisance. Ce petit fils de poisson, cet arrière neveu de limace, a droit à quelque orgueil de parvenu.

 

 

 

Un jour, en ce minuscule coin d’univers sera annulé pour jamais la pitoyable et falote aventure du protoplasme. Aventure qui déjà, peut –être, s’est achevée sur d’autres mondes. Et partout soutenue par les mêmes illusions, créatrices des mêmes tourments  partout aussi absurde, aussi vaine, aussi nécessairement promise dès le principe à l’échec final et à la ténèbre infinie….

 

 

 

Tel est le message de la science. Il se peut qu’une science toute puissante réussisse , en définitive, à créer ce nouvel homme adapté à l’humain, satisfait de n’être que ce qu’il est, comblé par son destin étroit, guéri de tout rêve qui le dépasse. Mais il se pourrait aussi que l’humanité fut, dans son ensemble, incapable de soutenir la vérité de la science. Vérité ardue, accablante, oppressante… Parmi ses zélateurs eux-mêmes, il en est qui ne s’y rendent point sans détresse. Bien sure, ils ne peuvent faire autrement que d’y rester fidèles, mais il leur arrive d’envier ceux qui ne sont point empêchés,  par la nature de leur esprit, d’en concevoir une autre. »

 

La vie et ses problèmes. P. 199.sq         1938. Flammarion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pasteur dans son laboratoire en 1875

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